Par Jack Tyler
Vendredi 22 juin 2007
Le troisième de tournage s’est terminé, à un horaire plus que décent : 18H30. Nous avons des
journées tranquilles. Je pensais être en train de bacler un peu certaines scènes, mais Holo
m’a rassuré : il dit que je découpe plus que de coutume. Ou alors je me contente d’un
jeu approximatif, je ne sais pas. Hier je n’ai pas tenu de journal, pour la simple et bonne
raison qu’il y a eu une embrouille en fin de journée avec J, l’accessoiriste.
J est sympa mais très psycho-rigide. Et il ne vient pas du porno. Je pense qu’à ses yeux
nous sommes tous des barbares. Pourtant tout le monde se tient bien et l’ambiance est
excellente. Les gens s’apprécient et se montrent de bonne volonté et de bonne humeur en
permanence. Mais hier J a pété un cable à cause des cris de Cecilia pendant sa scène –
on tournait chez lui et il flippait à cause des voisins. C’est vrai que Cecilia ne triche pas
quand elle baise, et ça s’entend. Ce fut la goutte qui a fait déborder le vase. En plus
d’un malentendu quant à sa rétribution. C’est dommage parce que J a fait un excellent
boulot en préparation. Borgnolage de l’usine, installation du camp de miliciens, récupération
d’accessoires et décoration dans les deux maisons qui servent à faire la maison des femmes.
Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça, je sais que vous n’en avez rien à foutre.
Ce qui vous intéresse c’est le cul. Et là-dessus, je ne dirai rien. Je ne veux plus parler
de mon travail. Trop de gens n’y comprennent rien. La scène que nous avons faites
aujourd’hui, tout en silence, qui donc la comprendra ? Priva est adorable, c’est
tout ce que je peux vous dire. Et Phil a été excellent, à part les « yes, yes » qu’il
prononçait comme dans un gonzo à Prague. Je l’ai arrêté et ça s’est bien passé.
Si j’aime tant ce boulot c’est aussi pour les gens qui le font : Cecilia, Phil,
Priva, Stella, Cruza, Lucky, ils sont tous adorables, sympa, intéressants. Ils méritent autre
chose que l’opprobe que certains leur jettent. Ils aiment le sexe, c’est leur métier,
et alors ? L’équipe technique aussi est soudée, et ça me fait plaisir - mis à part J, qui,
à cause de l’esclandre d’hier, risque de se retrouver décalé par rapport au groupe.
Enfin bon. Aucun gros pépin pour l’instant, on enchaine les scènes sans coup férir. On
jongle avec la météo qui reste mitigé, alternance de ciels orageux et de beau temps. Deux scènes
de hard en boite, avec dans la première un Cruz que j’ai trouvé très bon. Il plait aux
filles, il se la pète pas, il est attentionné, sympa. Un peu chien fou, mais je l’apprécie
beaucoup. Un bouffeur de minou, apparemment. Et Stella est adorable, et bien courageuse
d’avoir accepté de remplacer Liza au pied levé. Liza, il serait bon de lui foutre la paix.
Elle a fait son choix, et c’est tant mieux pour elle.
Lundi 25 juin 2007
Il est 10H23. Hier c’était le cinquième jour de tournage. On a fini à 21H30, avec le soleil qui
se couchait. Aujourd’hui, on consacre l’après-midi à faire des photos, puis ont tourne
dans l’usine (le camp des miliciens). On aura terminé avec le décor de la maison des femmes,
pour attaquer la partie sombre du récit.
Vers 17H00 nous tournerons la séquence 55 dans la partie borgnolée de l’usine. 90M2 de plafond
bâché pour masquer la lumière du jour : d’où la nécessité d’une bonne préparation,
ce qui explique sans doute le planning tranquille que nous avons, et permettra de tourner en jour
des séquences de nuit, nous évitant ainsi de nous coucher à cinq heures du matin. La 55 c’est
la scène d’amour entre Hector le milicien « gentil » et Irena. Avec Lucky et JPX. JPX qui a
la réputation de détester la comédie (merci à lui, je me demande vraiment pourquoi il m’avait
appelé avant « le démon » pour bosser avec moi), et Lucky, qui, bien au contraire, m’a demandé
de lui expliquer les ressorts dramatiques et sentimentaux de la scène : Irena, son personnage, est
sensée non pas tomber amoureuse d’Hector, mais offrir son corps au milicien parce qu’elle
éprouve de la pitié pour lui. Elle devine qu’il a un cœur (ce sont les propres motsde
Lucky). Contrairement à certains (en général, bizarrement, les mecs), Lucky, comme pas mal de
comédiennes, aime connaître les tenants et les aboutissants des scènes de cul. C’est tout à son
honneur, je dirais. Ce qui me fait penser que je ne suis pas le seul à être complètement dérangé.
Et c’est parce que je pensais être le seul que j’avais décidé de ne pas tenir de journal.
Entendre des abrutis dire que ça ne sert à rien de se donner tant de mal, je parle de raconter et
mettre en scène des vraies histoires pornographiques, ça a fini par me casser le moral pour de bon.
Mais apparemment, je ne suis pas tout à fait seul (bon, là, je ne parle pas de JPX).
Ce tournage est étrange. Tellement tranquille. Pour une fois nous n’avons pas de journées
surchargées. C’est dû au gros travail de préparation effectué ces dernières semaines :
installation des décors, de l’électricité, travail en amont sur les accessoires avec (comble
du luxe même s’il est peu payé) la présence d’un accessoiriste sur le plateau, travail
de pré-découpage, installation de la lumière, plan de travail au millimètre, etc. Il aurait
simplement fallu une lecture avec les comédiens pour paufiner le tout, mais, là, je demande la lune.
En tout cas, tout cela fait que nous finissons à l’heure prévue.
Et hier, carrément en beauté.
Depuis le début du tournage, je dois avouer que j’ai un problème avec les scènes de cul : je
commence à me lasser de les filmer. C’est toujours pareil. Parfois un regard, un cadre
particulièrement réussi, un gros plan sur un visage, une expression sentie, peuvent me toucher, mais
c’est de plus en plus rare. Bref, j’avais le sentiment d’arriver au bout (de quoi ?
Je ne sais pas). Par dessus le marché, le manque d’implication des comédiens dans ce qu’on
appelle la comédie, et qui, selon JPX arrivé hier, ne sert à rien, fait qu’un vague sentiment
d’AKOIBON m’habitait. Pourquoi me donner tant de mal ? On en discutait hier soir à la
maison avec Mike mon ingénieur du son, Holo mon assistant, Carlos le musicien et Eric mon photographe
(mon équipe technique de pointe), et il semblerait que je courrusse des chimères. Mike comprend mon
objectif, mais pense que je me leurre. Voilà où on en est. MAIS hier soir ce fut quand même magique.
Nous avons tourné sur le coup de 19H00 la scène d’amour entre Ivan (Cruz) et Kim (Priva) et ce
fut magnifique. La lumière d’abord : c’était l’heure idéale, celle que j’avais
exploité au maximum sur mes gonzo, lorsque le soleil décline dans le ciel. Sur ce tournage, on aura eu
une chance incroyable avec le temps : couvert quand il le fallait, dégagé à la demande. Hier soir il
faisait beau sur le champ, champ qui par bonheur n’avait pas été fauché, où les herbes hautes
s’agitaient sous le vent. La peau mate des comédiens sur l’herbe folle jaune et verte,
c’était sublime. Je leur ai expliqué la scène (Ivan tombe amoureux de Kim pendant cette scène,
et Kim retrouve confiance). Pour Priva, c’est forcément trop soft, cul-cul, elle qui est
habituée à se faire démonter sur les productions Private, mais elle a parfaitement joué le jeu. Elle
me charrie souvent, mais au bout du compte elle fait exactement ce que j’attends d’elle
et ça me remplit de joie. Son rôle est muet (Kim, traumatisée par un viol,que l’on tourne
d’ailleurs cette nuit, a perdu la voix en même temps que sa confiance dans l’humanité) ;
tout passe par des expressions, des regards, des gestes, que Priva s’applique à faire avec
beaucoup de précision. Et c’est un petit bout de femme très sympathique, intelligente, rieuse.
Cruz, quant à lui, habitué aux productions érotiques, m’a fait la scène comme il fallait. Me
disant après coup que ça ressemblait à ce qu’il faisait pour ces dites productions, et admettant
avec moi que c’était plus proche d’une scène d’amour normale comme peuvent en vivre
deux êtres puissamment attirés l’un vers l’autre. Donc ce fut sublime. 35mn de bande à
tout casser. 35 mn de joie, d’amour, de pureté. Rien à voir avec les giclées dans la gueule et
autres dilatations forcées dont vous êtes friands. Du pur bonheur. On a dû tourner une heure. Mais
TOUT est exploitable. En silence, sans cris, sans gémissements outrés, avec simplement le bruit du
vent dans les herbes. En cadrant, ça me faisait penser aux premiers films d’Oshima avec ce
Technicolor magnifique. J’aimerais ne pas mettre de musique sur cette scène. Laisser dépouillée
l’expression des corps et de la nature. Encore une scène que les amateurs du genre répudieront.
Mais en ce qui me concerne c’est exactement pour ce genre de moments que je fais du porno.
Certainement pas pour les scènes mécaniques comme celle d’hier soir –même si tout le monde
l’a trouvé super. Les filles en particulier, qui ont apprécié la maestria de Michaël, Lucky
stoppant à un moment pour éviter d’avoir un l’orgasme - comme Priva d’ailleurs avec
Cruz hier soir.
Pourquoi les filles refusent-elle d’aller jusqu’au bout ? Ce n’est pas le cas de
Cecilia qui en demande toujours plus, quitte à s’épuiser, se jetant dans les bras du premier
hardeur venu hors plateau. Les filles ne veulent pas jouir parce que c’est ce qu’elles
ont de plus intime ; elles sont là pour faire semblant, pas pour prendre du plaisir. Ou alors
l’orgasme les épuise physiquement et elles ont du mal à poursuivre la scène après avoir pris
leur pie – comme Cecilia sur « le Demon », quand Phil l’avait fait jouir avant que HPG
la prenne par le cul. Ou alors elles ne veulent tout simplement pas m’offrir ça. Comme Mahé
qui a attendu que la scène soit terminée sur « Wendy » pour prier Michael de l’achever. Michael
dont Lucky m’a dit après la scène : « He is really good ! ». J’ai acquiescé. Lucky qui se
démerde vraiment bien. En plus d’être très jolie. Belle peau, beau cheveux, joli visage. Grande
et bien faite. Elle est très volontaire, demande à ce qu’on lui explique de quoi il retourne
– merci à son agent de ne pas lui avoir fait suivre mes mails racontant l’histoire, mais
bon, la comédie on s’en fout. Lucky bien au contraire s’y intéresse : ça la change des
gonzo à la con qu’elle enchaine toute l’année où elle prend la thune, fait son tafe et
se casse, mais où il n’y a véritablement aucun enjeu artistique, aucun échange humain autour
d’un projet créatif. Vous n’êtes que de la chair à baise. Et c’est pas forcément ce
qui plait le plus aux filles, croyez-moi. Elles se rendent compte ici qu’elles sont considérées
autrement. Avec beaucoup de respect, et une attente bien plus importante. Se faire enculer, rien de
plus facile, c’est à la portée de n’importe qui. Mais jouer un rôle, ce n’est pas
donné à tout le monde.
Stella s’en sort correctement, mais de façon irrégulière. Sa tâche n’est pas aisée :
reprendre un personnage que j’avais écrit pour Liza. Elle est très bien dans les scènes de cul,
mais un peu déstabilisée du fait que je lui demande de faire moins porno : moins d’expressions
stereotypées, d’attitudes, de sons. C’est compliqué de leur faire quitter le formatage.
Mais quand ça arrive, ça devient magique. Sans les bruits habituels, la scène de cul acquiert une
intensité inédite - même si je suis las. Stella, elle, a joui avec Michael, du moins j’en ai eu
l’impression.
Le plus dire pour tout ce monde, ce ne sont pas les scènes de cul, où là ils se montrent concentrés,
à l’écoute, précis, professionnels. Gel, capotes, positions, le langage est rodé, les habitudes
incontournables, quelque part c’est rassurant. En revanche, quand il s’agit de JOUER,
c’est une autre paire de manche. Ça ressemble vite à une colonie de vacances. Comme hier et
avant-hier, avec six et parfois sept personnages dans la scène, discutant, s’engeulant, vivant.
Phil avait sa propre idée du personnage, et il ne m’a pas aidé, composant un capitaine très
éloigné de ce que j’avais en tête, mais on verra bien, comme d’habitude. Quant au filles,
je me débrouille pour découper beaucoup, je fais plein de plans, une valeur sur chacune, pout ça à
l’épaule poour rendre les cadres dynamiques, et le montage fera le reste. Je ne suis pas inquiet,
juste circonspect. La force de ce film, je pense que c’est l’histoire, pleine de
rebondissements. Autant pour « Wendy » le jeu pouvait être décalé, dans la mesure où le film se
situait dans une réaité parallèle, faisant accepter plus facilement un jeu distancié, autant là, ça se
barre un peu dans tous les sens. Mais ça, je n’y peux rien, tant que les acteurs et actrices ne
s’investiront pas plus, on ne pourra pas progresser. A moins d’écrire des scénarios sans
dialogue, en mettant par exemple une voix-off, ce qui reviendrait à renoncer à toute ambition, bref
faire de la merde. Mais peut-être que c’est suffisant, dans ce métier, la merde.
Peut-être que le porno, c’est pas du cinéma.
Mardi 26 juin 2007
Finalement ça s’est bien passé avec JPX. Il a pigé ce que je voulais, et l’a fait plus ou
moins convenablement, avec des retours d’automatisme par moment. Impossible de faire varier
rien que le rythme de leurs ébats. Lucky aussi était très mécanique. Mais ils ont fait un effort.
Dans des conditions pas des plus confortables : on avait allumé les braseros et la grande salle
borgnolée s’est vite retrouvée très enfumée. Fumée toxique probablement. Dans le cinéma
traditionnel on utilise des effets spéciaux pyrotechniques ad hoc, qui ne dégagent pas de fumée ou
alors de façon inoffensive, mais là c’est au dioxyde de carbone qu’on s’est asphyxié.
Mais ça valait le coup : l’image est magnifique.
J’ai appris que Lucky acceptait très rarement de faire de l’anal, je ne sais pas ce qui
lui a pris d’en accepter sur ce film. Je dois avoir le truc avec les filles de l’Est ;
elles m’aiment bien sans même me connaître, ce qui facilite les choses.
Lucky avait terminé à huit heures du soir. La scène nous a pris une heure et demi à tourner, alors
que j’avais prévu trois heures. Bref, ce fut trois heures, préparation comprise. Installation
de la lumière, préparation du second décor. Max m’avait demandé d’y apporter quelques
aménagements ; il a fini par le faire lui-même parce que j’avais du mal à voir ce qu’il
avait dans la tête. Avec Estelle, ils sont restés pour garder le décor pendant que toute la troupe
partait diner. On est environ 25 à présent. Tony, Pascal, Caroline, Myke et Olivier nous avaient
rejoint dans la journée. Journée consacrée, malgré la pluie, à des séances photo. Fille après fille,
puis de groupe. Ce qui fait que l’équipe technique (hormis Tarmi, photos obligent), a pu glander
jusque 14H00. Ensuite il a fallu préparer le décor de l’usine. J’étais un peu tendu.
C’est la seconde partie du récit, ou facette plus excatement, qui démarre ; la face sombre.
J’ai l’impression de commencer un second tournage. Mais le décor est super, l’idée
des braseros est géniale et je pense que ma vision d’une allégorie de l’enfer fonctionnera
– à moins que vous ne soyez devant le poste que pour vous branler.
A table, on m’a raconté que JPX avait dit de moi, en se marrant, que je lui avais demandé une
scène « love » alors que c’est quelque chose qu’il ne fait même pas à la maison !
N’empêche qu’il l’a fait, même si ça lui fout les boules de s’être montré
ainsi. Ça casse l’image super-macho du hardeur de base.
La scène du viol de Kim s’est parfaitement déroulée. Difficile pour tout le monde, mais très
intéressante à faire : cette fois encore j’ai bousculé leurs habitudes. C’est une scène
qui dérangera plus qu’autre chose. Les garçons ont assuré, mais quand je les empêchais de faire
des positions porno, ça les déstabilisait. Tony a bien pigé ce que je cherche à faire. Il a lu le
scénario alors qu’il n’a qu’un rôle subalterne, et m’a complimenté dessus. Il
pense néanmoins que j’obtiendrais plus facilement l’émotion des scènes de cul si je les
mettais en scène de façon érotique qu’en porno. Il n’a pas tort, mais c’est là tout
l’intérêt de mon travail. J ‘ai mis en scène le viol du point de vue de Kim, donc pas
d’éjac, vu qu’elle finit par tomber dans les pommes pendant la scène. Priva est une
excellente comédienne. Et aujourd’hui, elle venge son personnage en tuant un des miliciens
violeurs. J’ai hâte de tourner ça. Cette ambiance de mâles guerriers me fait froid dans le dos,
c’est pas quelque chose que j’aime, et j’espère que ce malaise transpirera.
Mercredi 27 juin 2007
Aujourd’hui dernier jour de tournage. Il est midi. Nous avons avons terminé à 2H30 du matin,
après une séquence très très difficile. Quand Diane (Cecilia) s’offre aux miliciens. Le
problème c’est que la scène est devenue une sorte de viol consenti, et ça, à Canal+, ça ne
passera pas. Donc on est un peu dans la merde – d’autant qu’on avait déjà fait un
viol ultra-réaliste, celui de Kim. Je malmène donc la charte Canal et les fameuses limites à ne pas
franchir, ce qui nous a valu de longues interrogations et discussions avec l’équipe sur les
ressorts de cette scène, qui en plus est sensée cloturer le film (à tout le moins sa partie hard).
A la base, Diane offrait son corps aux miliciens pour éviter à Irena de se faire prendre de force.
C’est un sacrifice, mais Cecilia, lors de la scène, était sensée garder le contrôle, et
finalement prendre un ascendant psychologique sur les miliciens. C’est pas du tout comme ça que
ça s’est passé. Cecilia est partie dans le plaisir et elle a complètement oublié la situation,
son rôle et le film. Prise dans tous les sens par Tony, Olivier puis Pascal, elle avait l’air
parfois terrorisée. C’était le même visage que dans « Ma nuit chez Eve », mais pas du tout la
même situation. Du coup ça ressemble à un viol, ou à un gang-bang classique de gonzo (exceptions
faites du décor, de la situation, et de la lumière qui font « vrai film ») et n’a strictement
aucun intérêt. Une scène ratée. Qui plus est interdite pour Canal+. Voilà pour l’option la plus
pessimiste.
L’option optimiste c’est qu’en montant le film je la transforme en autre chose.
D’abord en virant les « salope, t’aimes ça, hein » des miliciens. C’est curieux
comme les hommes se lâchent facilement dans de telles circonstances (posséder une femme à plusieurs).
Voilà qui me fait d’autant plus regretter l’anti-performance de Cecilia. Elle leur aurait
tenu tête, la scène aurait atteint une toute autre dimension. Secundo, la scène sera montée en
alternance avec celle d’Irena et Hector, la fameuse « love scene » vilipendée par JP. Et
dernière possibilité : que je tourne ce soir quelques plans d’ouverture qui poserait une fois
pour toutes l’attitude de Diane, avec peut-être des miliciens moins fier-à-bras. Des plans qui
la montrent plus en contrôle de la situation.
Bref, tout ça n’est pas facile. Mais l’ambiance et l’humeur générale sont au plus
haut.
Malgré tout, l’atmosphère du camp des miliciens sera très réussie. L’usine est un décor
parfait, crasse et foutoir, vision de la déchéance post-industrielle. Hier on a tourné toutes les
séquences de jour là-bas, leur vie quotidienne, et puis les plans du matin, quand Kim et Ivan
délivrent les filles.
Aujourd’hui il nous reste la scène entre Gloria et Milo, le chef des miliciens (dans le rôle,
Pascal St James fait presque peur), et la scène d’ouverture, de nuit, avec les figurants et
trois filles du village baisées par les miliciens. Quant à Caroline Eden, qui joue Gloria, j’ai
un peu de mal à la cerner. Nous verrons ce qu’elle donne en cul, apparemment, c’est une
nympho de première, authentiquement bi-sexuelle, à moins qu’elle ne fasse du cinéma.
Bref, du boulot en perspective, avec un final en beauté - une vingtaine de gaillards déboulant dans
mon bled pour faire de la figuration.
Vendredi 29 juin 2007
Je reprends le clavier pour clore ce journal de bord. En tout cas la partie tournage : il n’est
pas impossible que je tienne informé les gens de l’avancée du montage.
Hier, J, Holo, Nico et moi avons vidé le décor de l’usine, viré les meubles pourris récupérés
chez Emmaüs pour les foutre à la décharge, rangé le matériel électrique, la régie, etc. Rien
n’a été perdu, ni cassé - une ampoule de blonde mise à part.
Je suis un peu fatigué, mais pas tant que ça. Je suis surtout très content de ce que nous avons fait.
« Le Sanctuaire » n’était pas un projet facile, et je crois que le film sera réussi.
La dernière journée fût chaude. J’avais commencé par la scène de cul entre Milo (Pascal St
James) et Gloria (Caroline Eden), et ce fut très bien. Ils se sont insultés et ont baisé comme des
brutes, fidèles à leurs personnages. Caroline a du mal avec l’anale, mais elle se l’est
quand même prise dans le cul. En geignant et pas longtemps, toute crispée qu’elle était, parce
qu’apparemment la sodomie c’est pas son truc. Ce qui est étonnant vu qu’elle a
l’air d’aimer honnêtement le sexe. La sodomie c’est quand même un passage obligé
pour quelqu’un qui aime baiser, qu’on soit passif ou actif. Avait-elle de
l’appréhension ? Je ne sais pas. Apparemment elle ne pratique pas ça dans la vie non plus.
On a eu beau la rassurer, avec Pascal, lui expliquer comment s’y prendre, et lui d’y
aller en douceur, rien n’y a fait. Je reste donc un peu sur ma faim, parce que tout le début
de la scène était franchement excitant. Dommage donc, mais une belle scène quand même, qui posera
bien les personnages. La façon de baiser en dira beaucoup sur les gens dans ce film.
Ensuite je me suis enquillé quelques solos avec les trois nouvelles de V.Com (Tania Ritz,
Vicky Vicci et Sabrina Sweet). La difficulté de ce genre d’exercice c’est que tout
repose sur la fille. Sa personnalité, sa façon de bouger, la sensualité qu’elle dégage
naturellement. Autant dire que celui de Lucky que j’avais mis en boite il y a cinq jours fut
une merveille. Mais Lucky est un ravissement à elle toute seule, et puis elle a l’habitude,
rodée à ce type d’exercice. Là, on est en dessous, mais je dois reconnaître que Sabrina
m’a bien plu. Une personnalité attachante, un physique marrant, avec une paire de nichons très
impressionnante. Et perso, je n’ai rien contre les cheveux rouges.
A la nuit tombée, on a tourné la scène d’ouverture du film, en extérieur, autour d’un
feu de camp, avec une vingtaine de figurants venus exprès des environs et déguisés en miliciens.
Holo les a mis en place, et dirigé suivant mes indications. Vincent et Jean-Mi avaient répété une
bagarre au millimètre avec jet de baril et cassage de bouteille. Tout s’est bien passé, les
filles envoyant chier les garçons parce qu’ils les pelotent alors qu’elle n’ont
qu’une envie c’est bouffer – la nourriture est un problème crucial dans
l’histoire, tout comme le sexe. Avec Sabrina Sweet en meneuse. Bonne gouaille, des gros mots
à la pelle, de la répartie. Une fois repues, elles partent avec les quatre miliciens dans
l’usine.
Ensuite, avant d’attaquer le cul, j’ai tourné les plans raccords qui me manquaient.
D’abord Priva dans sa cage avec JP qui lui donne à manger (c’est censé se passer pendant
que les miliciens festoyent), puis un plan sur Tony et Myke qui invectivent Lucky (contrecchamp du
plan sur Lucky enfermée dans la cage tourné l’autre nuit) ; et pour finir, j’ai fait
recommencer à Cecilia, Tony, Myke et Olivier le début de la scène de l’autre soir. Cette fois,
Diane leur dit : « Baisez-moi ». Elle accepte de donner son corps. La part sacrificielle est éludée.
J’ai demandé aux mecs de se montrer moins bestiaux (ce qui les a fait ricaner). Mais je
n’ai pas le choix. C’est ça où je ne peux pas monter la scène, en tout cas pour la
version Canal+. Là, même si plus tard la scène dégénère, avec l’arrivée de Milo (Pascal),
au moins le début est propre. Ce sera une scène à plusieurs vitesses.
Enfin, vers une heure du matin, on attaquait la scène de cul avec Vicky, Sabrina et Tania (qui
jouent des filles levées dans un village) et les quatre miliciens. A Tony et Olivier se sont ajoutés
le mec de Tania et celui de Vicky. Encore un truc qui m’échappe : pourquoi ces gens-là
tournent-ils entre eux ? J’avais l’impression d’être dans leur salon. Surtout
quand j’ai demandé aux filles d’arrêter avec leurs cris porno. Vicky m’a répondu :
« Mais c’est comme ça que je fais dans la vie ! » Ah bon ? Le porno finit par affecter la façon
de niquer. Trop fort. Mais bon, heureusement, la scène s’est bien passée. Les petits copains ont
bandé, et les couples se sont mélangés après un démarrage qui vit Olivier et Tony s’occuper
de Sabrina. Cette petite a de l’estomac et ça se sent. Je ne suis pas tellement intervenu,
coupant seulement entre les positions pour laisser travailler les deux photographes (Tarmi et celui
de Hot Video). La lumière était chouette et J, comme à son habitude, alimentait les braseros.
J’aurai de beaux plans, l’atmosphère incandescente du camp des miliciens. Nous avons
terminé à 2H45, soit un peu moins de deux heures pour mettre en boite la scène. C’est correct.
Je pense que c’est la première fois que je réussis aussi bien une scène de groupe – même
si ça me crispe un peu de filmer de « vrais couples ». J’ai l’impression qu’ils ne
me donnent rien d’intime, mais plutôt de la routine. Heureusement il y avait les gros seins de
Sabrina.
Jack Tyler
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