Chroniques d’un tournage porno Par Jack Tyler
Vendredi 02 juillet 2004, 17H09
Et voilà c’est reparti. Ceux qui ne connaîtraient pas Jack Tyler, je ne peux que les inciter à lire
la chronique de mes aventures antérieures, disponibles sur ce site. Les autres, vous savez de quoi il
retourne. J’espère que cette fois ce sera différent. J’espère aller encore plus loin. J’espère toucher
de plus près la vérité. Mais d’abord un petit préambule pour clore la chronique déjà diffusée,
ce que j’ai fait cet hiver, ce que c’est devenu. Le montage des trois films m’a pris six mois.
Ce qui signifie soit dit en passant qu’au niveau rémunération, l’opération n’est pas ce que l’on
pourrait appeler un succès. Mais je fais ça pour l’Art, vous le savez bien. J’ai donc monté les trois
films, mis de la musique que j’ai pour partie faite enregistrer sinon récupérée auprès de copains
musiciens bienveillants ; les programmes sont livrés à la chaîne, qui a d’ores et déjà accepté le
premier, intitulé BETTY. Le solde m’a été réglé et le film est programmé pour le mois d’août.
Deux-trois individus en France qui n’ont rien d’autre à faire à la fin de l’été entre 20H et 22H
pourront le regarder, à condition d’être abonné à Canalsatellite et de le commander sur Kiosque
(le paiement à la séance). Le truc marrant c’est que quand vous lirez cette chronique,
je serai peut-être déjà dans le montage du film que je suis sur le point de tourner et dont
l’épopée sera relatée ici même, et les trois films tournés l’hiver dernier auront sans doute été
diffusés. Là je vous parle des versions charme (interdit aux moins de douze ans).
La version X n’est pas encore montée, j’ai juste dérushé, ce qui est le comble pour un mec qui
au départ voulait faire du porno. En avril, Henri (c’est mon client à Canal et il ne voit pas
d’inconvénient à ce que son identité soit révélée), Henri donc m’avait demandé de toute urgence
de lui fournir quelques séquences hard pré-montées, ce que j’ai fait, car, mais ça je l’ai appris
plus tard, il voulait me mettre en lice pour réaliser un porno co-produit par Canal+.
Or le producteur du film a jugé mes images pas assez hard, donc je n’ai pas été retenu.
C’est Yannick Perrin qui s’y est collé, une valeur sûre. Il a eu treize jours de tournage.
Sur le moment j’ai un peu accusé le coup, mais finalement dans ma carrière il ne m’est
quasiment jamais arrivé de décrocher un truc, alors tant pis, c’est ainsi. Et puis j’aurais
certainement été surveillé de très près par le producteur, peut-être même avec un chef-op dans les
pattes qui aurait tenté de m’imposer ses choix de cadrage, bref, la merde quoi. Donc ce n’est pas grave.
Parce qu’au final je repars pour un tour. Apparemment le premier film que j’ai livré a enchanté Henri,
ce qui fait qu’il se passera de vérifier les suivants (ce en quoi il a tort, le troisième étant à mon
sens un vrai petit bijou, un pur documentaire sur moi, les filles et le X, tout en tact et poésie)
et il m’a passé commande pour une nouvelle fournée. A la différence près que là je dois livrer deux
versions de chaque programme : une charme (interdit aux moins de douze ans) et une érotique
(interdit aux moins de seize ans). Que je vous explique, si je ne l’ai pas déjà fait. Ce qu’ils
appellent du charme c’est des films sans aucune allusion sexuelle : des douches, des bains,
des filles à poil, à la rigueur quelques bisous, ou alors les tout premiers préliminaires
d’une scène de cul. Exercice un peu fastidieux, parce que pas évident d’éviter l’ennui. Mais bon,
on s’en sort avec un peu d’imagination, en flirtant avec les limites ou en jouant sur les effets
pour rendre l’image moins réaliste, livrer des choses plus fantasmatiques, moins crûes, comme
je l’ai fait pour le deuxième film de cet hiver. L’érotique, par contre, on a droit aux scènes de cul,
mais simulées bien sûr, et sans plan de vagin ou d’anus ouverts, ni de pénis en érection.
Pour vous donner un exemple, il y a quelques mois ils ont diffusé sur Kiosque le chef d’oeuvre
d’Andrew Blake qui s’appelle « la villa », que je me suis précipité de regarder, et la version
était tronquée par rapport à l’original : une scène de masturbation intense avait sauté,
et des plans par-ci par-là trop évocateurs. Je m’en suis plaint auprès d’Henri évidemment,
qui m’a expliqué que les amateurs de porno auraient jugé la version originale trop soft et
donc se seraient sentis lésés - bande de connards. Du coup le film s’est retrouvé en case érotique,
mais tronqué. Bon, on l’a quand même regardé en entier avec ma femme, et ça avait gardé tout
son pouvoir de fascination. Dommage pour la scène de branlette, qui valait son pesant de cacahouètes.
Les femmes sont tellement belles chez Andrew Blake. En terme de fabrication, tourner deux versions
n’est pas si compliqué que ça, j’ai mon système : je mets en scène des séquences progressives et
je termine par le hard. De toute façon, mon cerveau visualise tellement tout à l’avance, que
les choses se déroulent très naturellement. La différence majeure par rapport à cet hiver,
c’est que là je ne m’en vais pas dans l’inconnu. Je sais exactement ce qui m’attend. Du coup
je dors bien, alors qu’en préparant les films précédents, je me tapais des insomnies terribles,
j’étais nerveux. Attention, pas angoissé, je ne connais pas l’angoisse, ni le trac, simplement
mon cerveau tournait à plein régime, sans arrêt. Aujourd’hui je suis sur un nuage. Sans trahir
les valeurs qui sont les miennes, je m’engage dans un film plus hard que ce que j’ai fait cet hiver,
mais c’est dicté par l’histoire que je raconte. À la différence de cet hiver, où j’avais développé
en hard des scènes érotiques issues de deux scénarios distincts, dans le but de produire un porno
en deux parties, comme un diptyque, cette fois-ci j’ai écrit un scénario de film pornographique,
duquel j’extrairai les deux versions charme et érotique commandées. C’est donc un projet très ambitieux,
qui nécessitera sept jours de tournage et absorbera les deux-tiers du budget. Le deuxième film sera
tourné chez moi, à la campagne, les filles seront moins chères car ce sera que pour du charme,
et il n’y aura que trois ou quatre jours de tournage, courant août. Le troisième sera un docu sur
les filles et les deux tournages, comme ce que j’ai fait cet hiver et qui a donné lieu selon moi
au plus réussi des trois projets, car j’interviewe les comédiennes et c’est très touchant.
Donc j’ai écrit un vrai scénario. Lundi le tournage commence. Les filles arrivent dimanche soir
avec la maquilleuse. Il y aura du texte, des dialogues, des personnages à faire exister,
ce qui constitue ma principale inquiétude, et celle aussi d’Henri, qui m’a dit que je n’y arriverai
jamais. Que je n’arriverai pas à faire jouer correctement mes comédiennes, à rendre crédibles
mes personnages et prenante mon histoire. Il m’a traité de dingue. Mais faut croire qu’il m’aime bien.
Il a même validé mon casting qui pourtant ne l’a pas fait sauter au plafond : il a déjà cinquante
films en stock avec ces trois-là. Mais bon, allez trouver en France trois hardeuses jolies et
suffisamment reconnues pour porter un tel projet. J’ai donc dans les rôles principaux mesdemoiselles
Nina Roberts, Tiffany Hopkins et Axelle Mugler. Trois filles très gentilles au demeurant.
Je les ai contactées facilement par l’entremise d’un très bon ami qui tournait des téléfilms
érotiques pour M6. Je leur avais envoyé le scénario et on s’est rencontré sur Paris, dans un
Etap Hotel avenue Jean-Jaurès. Rien à voir avec les premiers contacts à Prague avec mes Tchèques ;
Etap Hotel, il n’y a rien de pire et plus jamais je n’y mettrai les pieds. Ils se foutent de
la gueule du monde. Il n’y a même pas de prise téléphone et les chambres ressemblent à un couloir
de train. Les filles, je n’avais jamais rien vu avec elles, je ne savais même pas à quoi elles
ressemblaient. J’ai fait confiance à mon pote, et à leur réputation. Bon. Maintenant le scénario.
En vérité je l’ai écrit en deux jours. Cette histoire, je l’avais en moi depuis un bail.
Ça devait être un film traditionnel, ce sera un porno. Pas de différence pour moi. Sauf qu’à la base,
les personnages principaux étaient des mecs, là c’est de filles. C’est une histoire de sexe et
de mort sur la côte d’Azur. Je vais tourner des séquences sauvages à Cannes.
Trois filles sont convoquées dans une villa pour une session photo avec un photographe star.
Le problème est que le type se fait attendre. Alors pour tuer le temps elles descendent en ville
et se lèvent un mec qu’elles asserviront et s’enverront les unes après les autres quand il aura fait
les courses, la bouffe, etc. Bon. Le photographe finit par arriver, mais il est malade.
Il n’a plus la foi. Il va crever. Donc c’est un fiasco, sauf qu’elles font venir une recrue de dernière
minute et là, ça repart, le photographe rebande et se remet à créer. A la fin, il meurt en éjaculant.
C’est chaud et c’est mortel. Si j’avais été plus photogénique, et mieux membré, et avec moins de bide,
et si ma place n’était pas fondamentalement derrière la caméra, j’aurais pu me confier le rôle parce
qu’il m’est assez proche, comme me l’a très justement fait remarquer ma femme.
Mais c’est Andréa Moranti qui le fera. Andréa est un hardeur habitué des films hardcore,
avec une pure tronche, balèze, parlant cinq langues. J’avais pensé à Francesco Malcom,
mais c’était trop convenu de prendre un type un peu malingre pour jouer ça, alors qu’un beau mec costaud,
c’est plus dérangeant. Il passe son temps à se balader en peignoir, l’air à moitié cinglé, et à picoler.
J’aurais dû lui dire de visionner en boucle « Leaving Las Vegas ». Nicholas Cage,
c’est la référence ultime pour ce genre d’interprétation. Andréa, je l’avais rencontré à Prague et
ça me fait marrer de lui filer le rôle d’un mec qui ne bande plus. On avait sympathisé et
quand je l’ai rappelé, il a été ravi que je lui propose un rôle. Il a trouvé le scénario d’enfer,
il l’a même fait lire à son père. Les filles, elles, ont trouvé l’histoire super sympa,
ce qui ne veut pas dire grand chose. L’égérie qui doit faire revenir à la vie Modeste Pompello
(c’est le nom du photographe, c’est venu comme ça), devait être Liliane Tiger, la petite merveille
de Prague, mais cet enfoiré d’agent Tchèque l’a mis sur un plus gros film alors que je l’avais retenue.
Et aujourd’hui, à trois jours du tournage, et cinq de son arrivée supposée, je n’ai toujours personne
pour tenir le rôle. Mais je ne suis pas inquiet, j’ai un mec qui bosse pour moi, il m’a déjà proposé
une certaine Zuzanna, bombe atomique qui fout déjà le bordel dans mes neurones. Je prie pour l’avoir,
si ces enculés de Ricains ne l’ont pas déjà bookée sur une de leurs productions véreuses.
Quand l’Europe coupera-t-elle tout lien économique et culturel avec les Etats-Unis ?
Il serait temps, non ? Sinon on finira qu’avec des boudins et ce sera bien fait pour notre gueule.
VENDREDI 2 JUILLET 2004
Dans la soirée
Bon, j’y suis allé un peu fort. J’aime beaucoup les Etats-Unis. Je serais ravi de partir y travailler
un jour. Beaucoup de Français y font leur trou, c’est très bien. Mais ça reste une nation bâtie sur le
sang et le mensonge. Pour en revenir aux « derniers jours de Modeste Pompello » - c’est le titre de
mon film, par ailleurs pas suffisamment porno, Henri m’a d’ores et déjà prévenu qu’il faudrait le
changer, mais je m’en fous, ça sera le sous-titre -, ce sera l’occasion pour moi d’expérimenter plein
de choses. D’abord il y aura un paquet de scènes de photo, et je compte bien faire des trucs trash
avec de la viande, du cambouis, des larmes et du sang. Les filles sont tellement plus désirables quand
il y a une notion de saleté ou de danger. Pour le rôle d’Irène, la fille qui fait rebander Pompello,
il me fallait une vraie diablesse. J’espère que le mec qui s’en occupe me la dégotera. Une fille
sulfureuse, diabolique, qui fasse oublier les trois autres et propulse le film dans quelque chose
de brûlant. J’ai en tête ces images de Pompello vampirisé par Irène, déambulant tel un fantôme
autour de la piscine, se pintant au whisky et qui finit en agonisant après s’être envoyer toutes
les filles successivement. J’aimerais que Nina lui crache à la gueule. Avant ça il se sera envoyé
Irène, il aura joui sur ses seins, et je veux qu’elle lui attrape les cheveux et lui fasse lécher
son sperme. Voilà, des trucs comme ça. Mais c’est con de vous en parler maintenant, je préfère
attendre de l’avoir réellement tourné. Les scènes de cul iront crescendo. Les mecs se feront
littéralement vider les couilles par les filles. La femme est au centre de mes préoccupations,
je dois le confesser. Chaque personnage féminin est différent, et certainement pas caricatural,
au contraire, j’ai essayé de les rendre chacune surprenante dans son genre. Maintenant il faut que
je vous dise deux mots du décor. On tourne chez ma grand-mère. Elle a une magnifique villa sur
la côte d’Azur. Elle y vit seule. La maison est en vente. Je m’étais toujours dit qu’il faudrait
que je tourne un truc ici un jour. Bien sûr elle ne sait pas que c’est du porno, je lui ai dit
que je réalisais un film érotique, ce qui ne la gêne absolument pas. Les scènes hard se dérouleront
dans des chambres ou alors la nuit dehors quand elle sera couchée. Je ne me considère pas comme un
pornographe. Je suis un cinéaste habité, quelque chose comme ça. Obsédé par des visions de sexe,
de mort et de décadence. Le décor ici s’y prête tout à fait, sans parler de l’environnement,
la côte d’Azur, région sinistrée qui file le bourdon et Cannes la friquée où chaque nana croisée
dans la rue pourrait apparaître dans un film porno avec FUCK ME écrit sur son tee-shirt Gucci,
bref on se croirait à Miami avec ce putain de soleil qui nous tabasse la tête toute la sainte journée,
la piscine toute bleue sous nos fenêtres, une demie-douzaine de chambres, du marbre partout.
Bon, je dérape peut-être un peu à mentir comme ça à ma grand-mère mais j’ai la conviction d’être
dans une quête essentielle. Si je foire, vous n’entendrez plus jamais parler de moi. Si je réussis
mon pari, j’aurai produit une œuvre véritable.
LUNDI 5 JUILLET 2004, 07H00
C’est parti. Aujourd’hui premier jour de tournage. Je vais en ville avec Tiffany et la maquilleuse.
On commence par son arrivée, des plans dans le train, à la gare, en taxi. Pendant ce temps,
Axelle et Nina pourront dormir. Elles sont toutes arrivées hier soir, mais pas en même temps.
Tiffany venait de Bordeaux, huit heures de train pour rejoindre Cannes, je l’ai chopée à 19H00
gare de Cannes. Je lui avais réservé une petite surprise ; je voulais qu’on aille tourner tout
de suite les plans prévus ce matin, soit reprendre le train pour St Raphaël. Elle a masqué, la pauvre.
Bien sûr, après le voyage qu’elle s’est tapée, j’ai compris. Je l’ai ramenée à la villa, elle a pris
ses aises, mangé un morceau, on a discuté du scénario, piqué une tête dans la piscine. Ensuite
je suis allé chercher Nina et Axelle qui arrivaient à 22H00 en provenance de Paris. J’ai retrouvé
la maquilleuse à la gare, elle venait en voiture d’Avignon. C’est Corinne, une fille très sympa
avec laquelle j’avais travaillé il y’a dix ans sur des trucs érotiques pour M6. Elle n’a pas
de problème avec le porno et je crois qu’elle m’aime bien. Elle a oublié son scénario chez elle,
c’est le genre de trucs qui me fait marrer. J’ai raté le plan d’arrivée des filles sur le quai de gare,
elles ont pris l’escalier vers la sortie sans que je les vois. Nina était radieuse,
Axelle plutôt dans l’expectative. Mais elle s’est détendue en découvrant le décor.
La villa en impose vraiment, et ma grand-mère est craquante. Aux petits soins, elle préparera des
gâteaux toute la semaine. On a bu un coup, discuté, Nina a toujours plein d’histoires dingues
à raconter. Notamment quand elle s’est faite contrôler par des flics dans le train de banlieue
en allant sur Paris et qu’ils cherchaient du shit : elle a ouvert sa valise avec tous ses godes dedans.
Ils l’ont laissé tranquille. Ses outils de travail. Il faudra qu’on rebosse un peu le texte,
il y a des mots qu’elles n’arrive pas à sortir parce qu’elle ne les comprend pas. Quand j’utilise
des termes trop compliqués, comme laconique par exemple, elle est dépassée. Ça me fait marrer,
ça m’apprendra à faire l’intello. De toute façon j’ai modifié des trucs ce week-end.
A cause du problème d’Irène, le quatrième rôle féminin. Finalement je n’aurai pas Zuzanna.
Je ne l’ai su que dimanche. Mon mal de dos ne s’est donc pas arrangé. A la place, j’envisage de
prendre une petite blonde, une teen-age. Mon personnage d’ange de la mort tombe à l’eau,
il m’a fallu changé des choses, l’enjeu auto-destructeur de Pompello. La fille provoque quelque chose,
elle ranime sa flamme, mais ce n’est pas elle qui le conduit à la mort. C’est lui qui décide
ça pour une raison intime révélée par Clarisse (Axelle) dans la première partie du récit.
Donc maintenant que ma décision est prise, il faut que je fasse venir cette Nikki de Budapest pour jeudi.
Je me suis renseigné pour les avions, c’est OK, mais m’occuper de ça à la dernière minute,
alors que le tournage a commencé, ça me gave. J’espère seulement que mon dos arrêtera de me faire
souffrir. Avec les filles, on a survolé le plan de travail, il a l’air de tenir la route.
On a fait le tour de leurs fringues aussi, là je ne sais pas trop. Ce qui est sûr, et elles
s’accordent toutes les trois à le dire, c’est que je ne me suis pas planté dans l’attribution des rôles.
Ce que j’ai écrit correspond à leur personnalité respective. J’ai assigné les rôles à chacune de façon
tout à fait intuitive, car je ne les connaissais pas, et ben ça colle complètement. C’est un coup de bol qui tiendrait presque du miracle à ce stade. On s’est couché un peu tard, elles ont été impressionnées par l’accueil, le décor, la villa. Je pense qu’il y aura du contraste et de l’émotion. Ma caméra ne va pas cesser de tourner. Les interviews aussi seront canon, avec ces folles qui ont couché pour la première fois avec un garçon à treize ans. Tiffany, je l’apprendrai plus tard, s’est déflorée avec un aspirateur à onze ans. Quand je repense à mon propre apprentissage sexuel, je suis sur le cul. Bon, je fais mes abdos, une douche, et on est parti.
Je suis quand même assez excité, l’histoire tourne et retourne dans ma tête, mon scénario est déjà
couvert de griffonnages. Alea jacta est.
MARDI 6 JUILLET, 09H20
OK, hier journée mitigée. À quoi je m’attendais ? Finalement le manque de moyens se fait vite ressentir.
Tout ce qui est un peu à l’arraché fonctionne bien, ce qui est posé, moins - et puis ça reste de
la vidéo. Il faut être sacrément inspiré. Les filles imposent d’emblée une barrière. Avec elles,
j’aurai du boulot. Elles sont très professionnelles, mais le fait que ce soient des Françaises et que
l’on communique sans problème modifie le rapport que j’ai avec elles et bride un peu mon inspiration.
Et d’un autre côté je ne me rattrape pas sur les scènes où elles doivent jouer. Le texte,
leur jeu et ma mise en scène font que c’est limité. Dans ces cas-là, inutile de flipper, il faut
avancer. Il faut croire au montage. Et puis hier était un jour spécial : pas de scène hard.
Et très peu d’érotisme. Il faudra que je rattrape le coup avec Tiffany, qui ne m’a pas aidé dans
la piscine pour réussir la scène. Du coup je lui ai montré un bout de ce que j’avais tourné
avec Claudia à Prague, et elle a compris ce que je voulais. Mais c’est la preuve qu’elle ne donne pas
beaucoup, il faut aller chercher le truc sinon t’as rien. Je suis prévenu maintenant. Et je me
pousserai dans les scènes de cul et les scènes photos. Sinon j’ai résolu mon problème d’actrice
manquante : j’ai pris la petite Hongroise dont je vous ai parlé hier, une blondinette de vingt ans,
un petit format, débutante. Je l’ai sélectionné sur photo, elle fait très fraîche, très adolescente.
Pourquoi pas ? On ira la chercher jeudi soir à l’aéroport, et on tournera direct une scène avec elle.
Mais ça n’a pas arrangé mon mal de dos qui me taraude. Il faut que je joue sur la lenteur durant toute
la première partie. Lenteur, nonchalance. Ça se speede avec les scènes à Cannes et l’arrivée du
premier mec. Puis ça s’accélère encore avec Pompello. Bon, hier on a terminé à minuit, et je vous
avoue que j’étais un peu glauque, circonspect quant à ce que j’avais fait. Ce qui explique que
je n’ai pas tenu mon journal. Un message de ma femme m’encourageant et puis dodo. J’ai tiré sur
un joint avec les filles (elles carburent à dix pétards par jour minimum, au nez de ma grand-mère),
mais même ça ça ne m’a pas aidé à me ressaisir. Leurs histoires d’anorexie, d’adolescence rebelle et
de plans glauques dans le porno commencent déjà à me lasser. Je perds un peu ma place, mais je saurai
me montrer exigent sur le cul. C’est moi qui garderai le contrôle. Ce qu’il y a c’est qu’elles
sont centrées sur elles. Aucune curiosité ni pour moi ni pour ce que j’essaye de faire. Sauf peut-être
Nina, la plus gentille. Ce matin, je me fous un bon coup de pied dans le cul et quelques scènes de
comédie à réussir au soleil. Ce soir, Phil et mon pote Eric le photographe arrivent, je vais les
chercher à la gare. Cette nuit le vrai hard commence. Une scène lesbienne Axelle/Tiffany avec gode
s’il vous plait. Hier, c’était marrant, on a tourné des trucs dans le train Tiffany et moi,
c’est d’ailleurs plutôt réussi, et puis après, en face de la gare de Cannes, elle a voulu entrer
dans un sex-shop, ce qu’on a fait. Le vendeur l’a reconnu et elle a acheté un gode vibreur à boules,
un machin étrange qui ressemble à une pistolet inter-galactique. J’ai tout filmé, ça sera rigolo.
MERCREDI 07 JUILLET, 07H10
On descend à Cannes. C’est le troisième jour de tournage. Une grosse journée. Scènes de comédie sur
la plage, quand les filles vont se baigner et que Sophie (Tiffany) se fait brancher par un mec (Phil).
Il leur pique du blé et les clefs de bagnole, elles le rattrapent sur le parking et le neutralisent
d’un coup de pied dans les couilles. Puis elles le ramènent, le transforment en homme à tout faire et
se le tapent. Ce soir tard on fera la scène hard Phil/Tiffany, la première du film. La première
du tournage, on l’a faite hier. Une scène lesbienne Tiffany/ Axelle. Je pense que ça a été réussi,
et ça me réconcilie avec ce que je suis en train de faire. Très bizarre. Je m’y attendais vraiment pas,
je veux dire à la réussir comme ça. La lumière était limite, mais les filles ont fait un truc très
proche de la vie, ce qu’elles ont reconnu par la suite. Ça les a fait décoller, surtout Tiffany qui
est partie grave rien que dans l’érotique. Elles étaient très surprises de ne pas pousser de cris
ni rien, il n’y avait que leurs respirations. Et la mienne, devrais-je ajouter. Non, c’était vraiment
bien, dans une lumière très contraste, avec deux spots de chevet. Tiffany est ce que l’on appelle
une fille gironde, elle a un cul très rond, adorable – mais qu’elle n’assume pas forcément, ce en
quoi elle a tort parce que c’est vraiment mignon. Elle s’en sort très bien avec son personnage.
Je pense que la réussite de la scène tenait aussi à ça : au fait qu’on ait fait beaucoup de scènes
de comédie et que les filles grâce au travail effectué aient commencé à s’approprier leur personnage.
Axelle s’en sort très bien aussi, elle a un corps très félin, un beau bronzage – elles ont passé
la journée à se dorer la pilule. Même le gode avec sa couleur bleue translucide et sa forme de
pistolet inter-galactique, c’était érotique. Dans la journée, le temps nous a un peu fait chier,
soleil, nuage, soleil, nuage, rien de pire pour te gâcher une journée. J’avais une longue scène
de comédie très découpée, on a perdu du temps et du coup j’ai pris deux séquences dans la vue,
que l’on tournera le dernier jour. Je ne savais plus trop où j’en étais avant cette scène lesbienne.
Les filles me perturbent aussi un peu, j’ai du mal à être inspiré par elles, parce qu’elles sont
tellement bouffées par leur métier. Difficile de voir le personnage s’incarner quand vous avez à
faire à des nanas comme ça. Difficile de leur imaginer une sexualité normale. C’est pourquoi elles
comme moi nous avons été étonnés de réussir autant cette scène hier. A un moment donné,
j’ai murmuré un truc à Tiffany, elle m’a presque engueulé que je lui coupe ses effets.
Elle était partie complètement, et pourtant c’était que de l’érotique. Finalement la mise en scène
c’est de la mise en condition. Sans moi, la scène n’aurait jamais été ce qu’elle a été.
Je me sens réhabilité, confirmé dans ce que je veux faire. Il me suffit d’avancer. Le problème
c’est que je suis déjà crevé, qu’il y a plein de trucs à faire, gérer la comédie, l’érotisme,
le charme et assurer le X. Et je suis tout seul. Et en dehors de ça, entendre toutes leurs
histoires de pornostars qui me foutent le bourdon. Corinne la maquilleuse est très gentille,
mais elle semble encore plus dépassée que moi – elle travaille plutôt dans la télé traditionnelle.
Heureusement hier Eric est arrivé et c’est quelqu’un de normal, on va dire. Phil aussi est là,
mais il va vite me fatiguer avec ses blagues non stop. Le genre bouffon de tournage. Mais gentil.
Je vous l’avoue, je ne suis pas mécontent qu’il y ait des hommes sur le plateau. Sinon hier
j’ai aussi tourné une scène de masturbation en trois étapes avec Nina, au gode (son Arthur),
c’était bien, rien d’impressionnant, peu d’émotion mais les amateurs du genre apprécieront.
Toujours la même question : est-ce l’émotion que je ressens à filmer ou bien la pure performance
qui excitera les gens ? La scène lesbienne d’hier, si intense, si authentique, sera-t-elle bandante ?
Ou émouvante ? C’est le grand mystère que je traque. C’est mon boulot à moi. Enregistrer ces
images-là et les transmettre. Si c’est juste pour ma pomme, ça sert à rien. J’aime beaucoup
les fesses de Tiffany. Hier soir on est allé chercher les mecs à la gare, les filles marchaient
dans la rue, ça a failli déclencher une émeute. Nina et Tiffany ont voulu retourner dans
le sex-shop où Tiff avait acheté son gode qu’elle trouve super. Devinez quoi ? J’ai encore filmé.
JEUDI 8 JUILLET 2004, 02H00
Andréa est arrivé. Il a les cheveux plus longs et c’est dommage. Il est aussi plus baraqué que dans
mon souvenir, gaulé différemment. Encore une difficulté. Encore quelque chose qui n’est pas conforme
à l’impression du début, pas conforme à l’intention. Il faut sans arrêt gérer ce genre de trucs.
C’est épuisant. Sinon ce soir on a tourné en deux heures la scène entre Tiffany et Phil.
Globalement ça s’est bien passé. Tiff avait mal au cul alors on n’a pas fait une anale d’anthologie.
Mais l’orgasme était cool. L’éjaculation sur le ventre aussi. J’aime beaucoup les fesses de Tiffany.
Elles sont rondes et pleines. Elle a un corps très agréable à filmer, même si pas forcément dans
les critères communs. Et puis ils m’ont fait deux belles scènes de comédie, pleines de sentiment.
J’ai obtenu une image pas trop mal, ni banale, dans les deux cas de figure. Ce matin on est allé à
Cannes filmer des trucs sur la plage, réussis d’ailleurs, notamment la scène où Phil branche Tiffany,
elle le jette, il leur pique les clefs de bagnole. Tout ça sous l’œil des CRS. J’ai tourné aussi
un peu de provo bon marché sur la Croisette en leur faisant dénigrer les enseignes que l’on croisait,
un vigile de chez Dior nous a interpellés alors que l’on filmait la devanture. Après on s’est un peu
fait repérer sur la terrasse du parking de la gare où l’on devait tourner la scène du coup de pied
dans les couilles. Ce sont les aléas du tournage sauvage. On reviendra un autre jour, ils ne
m’auront pas ces cons. Alors on est rentré et on a fait la suite, quand il leur sert à manger.
Ça s’est bien passé. Le train d’Andréa a pris feu à Arles, il avait deux heures de retard, ce qui
fait que c’est Eric qui est allé le chercher. Moi je tournais avec Phil et Tiffany. Pour Andréa,
on verre demain. Maintenant que dire de la scène d’amour ? Ils ont très bien pigé, et c’était réussi.
Phil garde pas mal de défauts de hardeur. Je n’y ai pas trop fait gaffe vu que j’étais surtout sur
Tiffany. Elle a donné pas mal d’images fortes. Dont cette jouissance aux larmes et au rire.
J’adore l’odeur que ça dégage, les scènes hard. On transpirait tous comme des bêtes. Tiffany
dégoulinait et c’était chouette à l’image. J’avais une image chaude, un peu rouge, ça jetait.
Je suis plutôt content. Les scènes de comédie m’ont réconcilié avec le film. Ce sera une des qualités
parce que c’est plutôt drôle. Et parfois émouvant. La scène dans le lit quand il la rejoint après
avoir baisé avec les deux autres, c’était limite drame psychologique. Les Cahiers du Cinéma
apprécieront. Voire Télérama. Phil se démerde très bien. Nina c’est moins ça, mais elle s’en sort,
il faut bien tout lui expliquer. Axelle est une fille étrange, je ne sais pas par quel bout la prendre,
mais elle se débrouille assez bien. Elle dit que c’est son dernier film, c’est peut-être pour ça
qu’elle n’a pas l’air à fond dans le truc. Tiffany a eu mal et c’est dommage, elle a un si beau cul.
Phil lui a dit des trucs pendant la scène, genre il est bon ton cul et c’était déplacé, comme
je l’ai fait remarquer à Tiffany qui l’avait trouvé trop comme dans le hard. Je pense que
les mecs ont besoin de faire des expressions, de gémir, souffler et dire des insanités, c’est
un moyen de s’exciter, ils ne bandent plus. D’autant que ces deux-là ont déjà tourné des dizaines
de scènes ensemble. Les filles au contraire sont capables de jouer n’importe quoi, tous les styles,
du plus hard au plus sensuel. Quand je suis redescendu après deux heures dans la fournaise du sexe,
je ne sentais plus mes mains. J’ai tiré sur un pet de shit pas terrible et je suis remonté.
Les filles me l’ont tendu spontanément. Elles m’appellent patron. Elle deviennent taquines,
c’est bon signe. J’ai mal au dos maintenant, un mal de dos différent du précédent. La barre au milieu.
J’ai réussi de beaux cadres. C’était forcément beaucoup au grand angle, les chambres sont petites.
Mais c’était assez beau avec les moyens rudimentaires exploités au maximum. Pourvu que ça continue
à être bien joué avec Andréa. J’ai compris que les personnages féminins dirigeaient le film.
C’est elles qui mènent l’histoire. Elles chopent Nicolas. Elles font venir Irène. Elles baisent Pompello.
Il paraît qu’il y aura de l’orage demain. Déjà aujourd’hui c’était très incertain. Quelle merde.
Heureusement je suis surtout en intérieur. Mais on a trois séquences de retard. Contre une d’avance.
Demain on fait l’arrivée de Pompello et dans l’après-midi on va chercher Nikki, la petite Hongroise
que j’ai réservée. Ça me fait un sentiment étrange d’avoir à aller chercher cette fille à l’aéroport.
J’en profiterai pour filmer. Ici la vie se mélange au film. Ou plutôt ne font qu’un. Tiffany
l’a remarqué : ça lui fait bizarre que sa chambre soit la sienne dans le film, celle de Sophie,
son personnage. Ça fait partie de la mise en condition, c’est ce que je lui ai expliqué.
Axelle et Nina partagent la chambre de Clarisse et Jennifer. Moi je dors dans celle de Pompello.
VENDREDI 9 JUILLET 2004, 01H00
Je leur ai dit ce que je pensais du tournage, de la façon dont les choses se déroulaient.
Que j’étais très content. Que ça se passait bien, notamment au niveau comédie. Elles se débrouillent.
Nina a demandé si j’en doutais, je lui ai dit que c’était la chose qui m’inquiétait le plus, même
si je leur faisais confiance et que finalement ça se passait bien. J’ai fait une petite allocution
très écoutée, elles doivent pas être habituées à ce genre de trucs. Je les ai chopé dans le petit
salon, vautrés dans des fauteuils, défoncés au pétard. Andréa a un Afghan du tonnerre, c’est autre
chose que le Marocain fétide de Nina. Tant que ça joue bien ça ne me dérange pas qu’ils fument,
et puis ça n’a aucun effet particulier sur leur comportement, c’est à croire qu’elles font ça tout
le temps, ce qui n’est pas le cas selon elles. Personnellement je serais incapable d’assurer
ce tournage en fumant comme ça. Mais mon boulot exige sans doute plus de concentration.
Donc ils étaient tous là, très attentifs, mes sept compagnons, mon équipe, les filles, les mecs,
Corinne, Eric. Je leur ai dit que l’on entrait à présent dans la seconde partie du récit,
la plus dramatique. Je crois que je les ai pas mal scotchés avec ma petite impro. Ça se passe pas
trop mal avec Andréa au niveau du jeu. Il n’est pas idiot, contrairement à ce que semblent penser
les filles. Seule Tiffany ne paraît pas hostile. Andréa ne fait pas l’unanimité, c’est même électrique
avec Nina et Axelle, mais je suis convaincu que c’était une idée. Son jeu est approximatif dans
le dialogue, mais il pige vite et m’a fait des trucs physiques sur la maladie pas mal du tout,
quoique un peu grotesques. C’est du pur premier degré. Toute la première partie est plutôt légère,
voire marrante. Maintenant on entre dans la lente déchéance de Modeste Pompello. On a reçu Nikki.
Cette fille a l’air d’avoir quatorze ans. Elle est ravissante. J’ai eu un choc. Elle avait l’air
tellement jeune. Ça a été le dilemme de la journée. Que faire de cette fille ? Du coup j’ai poussé
le principe de destruction sur Pompello. Elles vont plus ouvertement le tuer en le baisant.
Nina va le massacrer je crois, ils arrêtent pas de se lancer des vannes. Nikki, je la ferai
se masturber puis échapper à Modeste, qui tombe par terre. Elle se met sur le lit. Il essaye de la
choper, il s’étale, faible. Elle le regarde. Puis elle se penche et le suce. Et c’est parti.
Il va la niquer. Enfin, tout ça c’est si j’arrive à me faire comprendre : elle parle pas un mot
d’anglais. C’est une petite blondinette au visage d’enfant, avec un beau sourire, elle est
désirable et paraît simplement très jeune. Quoiqu’il en soit, elle est venue là pour travailler,
je la ferai travailler. Elle va m’inspirer, elle tranche complètement par rapport aux autres,
ce qui a fait dire à Tiffany : « Nous on est des putes ! » plus tôt dans la journée,
quand on est allé à l’aéroport, et que je leur ai dit qu’elles étaient bonnes, mais que Nikki
on ne pouvait pas dire ça. On est allé la chercher et le plus dingue c’est qu’on a tourné
une séquence où elles vont la chercher. On a tourné sur le parking de l’aéroport, et j’ai envoyé
Tiffany la chercher. Cette Tiffany est une marrante, des trois c’est celle qui me fait le plus délirer.
Un caractère de cochon, une aptitude innée à la mauvaise foi, mais sympa et touchante.
Nina est en guerre contre Andréa et je ne sais pas pourquoi. Enfin si, c’est parce qu’ils sont pareils.
C’est des bêtes, des monstres, chacun dans leur genre. Andréa anime les soirées, avant c’était Nina.
Ils occupent le même territoire. Ce qui se passe c’est qu’Andréa et moi c’est l’harmonie parfaite.
Même vision des choses. Notamment sur la place de l’homme dans la société, l’image de l’homme,
les pédés, etc. Vous êtes au courant de ce que je pense, inutile de remettre ça. Andréa déteste
les pédés et adore les femmes. Il a aussi un sérieux penchant pour le mystique, ce qu’il y a au-delà
des apparences, ce qui le rend paradoxal, tout comme moi, l’artiste à trois balles qui fait du porno.
On ne se connaissait pas, je l’avais appelé sur une intuition, et en quelques heures on s’est
rendu compte que l’on partageait beaucoup de choses. Même en amour : comme moi il adore bouffer
les chattes (pratique que détestent les hardeuses en général, parce que les mecs font ça mal,
jamais en douceur, toujours en ouvrant le vagin pour la caméra, ce qui n’est guère agréable).
Andréa se fait aussi appeler docteur Anal pour sa façon délicate de préparer les filles avant de
les enculer. C’est le tournage le plus bizarre que j’ai fait. Le plus riche en émotions.
Celui où je suis le plus cool aussi. Je ne me suis jamais senti aussi à l’aise. J’espère que
je ne merde pas trop à être aussi relâché. Il y a une osmose rare. Le casting est parfait,
comme me l’a dit Corinne, impressionnée par la singularité des gens. Le film suit son rythme,
ça avance bien, même si je suis totalement dans le noir. A quoi est-ce que ça va ressembler ?
Un truc totalement atypique. C’est peut-être le symbole anarchiste que je me ferai tatouer.
Andréa et Axelle m’ont offert une très belle scène tout à l’heure. Celle où il meurt en baisant.
J’ai fait une image à effet, tourné à douze images. Précédemment j’avais rendu très lumineuse
la scène de baise Nicolas, Sophie, Jennifer. Quand je suis redescendu après la scène Axelle/Andréa,
on devait tourner des trucs dehors et dans la piscine. Il était minuit. Nikki dormait, Tiffany aussi.
J’ai décidé que l’on tournerait ça demain avec le reste. Je suis incapable d’aller réveiller
une comédienne pour deux plans au milieu de la nuit. Andréa est dans le salon en train de parler
au téléphone. Ça résonne, il parle fort. Tiens, il s’est arrêté. Bon, de mon côté je vais bien,
très bien même. Un peu mal au dos bien sûr, surtout après les scènes hard que je tourne à la main
et en plan séquence. Je n’arrête pas de bosser, tandis que les autres ont pas mal de plages de
tranquillité.
SAMEDI 10 JUILLET 2004, 09H10
Pas eu le temps de tenir ce journal hier soir. On s’est couché trop tard, trois heures du matin.
Après une scène hard franchement pas terrible. Du porno de base. Personne n’était là. Je veux dire
personne n’a été inspiré. Ni moi ni les comédiens. Nina, Axelle et Phil. C’était la dernière scène
hétéro d’Axelle, elle a décidé d’arrêter ce métier. Elle continuera à faire des scènes lesbiennes.
Elle veut aussi se lancer dans la réalisation. Il était tard, on était fatigué. Je n’ai été inspiré
ni par le décor (une chambre avec deux lits jumeaux) ni par la lumière (deux espèces de lampadaires
en forme de chandelier géant). Les personnages étaient oubliés, le film était oublié, ça ressemblait
à du porno, une scène hard complètement décalée du reste. Les comédiens reprenaient leurs automatismes.
Mais ce qui est intéressant, c’est que tout le monde en était conscient. Moi j’ai filmé ça de façon
professionnelle, sans rien éprouver, et c’est comme ça que la plupart des films se font. Même dans
le cinéma normal. Cela dit, jusqu’à présent je n’ai pas eu une seule érection. Mis à part hier,
lorsque la petite Hongroise s’est masturbée en regardant la caméra. Et encore c’était seulement
un début de gaule. Avec elle, ça s’est bien passée. Très bien même. La scène avec Andréa sera réussie.
Le contraste est saisissant entre les deux. Elle fait petite fille et lui brute épaisse. Ils se
la sont bien donné. J’ai tourné avec ma petite pana, dans une chambre en lumière naturelle.
On aurait dit du Larry Clark. J’en ai parlé à tout le monde, personne ne savait qui c’était.
Même Eric et Corinne, qui pourtant connaissent pas mal de choses. Merde, Larry Clark est un
cinéaste majeur ! Andréa est très à l’écoute, il ne la joue pas porno, il a très bien compris ce que
je recherchais, la vérité des personnages. Quelles sont mes émotions sur ce tournage ? Une scène
de comédie réussie ? Comme avec Phil et les filles dans la piscine, ou quand ils ont joué au frisbee,
la peau des filles toutes huilées au soleil ? Tiffany qui danse dans son paréo ? Ça c’était un plan
réussi, avec une vraie mise en place, tout le monde autour de la piscine avec Nikki qui nage et
les filles qui font autre chose et Pompello inerte dans son fauteuil de plage. Je crois que
je réussis bien l’histoire. Et pour la plupart les scènes hard prendront leur place naturellement.
Les filles sont très gentilles avec ma grand—mère, qui trouve qu’Andréa ressemble à Elvis Presley.
Il y a une ambiance franchement surréaliste. J’ai l’impression que si je réussis mes scènes,
en revanche je rate plein de choses de la vie. La vie est tellement intense ici. Mais comme
je vous le disais, c’est difficile de filmer tout le temps. C’est étrange de ne pas avoir d’érection.
Le cocktail soleil, filles et sexe est explosif. C’est exactement ce que je recherchais.
Andréa trouve mon casting superbe. Il adore les filles. Il titille Nina sans arrêt. Avec Tiffany,
ils se tournent autour. Axelle, il garde ses distances. L’animosité est un peu retombée.
C’est une bête, ce mec. Il nous a raconté ses histoires de porno glauque, les plateaux de dingues
avec les mecs qui se bousculent pour niquer l’unique gonzesse de la scène, les hardeurs Allemands
qui se shootent dans la bite pour bander huit heures d’affilée, Laura Angel qui s’enfonce
le poing dans le cul, les grosses, les vieilles, les moches qu’on l’a fait baiser...
Même une naine il s’est tapée un jour, elle volait au bout de sa bite, et pour clore la scène,
ça se passait dans une cuisine, il l’a jetée dans un lave-vaisselle avant de refermer la porte.
Andréa est un personnage pour Nina. J’étais sûr que la rencontre serait détonante, comme un chien
reniflant une chatte. Maintenant ça se stabilise. Elle m’a dit qu’elle allait lui proposer du boulot.
Nina Roberts, ce qu’elle aime tourner c’est les trucs extrêmes. Dans la scène avec Phil et Axelle,
elle lui a dit : « Mais tu me fais l’amour ou quoi ? Baise-moi ! » Andréa aime les femmes,
il aime baiser, il a un rapport à la fois distancié et profond avec son métier. Métier de merde
comme il dit, mais dont il ne pourrait pas se passer. Tiffany repart demain. Ça commence à sentir
la fin. Je déprime déjà. Tiffany est celle avec laquelle ça se sera le mieux passé. Pourtant
c’est une chieuse, mais j’aime bien les chieuses, je le lui ai dit. Les chieuses ça me fait marrer.
Attention, pas les capricieuses, les chieuses c’est autre chose. Les chieuses ça vous teste, et
moi j’aime être mis à l’épreuve. Bref avec elle ça s’est bien passé, elle était complètement
le personnage. Avec les deux autres, ça a été plus laborieux, mais bon, j’y suis arrivé.
L’ambiance du tournage est super, ils fument du shit toute la journée, ils sont déjà à court.
50G en cinq jours. Tout le monde en avait ramené, ils ont réussi à tout fumer. Moi j’ai droit
au mien le soir, après le dernier plan. Souvent c’est Axelle qui me le prépare, elle a de l’herbe
(je ne suis pas très shit). Tiens patron, c’est pour toi. Gentille Axelle. C’est tellement
intense ce que l’on vit ici, il faudrait filmer tout le temps. Il y a une intensité réelle dans
les rapports entre les gens, et c’est ça que je recherche. Avec la caméra, ça a été moins fort,
rien à voir avec l’expérience de Prague. Je veux dire que les filles se sont moins lâchées spontanément.
J’ai donc plus dirigé, ce qui fait partie de mon métier après tout. C’est plus dans les relations
humaines que c’est puissant. Mais je suis inspiré et c’est l’essentiel. Les fesses de Tiff m’inspirent.
La chambre de Pompello. La croupe d’Axelle. La silhouette de Nina. Je suis un dingue parce que ce que
je fais c’est un vrai film avec de vraies scènes de baise. Mais impossible de savoir ce que toute
cette troupe pense de moi. Ce qu’ils pensent du film. Bon, il sont contents, je le sais, et moi aussi.
Ce qu’il y a c’est qu’on parle français. Les rapports sont plus étroits. Ici c’est de la relation
humaine poussée au maximum. Cependant n’importe quel tournage c’est pareil, à la différence près,
et elle est de taille, et je ne me trompe pas en écrivant ceci, c’est que dans le porno les relations
sont vraies. Pas d’hypocrisie. On met son cœur à nu. Ce qui est paradoxal parce que dans les scènes
hard c’est pas le cas du tout. C’est en dehors des scènes que l’émotion émerge, elle est là,
et par capillarité elle alimente le film. Du fait que les personnages que j’ai écrits sont incarnés
au plus près par les comédiennes, elles leur ressemblent. La vie, le tournage, le film tout se mélange.
C’est du fait aussi qu’il n’y a pas d’équipe, qu’il n’y a rien entre elles et moi, que la caméra,
la caméra qui est par le cadrage le prolongement de mon âme. Ce sera un film dur, mais je crois que
l’émotion qui s’arrache à la gravité ou au drame est toujours plus forte. La première partie sera
irriguée par la légèreté, le désir, l’ironie. Avec les filles levant le mec, dragué à coup de pied
dans les couilles, se l’envoyant. La limite c’était hier soir avec cette scène foirée à trois.
Sans l’exacte mise en condition, ça merde, ou plutôt moi je n’obtiens pas ce que je désire.
La raison de ma présence ici c’est les filles, je le sais. J’aime les femmes, j’aime les filmer,
j’aime les côtoyer, j’aime leur parler. J’aime les découvrir. Mais ça me fait penser à un territoire
insaisissable. Une terre non pas hostile mais où rien ne ressemble à ce que je connais. Et pourtant
il me semble les comprendre. Qu’est-ce qui fait qu’une scène de cul soit réussie à mes yeux ?
L’émotion qu’elle me procure, l’adéquation à l’histoire. Pour une fois ce ne sera pas un film cul-cul.
Ça ressemblera à un drame psychologique. Avec une partie comédie, et une seconde phase dramatique.
Auto-destruction et baise à mort au soleil. Des filles avec du cœur, qui s’envoient en l’air parce
qu’elles le veulent. Ce film aurait pu s’appeler le dernier homme. Je détruis l’image de l’homme
et l’homme lui même, mais pour ce faire, j’exploite les femmes. C’est un paradoxe duquel je ne sors pas.
Qui suis-je ? Un pervers ? Un frustré ? Un imbécile ? Aucune idée. Ce que je sais c’est que ça me
prend vraiment le chou de gérer ces histoires de blé. Je me verrais parfaitement en train de faire
du gonzo pur et dur dans des lieux publics par exemple, pas de problème, c’est un trip en soi.
Pourquoi pas ? Oublier la romance, oublier le désir, oublier l’amour, faire du sexe, point barre.
Le sexe me laisse un sentiment d’inachevé. Le sexe, je l’aime sur les visages. Mais rassurez-vous,
le film ne manquera de gros plans sur les anus et les couilles, je me suis efforcé de les faire
histoire de commercialiser le film correctement. Le plus ce sera l’histoire, les thèmes, le naturel
des personnages. Le décor et la façon de filmer. Je suis en prise directe avec les nanas.
Elles m’appellent patron. Je les regarde comme mes filles. Avec de l’émotion, une intensité que
je recherche en cadrant les scènes. Je recherche le plaisir non simulé, et en même temps si elles
le jouent bien ça me va. Mais elles ne peuvent le jouer bien qu’à condition que la scène soit amenée,
avec la mise en condition idoine et ça c’est mon job. C’est facilité par l’absence d’équipe,
l’économie, le décor unique. Sortir c’était bien aussi, ce qu’on a fait à Cannes, sur la plage,
au parking. Ce soir après la scène de cul (Tiffany m’a promis une anale, pour rattraper celle
ratée de l’autre jour, car son trou du cul va mieux), on sortira. Je rêve de les filmer dansant
en boîte, je ne sais pas pourquoi. Mais pour ça il faut que je rachète des cassettes. Putain,
j’en grille trois par jour ! Jack qui tourne sans arrêt, et encore, il trouve que ce n’est pas assez.
Je voudrais les filmer en train de pisser, de raconter leur vie, de se laver, de dormir.
J’aimerais les filmer en train de rêver.
DIMANCHE 11 JUILLET 2004, 03H56
Incroyable ! Expérience incroyable ! Scène d’une intensité stupéfiante. Je sais pourquoi je suis là.
Je le sais nom de Dieu. Au départ, ça devait être la visite de Jennifer et Sophie à Modeste Pompello,
qui vient de se taper Irène, la petite blondinette jouée par Nikki. Jennifer c’est Nina roberts,
Sophie c’est Tiffany Hopkins. Dans le film, les deux personnages ressemblent à leurs interprètes.
Mais comme j’ai merdé la scène en trio de la veille, j’ai décidé de faire deux scènes successives.
Là-dessus Andréa m’a dit qu’il pouvait faire deux éjac (quel mec !). Alors on est parti comme ça ;
d’abord Nina, puis Tiffany. Ce qui s’est passé c’est que j’aime pas trop la façon de jouer de Nina,
elle est très belle, mais c’est pas mon truc, trop triché, enfin c’est pas ça que je recherche,
je ne vais pas épiloguer là-dessus, et j’adore vraiment Nina, c’est une fille super.
Bref, je filme d’abord la scène avec Nina, ça se passe très bien, y’aura son content de hard
(d’érotique je ne sais pas, à ce stade, je ne sais plus rien, et puis que je vous explique :
je suis au lit, couché dans mes draps trempés de la sueur de Tiffany, cette fille est terrible.)
Ce qui s’est passé au début, c’est qu’on a commencé par les deux filles qui entrent dans la chambre,
on découvre Andréa et Irène endormis, la petite Hongroise se réveille et quitte la chambre,
Nina et Tiffany s’occupent d’Andréa. Déjà à la pipe j’ai vu que c’était du lourd. On lui a dit à
Tiffany, avec Andréa, putain tu suces drôlement bien. Même à l’image je m’en suis rendu compte,
et pourtant je ne suis pas un expert, étant donné que je n’aime pas spécialement être sucé
(ce qui a rendu hystérique tout le monde quand je le leur ai dit, vous imaginez). Ensuite Nina
à fait sa scène, et après c’était au tour de Tiffany. Ce que j’ai fait c’est que je l’ai filmée
se masturbant dans un fauteuil, c’est censé se passer pendant que Nina fait l’amour avec Pompello.
Donc après la scène avec Nina, je me retrouve seul dans la chambre avec Tiffany à filmer sa branlette ;
elle avait commencé par me dire qu’elle aimait pas trop ça (toujours son côté garce, genre à tenter
de me déstabiliser, à te mettre à l’épreuve, tester ta volonté, c’est son petit jeu à elle,
dont j’ignore si elle a vraiment conscience ou pas), je lui avais demandé de prendre son gode,
et elle m’a fait une super scène de masturbation, en prenant du plaisir, en se concentrant,
en m’oubliant, ce qu’elle m’a dit après coup. Je pense que ça s’est bien passé. Je pense avoir eu
le feeling avec elle et Andréa. Ce sont en fait mes deux personnages fétiche. Ils incarnent
l’homme et la femme. C’est peut-être elle qui le sauvera, mais il meurt de toute façon.
Pompello se donne aux femmes, on ne sait pas ce qu’il recherche là-dedans. Ma femme avait lu
le scénario et m’avait dit que Pompello c’était moi, en tout cas que je m’y étais projeté pas mal,
ce qui est sans doute vrai. J’ai eu du génie sur ce casting. Tout de suite ces deux-là se sont
bien entendus. Andréa faisait des tentatives d’approche, mais sans être lourd, plutôt finement.
Tout cela a préparé la scène. Ils se sont kiffés l’un l’autre. Mes deux personnages. Ils sont beaux.
Terribles. Ils incarnent le sexe. La scène ça a été un pur miracle. Intense, passionnée, pleine de
sueur. Il n’est pas besoin de gueuler pour faire passer l’acte sexuel, le visage de Tiffany écrasé
dans le matelas c’était bien mieux. Elle a très bien joué la scène, elle bougeait son cul pour happer
la bite de Pompello, elle dirigeait les ébats. On était tous les trois en nage, j’avais retiré mon
tee-shirt, j’étais presque aussi nus qu’eux. Tiffany m’a dit après qu’elle ne savait jamais où était
la caméra – où j’étais. Elle est complètement partie et elle m’a oublié. J’ai dû aller chercher
les plans. Elle ne jouait pas pour moi. C’est quand même une fille étrange parce qu’elle n’a pas
spécialement souhaité que l’on poursuive la scène jusqu’à l’orgasme, quand j’ai dit que j’en avais
assez, elle a dit que c’était bon, qu’on pouvait passer à l’éjaculation. J’ai proposé à la pipe,
c’était son intention aussi. Et là accrochez vous bien, elle commence la pipe, et je place la caméra
à la place du visage d’Andréa et je lui demande de la regarder, de faire comme si elle regardait
Andréa en le suçant, et lorsqu’il éjacule, crack, je reçois la giclée sur l’objectif, mais bien,
pile dedans. Je ne bouge pas, d’abord j’y crois pas, je demande ce qui s’est passé, et puis je devine
son air rigolard dans sa chevelure de jais. Je lui dis bravo sans couper la caméra, je lui dis
qu’elle l’a fait exprès tout en partant à la recherche de quelque chose pour essuyer l’objectif
(merde, c’est de la location). J’explique à Andréa qui était couché sur le côté et n’a rien vu de
ce qu’il était advenu de son sperme, et il n’en revient pas. Tiffany est morte de rire (quand je
vous disais que c’était la reine des garces), et moi je carbure à plein régime (j’ai peut-être coupé
la caméra), je dis on va faire le contrechamp. Je vais prendre le flacon de gel douche dans la salle
de bain, je le file à Tiffany pour qu’elle balance la giclée au moment voulu et on tourne.
Merde, le gel rate la cible. Je confie alors la caméra à Tiffany, je la mets en place,
je déclenche REC et c’est moi qui m’y colle. Et splotch, je balance à Andréa un jet de gel douche
pile au coin de l’œil, juste à l’instant où il simule l’orgasme. C’est pas génial ? La séquence
sera incroyable. Tiffany cache bien son jeu. Elle est chaude-chaude-chaude. C’est parfait pour
le personnage, qui s’est dévoilé peu à peu jusqu’à cette scène totalement déchaînée. Tellement
qu’à un moment, Andréa et moi on s’est regardé, enfin nos regards se sont croisés et on a dit
en même temps, mais putain ce que t’es bonne, et c’était vrai. J’ai rajouté la vache, t’es un coup
d’enfer. Andréa a dit : Oh oui, Jack, elle est bonne, tu devrais l’essayer. Et on a éclaté de rire,
Tiffany aussi, avec la bite d’Andréa dans le ventre. Il y avait eu un très beau cunni avant ça,
très long, et Tiffany m’avait prévenu qu’elle aimait pas tellement ça. Elle a changé d’avis.
Ensuite j’ai fait une levrette et un dos-cam, je crois qu’on dit comme ça, c’est quand la fille
est sur le mec dos à la caméra (donc face au mec). Andréa lui dit j’ai envie de ton cul, à voix basse,
et il l’encule. On finit en spoon, Tiffany tire les fesses d’Andréa, c’est elle qui donne le rythme,
elle contrôle la scène, elle le baise. C’est étrange cette différence d’intensité par rapport
à la scène avec Phil. Etrange et sidérant. Parfait pour le personnage. Idéal à ce moment-là de
l’histoire. La magie était totale ; et c’est pour réaliser une pure scène comme celle-ci que
je fais du porno. Demain il faut que je demande à Tiffany pourquoi elle n’a pas voulu aller
jusqu’à l’orgasme. Avec Andréa, on était prêts à tourner toute la nuit.
DIMANCHE 11 JUILLET 2004, 15H23
L’érotisme, c’est le mouvement d’un corps dans l’espace. La sensualité c’est un visage enfoncé dans
un matelas. C’est une croupe qui ressort. Les images de la scène de la nuit dernière me hantent
aujourd’hui. Je ne suis pas le seul : Tiffany et Andréa ont dormi ensemble, en tout cas je les ai
découverts comme ça en allant réveiller Andréa à 8H pour faire des plans dans la piscine avant
qu’il s’en aille. On a dormi deux heures à tout casser. Hier soir, après avoir rédigé mon journal,
j’ai eu une attaque de faim et je suis redescendu pour m’enfiler des parts de pizza froide. Je les
ai trouvés tous les deux encore à discuter. Sur les tournages de Jack Tyler des couples se forment.
C’est parce que tout se mélange, il y a très peu de marge entre la vie du tournage et le film lui-même.
Les personnages sont les comédiens, les scènes de vie influent sur le film, je tourne dans l’ordre
chronologique, le bronzage évolue au fil de l’histoire. Je suis tout seul à la technique alors
ils ne sont pas dérangés. Le processus de construction narratif s’effectue naturellement.
En sont-ils seulement conscients ? Je ne sais pas. Comme cet hiver, je ne sais absolument pas ce
qu’ils pensent. Tiffany ne décoince pas, elle reste distante. Elle a dû se rendre compte que
j’appréciais tout particulièrement son travail. Elle m’a dit que si elle n’avait pas joui,
c’est qu’elle s’était bloquée. Mais elle n’a pas voulu approfondir. Je pense que j’ai touché la limite.
J’ai parlé de ce qu’on a fait hier à Nina, la différence entre sa scène et celle de Tiffany, ce que
j’attendais d’un tournage porno, ce que je recherche fondamentalement là-dedans : la vérité de
l’intimité. La vérité du désir, du plaisir. La vérité des corps qui s’accouplent, le déchaînement.
Cette vérité je vais la chercher grâce à l’artifice de la fiction, en créant des personnages
réalistes et en recherchant l’adéquation entre eux et mes comédiennes. S’il y a eu une telle vérité,
une telle intensité dans la scène d’hier c’est parce que j’ai créé ces conditions-là, et parce
que quand je filme je suis invisible. Nina l’a très bien compris. Tiffany n’a aucune envie d’analyser.
Elle impose une barrière entre elle et moi, ce qui ne me dérange pas. J’ai toujours kiffé les chieuses.
Et puis je pourrais presque être son géniteur. Nina par contre m’a expliqué qu’elle avait bâti
un mur entre Nina Roberts et la fille qu’elle est vraiment, et qu’en aucun cas ce mur ne serait franchi.
Ce qui explique qu’elle n’entre pas dans mon système. Jamais elle ne me fera une scène aussi intense
à mes yeux que celle d’hier. Elle m’a fait du porno, mais il n’y avait aucune vérité humaine dedans.
Ça plaira aux amateurs et aux fans de Nina Roberts, c’est cohérent par rapport à son personnage, mais
il n’y a pas d’émotion. Vous pourrez bander, et vous branler, je vous le garantis, mais pas de feu,
pas d’âme, pas de magie. Ce que je fais se situe à la frontière de tout : de la vie, du cinéma,
du sexe, du désir. Je suis sur le fil. Sans parler du danger à travailler sans filet, dans des
conditions aussi radicales, sans équipe, sans lumière, en décor naturel, dans des lieux publics.
Je vous le dis, je suis givré. La maquilleuse et moi on a bien rigolé en pensant à la tête des
techniciens professionnels s’ils savaient comment je tourne mon film. J’ai filmé une séquence de
dialogue à la terrasse d’un café, j’avais juste posé ma petite pana sur la table, calée avec un
paquet de clopes, et on a tourné avec les gens qui parlent autour, les passants, la serveuse qui
apporte la commande. Les filles avaient-elles conscience de tout ça ? Aucune idée, elles ont joué
la scène. Je signe la mort du cinéma. Ce que je fais est contraire à toutes les règles de fabrication.
Comme j’ai supposé que le son allait être pourri, j’ai enregistré un son seul de la séquence dans
ma bagnole garée dans un parking. Les répliques foirées, je les remplacerai. Le montage fera le reste.
L’essentiel quand vous filmez une séquence, c’est le rythme, il faut trouver le rythme de la scène.
Après tout roule. Le rythme c’est aussi ce qui est indispensable au tournage lui-même, et à bosser
tout seul, dans une villa où on vit tous, à mélanger la vie et le film, c’est difficile d’imprimer
un rythme au tournage. Tout repose sur moi. Je dirige le bateau pendant que l’équipage fait la sieste.
Ils sont là au soleil, ceux qui restent. Je leur ai accordé une demie heure de farniente. Il nous
reste deux-trois petites séquences de rien du tout pour finir la journée, et ce soir une scène érotique
dans la piscine pour clore le tournage. Après il est prévu de sortir, d’aller en boîte
(ce que l’on n’avait pas fait l’autre soir après la scène Tiffany/Andréa, tout le monde étant
parti se coucher), et me concernant de prendre une grosse biture. J’ai besoin de ça. Dans mon état
de fatigue avancée (j’ai une sale mine selon Axelle, ce qui fait toujours plaisir), ça risque
d’être redoutable. La petite Hongroise s’est finalement bien intégrée. Elle ne moufte pas,
le déficit de communication est total, mais l’ambiance décontractée et ma grande correction
l’ont sans doute mise à l’aise. Andréa n’a pas arrêté de me dire Jack, faut que tu la niques,
t’es réalisateur, tu la niques ! J’éclatais de rire à chaque fois. La niquer. Il est dingue ce mec.
Il avait fait lire ma lettre et le scénario à son père, qui lui a dit qu’il devait faire mon film,
que je devais être quelqu’un de bien. C’est probablement exact. Mais sûrement trop gentil,
c’est mon principal défaut, comme en témoigne la première classe que j’ai accordée à Tiffany pour
rentrer à Paris. Je vous l’avais dit, c’est une sacrée garce. Mais bon, elle m’a beaucoup donné,
elle et ses fesses. Et ça compensera les huit heures de train qu’elle s’est tapées à l’aller pour
venir de Bordeaux.
LUNDI 12 JUILLET 2004, 18H15
Ça y est, c’est terminé, je me retrouve tout seul. C’est le pire à vivre. Je range mes affaires.
Mon matériel. Mes trois lumières de merde. Mes documents. Mes fringues. Ma brosse à dent.
Ma mini-chaine et mes disques. Ce matin j’ai ramené Nina, Axelle et Eric à la gare, ils avaient
un train à 7H40, mais ils l’ont raté, on est arrivé trop tard. On était sorti en boite et on est
rentré à 5H, moi ivre mort, incapable d’articuler. J’ai parlé toute la soirée avec Corinne puis avec
Nina qui a fini par s’endormir. En boîte, elle ne danse jamais (de toute façon l’endroit était pourri,
une boîte ringarde à Juan les pins, avec de la musique merdique), elle a trop peur de se faire brancher
par des clochards comme elle dit. C’est pour ça qu’elle ne s’est pas apprêtée. Ce n’était pas
Nina Roberts, c’était l’autre fille. Habillée pas sexy pour un sou. On a beaucoup parlé, je lui ai
encore une fois expliqué ce que je recherchais. Ce que je sais c’est que je ne suis pas cynique.
Le cynisme c’est accepter de se laisser dominer par la réalité, par le système, de faire les choses
pour le fric. C’est fouler aux pieds toute notion d’éthique, tout principe. Mon film est au premier
degré, et il irritera ou fera rire certains, je m’en fous. J’ai fait ce film pour moi. Je me fiche
du public. Si on écoutait le public, on ne produirait que des grosses merdes, il n’y a qu’à voir
l’état actuel du cinéma français. Mon film n’est pas un film pornographique, mon film est un film
indépendant. Chez moi le sexe est ce qu’il y a de plus sacré. C’est un acte magique. De fait je
transgresse tout ce qui se fait dans le porno de nos jours. Mais je m’en branle. Je suis convaincu
d’être dans le vrai. Ma quête avance et je m’y tiens. Je pense beaucoup à Andréa et au feeling qui
est passé entre nous. Il m’a proposé de cadrer pour lui et je le ferai. Je n’ai peur de rien, même
si ça sent la merde et le vomis. J’aime ça au contraire. Au plus près des corps. Recevoir des giclées
de sperme sur l’objectif, c’est pas un truc qui me débecte. Je reste pur. J’aime ce que je fais,
j’aime faire des images, des images qui me transportent, des images chargées d’émotion. Un putain
de boulot de montage m’attend, mais avant ça il faut que je termine mon porno de cet hiver pour
pouvoir vider mes disques durs. J’ai tourné vingt-cinq cassettes, rendez-vous compte. Et encore,
je regrette de ne pas avoir shooté plus, j’aurais voulu filmer tout le temps, les repas, les
discussions, tout. Il faut travailler plus, merde ! La vie était là, intense, vibrante, authentique,
j’aurais dû tout enregistrer. C’est quand qu’on me la fait, cette greffe de caméra dans la cornée ?
Le dérushage sera spécial, parce que je n’ai identifié aucun plan. Pas le temps. Mais ça s’est
merveilleusement passé. Tournage génial, ambiance fantastique. Ce dont je ne reviens toujours pas
c’est de n’avoir pas eu une seule érection. Nina m’a rassuré, un réalisateur avec lequel elle
travaille souvent, lui non plus ne bande pas en filmant. L’exigence du cadrage peut-être. Par contre
l’émotion je l’ai ressenti, putain, à voir vivre et vibrer mes personnages, mes créations.
Ça c’est le kif définitif. La mise en scène c’est avant tout de la mise en condition, dans la
configuration de tournage qui est la mienne. Je m’approche de la recette idéale. La petite Hongroise
est repartie heureuse. Je lui ai dit qu’elle avait intérêt à perfectionner son anglais, ça aiderait
pour le boulot. Elle en a conscience, elle n’est pas sotte. Cyril (le mec qui me l’a envoyé),
a l’air de m’apprécier, il se démène pour m’avoir la fameuse Zuzanna pour le mois d’août. Zuzanna
qui est en fait une bombe du X, sous le pseudo de Suzy Karina, je sais pas si vous connaissez.
Demain je décolle à sept heures du mat. Huit heures de route pour rentrer chez moi avec Eminem à fond,
je n’écoute que ça. Je suis impatient de savoir si les petits jeunes que j’ai branché accepteront
de me faire de la musique originale. C’est un groupe de hip-hop Français pas mal du tout, très
expérimental. Je les ai contactés par mail, et il se trouve qu’ils sont fans de porno. On verra bien.
Sinon je vais faire enregistrer « tableaux d’une exposition » de Mussorgsky, qui se prénommait Modeste
(ça ne s’invente pas, ça fait partie des signes qui jalonnent ma vie) et « la Tempête » de Beethoven.
Je ne me suis pas encore fait tatouer, je ferai ça à Clermont le plus tôt possible. L’esthéticienne
de ma femme connaît une bonne adresse. Je veux partir d’ici au plus vite, quitter le décor,
la chambre de Pompello dans laquelle je dors, avec les draps imprégnés de la sueur et de l’odeur
de Tiffany. J’espère que les filles parleront de ce tournage, de mon travail. Mais je ne me fais
pas d’illusion : elles oublieront l’aventure beaucoup plus vite que moi. Elles ont des shows prévus
tout l’été, d’autres tournages. Quand ce film-là sera terminé, j’espère qu’on me fera enfin
confiance pour un gros truc. Il faudra juste qu’ils acceptent ma façon de bosser, car je ne compte
pas la modifier d’un iota. Peut—être m’adjoindrais-je un assistant, un mec au son et un mec à la
lumière, mais si ce dernier me casse les couilles, il aura droit direct au billet de retour.
L’épuisement aveuglant dans lequel je baigne aujourd’hui m’évite de trop penser, la déprime est là,
suspendue au-dessus de ma fatigue. Nina est une fille extrêmement touchante. Axelle une nana très
intelligente, au caractère un peu difficile. Merci les filles. Ne m’oubliez pas trop vite.
N’oubliez pas trop vite Jack Tyler. Jack qui vous aime, qui vous aime plus que vous ne l’imaginez.
Voilà ce que j’ai dit à Nina, la nuit dernière à coups de whisky dans cette boîte de merde,
que je les aimais. J’aime les filmer. J’aime les voir devenir mes personnages. Bon, peut-être que
c’est ma façon à moi de les posséder. Une chose est sûre, je ne travaille pas avec ma bite,
mais avec mon cœur. Le cœur, c’est ça qui me fait avancer. Ce qui n’est pas sans danger.
Je donne beaucoup de moi-même, ce qui fait qu’au bout du compte on est quitte. Ce qu’on échange,
c’est de l’émotion. Vous voyez, pas une once de cynisme chez Jack. Le cynisme, ça conduit à l’enfer,
à la barbarie. Le cynisme c’est le masque de la lâcheté. Je hais cette société qui nous fait baisser
les bras sur les principes. Ces filles du hard, certaines font escort girl et fraient avec des notables,
elles assistent à des choses dégueulasses avec des pauvres filles qu’on fait venir de l’est ou
d’ailleurs et qui finissent crevées au fond d’un bois. C’est ça la réalité, je ne raconte pas
d’histoires. Je ne veux rien avoir à faire avec un tel système. Les filles du X sont au cœur de
la barbarie. Elles acceptent tout ça pour le fric. Bon Dieu, je vais gerber.
LUNDI 12 JUILLET 2004, 21H47
Jack Tyler est une gonzesse. Jack Tyler chiale sa mère tout seul dans sa chambre, la chambre de
Pompello, avec le lit aux draps pleins de foutre. Jack Tyler vient d’appeler Nina pour s’épancher
et lui dire qu’il l’aimait vraiment beaucoup. Jack Tyler prend de plein fouet l’intensité qu’il y a
dans le monde du porno. Ce n’est pas comme n’importe quelle fin de tournage. Les rapports qui
m’unissent à ces filles se sont forgés dans le désir brut, les giclées de sperme et la violence
du coït. Le sexe dirige le monde et je suis au cœur du projet. De mon projet. Une représentation
authentique et fulgurante de l’amour physique. Je pense à ma femme et à mes enfants, ils sont mes
points d’ancrage. La prochaine fois, ma femme m’assistera. Je veux qu’elle partage cette foi que j’ai.
Je veux qu’elle ressente cette ivresse, je veux qu’elle soit happée par cette cascade d’émotion.
La fascination m’habite. C’est une forme exaltée de la vie que je filme, une vision maniaque et
turgescente, la folie et la mort, le sexe et le désir. Demain en roulant je filmerai le paysage,
latéralement et frontalement. Ça me servira pour toutes les scènes en voiture. Je l’ai déjà fait,
je tiens le volant d’une main et ma pana de l’autre. J’ai hâte de me mettre au montage, malheureusement
cela devra attendre. D’autres occupations en prévision, rien à voir avec le cul. Un film de mariage
et un voyage en Corée du Sud avec mes étudiants. Jack le schizo. Il faut également que je réfléchisse
au film du mois d’août. Je m’autorise trois jours de tournage, pas plus, je n’ai pas les moyens.
Un truc à la ferme, en camera subjective, avec des beautés de l’est débarquée en pleine cambrousse.
La campagne française, avec des scènes dans des supermarchés, des villages, des bois, autour d’une
piscine, en train de s’occuper d’animaux, de flâner dans les prés, de se baigner dans des rivières.
À moins qu’il fasse un temps dégueulasse, et là je serai bien dans la merde.
MARDI 13 JUILLET 2004, 22H10
Je suis rentré chez moi. Je ne vais pas m’étendre là-dessus, je me contenterai de dire que je suis
content, heureux d’avoir retrouvé ma femme et mes enfants. Je n’ai pas l’impression d’être revenu
à la normalité, parce qu’au stade où j’en suis, j’ai muté. Durant les six heures de route, avec mon
pote Eminem, j’ai imaginé ce que pourrait être le prochain film, celui du mois d’août. Je suis
convaincu d’avoir mis le doigt sur quelque chose d’essentiel ces dix derniers jours, ce que j’appelle
la mise en condition. J’aimerais approfondir ce système, et tourner quelque chose qui mélangerait
encore plus la vie et le film. Un truc en grande partie en camera subjective. Comme je n’ai pas de
scénario et aucune envie d’en écrire (désolé Henri), et comme je dois m’astreindre à trois jours
de tournage pour des raisons d’abord économiques, j’ai envie de réaliser un film qui raconterait
un tournage improbable où le réalisateur n’a aucune idée de ce qu’il raconte. Il fait venir des
filles chez lui, avec sa femme, et ça part en vrille. J’en ai parlé à ma femme et c’est possible
qu’elle accepte le principe. On tournerait à la maison, je ferais venir Andréa qui serait mon double,
il serait ma part sexuelle, on aurait le même rapport que Brad Pitt et Edward Norton dans « Fight Club ».
J’imagine même une séquence où on se foutrait réellement sur la gueule, filmée par ma femme.
Voilà, vous savez maintenant d’où vient Jack Tyler, sa genèse. Andréa incarnerait mon Slim Shaddy.
C’est lui qui niquerait les gonzesses, qui me harcèlerait, me pousserait à bout. Il faut que je
l’appelle pour lui en parler. Avec lui, c’est à la vie à la mort. Il va encore me dire, mais Jack,
tu es dingue ! Il y aurait la fameuse Zuzanna et deux autres filles de l’est. Ça parlerait du
désir et de la jalousie, dans un cadre bucolique, avec des séquences de comédie chez les ploucs.
Le mélange des ambiances, il n’y a rien de tel. J’irais jusqu’à me faire gifler par ma femme,
qui giflerait aussi Andréa. Ma femme tiendrait son propre rôle, elle serait jalouse des actrices
que je ferais venir. Rassurez-vous, il y’aura aussi des trucs érotiques, et deux trois scènes porno
parce que je ne peux décemment pas faire venir cette Zuzanna sans la faire niquer pour de vrai,
d’autant que je sais maintenant que l’érotisme est bien plus fort quand les gens baisent pour de vrai,
c’est qu’une question de cadrage. Bref, ce sera une sorte de film expérimental, avec des visites
au supermarché du coin, des promenades dans les bois, de la baise intense, et moi en dingue dépassé
par les évènements. Je me vois en fait en Cassavettes du porno. Fortiche non ? J’ignore d’où vient
cette relation que nous avons nouée Andréa et moi. Tiffany était ma préférée, et c’est lui qui
l’a conquise. Je les ai poussés dans les bras l’un de l’autre. Il n’y a pas de hasard. Les scènes
que Tiff a jouées avec Phil n’ont rien à voir avec celle qu’elle a faite avec Andréa.
Cela relève de l’alchimie. Ceci explique qu’elle m’ait gratifié d’une seconde scène anale en
invoquant une amélioration de son état. Elle voulait se faire enculer par Andréa. Elle était
ravie que j’ai décidé de partager la scène en deux au lieu de faire un trio. Elle voulait l’avoir
pour elle toute seule. Jack n’a rien loupé de leurs ébats. Jack et sa caméra. Ah oui :
Nina a oublié son gode (il s’appelle Arthur) sur sa table de chevet. Il va falloir que je le lui
renvoie par la poste, à moins que je le garde en pension. Voilà, c’est tout. Fini.
Jack Tyler
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