Par Jack Tyler
Mercredi 11 août 2004
Ça y est, c’est terminé. Mon second tournage estival s’est achevé avant-hier. Hier mardi, je suis allé
ramener les deux Hongroises à Lyon où elles ont pris leur avion pour Budapest. Les Hongroises,
c’est pas de la tarte, je vous le dis tout de suite. Je n’ai pas tenu de journal durant ce tournage,
d’une part parce qu’il fût très court : seulement quatre jours ; d’autre part parce que du fait
qu’il était totalement improvisé, il fallait que je reste plongé dedans, ce qui m’empêchait d’en
faire à chaud l’analyse. Comme je vous l’avais dit lors de ma chronique précédente, au cas où vous
l’auriez lu, j’étais parti pour faire une sorte de docu-réalité rural : faire venir des filles de
l’Est à la campagne et improviser des moments de vie quotidienne pour encadrer des scènes érotiques.
Mais finalement tout s’est un peu barré en couilles, il y a eu pas mal de surprises et au bout du
compte ça ne ressemblera pas à ce que j’avais en tête au début - notamment la métaphore du démon
sexuel incarné par Andréa et son rapport conflictuel avec moi-même que je voulais mettre en scène.
Le fil conducteur c’était Jack Tyler qui fait venir des nanas chez lui pour tourner un film et qui
n’a pas de scénario (j’adore les mises en abîme), et ce ballot de Jack se retrouve coincé entre
Andréa qui le pousse à niquer les gonzesses et sa femme qui lui reproche son obsession du cul.
Mais en fait ça ne s’est pas du tout passé comme ça.
Tout a commencé avec le casting. La fameuse Zuzanna m’était réservée d’office, et avec elle ça roulait.
En fait elle s’appelle Suzie Carina et c’est une star montante du X, elle bosse beaucoup pour les
Ricains. Son agent français lui avait dégoté des jobs sur Paris et après il me l’enverrait.
Premier problème : il a fallu avancer le tournage d’une journée parce qu’elle devait absolument
être rentrée à Prague lundi pour raison personnelle. Suzie est Tchèque et ce n’est pas anodin
comme détail. De son côté, Andréa, que j’avais retenu dix jours auparavant, c’était avant mon
départ pour la Corée du Sud où je suis parti accompagner des lycéens sur un campus pour des
ateliers de cinéma (dans une autre vie, Jack Tyler enseigne à des jeunes le cinéma, l’écriture
de scénario et la réalisation, et ça lui plait beaucoup), mais à mon retour, Andréa me dit qu’il ne
peut plus venir, qu’il est pris sur un gros film à Barcelone, dix jours de tournage, il joue un
boxeur et doit s’entraîner pour être en forme, il a trop tourné ces derniers temps, sa bite est
épuisée, bref, il panique. Je garde mon sang-froid, je le calme et j’obtiens qu’il vienne trois jours,
comme Suzie. De toute façon, je ne m’autorisais guère plus, faute de moyens. Je ne voulais prendre
que trois filles pour les mêmes raisons. J’avais aussi l’intention de tourner des scènes avec
Andrea et Suzie et de les intégrer sous forme de flash-back dans « les derniers jours de Modeste
Pompello », le film que j’ai tourné en juillet avec Tiffany, Nina et Axelle. Suzie jouerait la
femme de Modeste, celle qui est morte. A côté de ça bien sûr, Suzie joue dans le film à la campagne,
Andréa aussi, mais il n’a pas de scènes érotiques, que des trucs de comédie. Je voulais qu’il harcèle
les filles et que je sois obligé littéralement de l’empêcher de piner. Je trouvais ça amusant.
Andréa me suppliant de le laisser toucher les filles, moi le réprimandant. Les deux autres filles,
ce serait des Hongroises. Je les avais sélectionnées d’après les photos envoyées par l’intermédiaire
parisien. Après s’être assuré de leur disponibilité, de leur accord et de leur tarif, l’agent
m’avait réservé une certaine Eva et une Eniko. Deux jolies filles au demeurant. Mais la veille du
tournage, crack, Eniko envoie chier tout le monde. Elle est en vacances et ne veut plus venir
tourner avec Jack Tyler en France. Merde, le billet d’avion est déjà acheté, c’est la panique.
Je dis à l’intermédiaire de m’envoyer n’importe qui, ça fera la farce. Il parvient à me trouver
une remplaçante, une certaine Timi, qui sur photo présente une énorme paire de nibards et
un regard amorphe. Avec la météo complètement foireuse (il pleut depuis trois jours),
je me dis que mon tournage est mal barré : je ne voulais tourner que des scènes d’extérieur,
profiter de la piscine, des pâtures, des bois, filmer des scènes de biches avec les montagnes
en arrière-plan, bref, s’il continue à flotter comme ça, je suis dans la mouise.
Vendredi, je file sur Lyon récupérer Suzie au TGV. Il est prévu qu’ensuite on aille tous les deux
chercher Andréa à l’aéroport ; il arrivera de Barcelone. 2H00 de route, les bouchons dans Lyon et
me voilà in extremis sur le quai. Et là, qu’est-ce qui se passe, je ne la reconnais pas ! Et oui,
je manque la louper ! C’est que Suzie en vrai, à la descente du train, ça n’a rien à voir avec
la bombe atomique des photos. En plus elle fait la gueule et ne parle pas un mot d’anglais.
On dirait une souris irascible. Je dégaine ma gentillesse, j’attaque la glace à coups de piolet,
rien n’y fait. Je me dis hola, comment je vais arriver à bosser, moi. Bon, on file à l’aéroport,
on boit un verre, je lui paie un brownie avec une boule de glace à la vanille, on discute, elle
commence à se dérider un peu, et je réalise quand même à quel point elle est jolie. Toute fine,
une liane, avec un cul du tonnerre. En plus, il fait beau.
« Jack ! Jack ! », gueule Andréa en surgissant de la foule qui sort du Terminal. C’est l’accolade.
On dirait deux frangins. Suzie nous rejoint, elle a la banane. Bon sang, ils se connaissent !
Ils n’ont jamais tourné ensemble, mais se sont croisés souvent. Suzie est contente,
Andréa parle un peu Tchèque. Il m’apprend brusquement qu’ils se sont séparés avec Silvia,
mais restent amis. Je suppose que Tiffany n’y est pas pour rien, je sais qu’elle est allée le
rejoindre à Ibiza où Andréa a une maison. Dans la voiture, avec Suzie que je filme à l’arrière,
Andréa, qui conduit, me raconte ses folles nuits aux Baléares, une drogue nouvelle fabriquée par
les Allemands qui te permet de baiser pendant des heures. Je lui demande s’il y a des effets
secondaires, si la descente est périlleuse, Andréa m’explique que ça se déroule tout en douceur,
mais c’est comme tout, il suffit de ne pas en avoir besoin, sinon tu tombes facilement accro.
Je le crois sur parole. Un mec comme Andréa n’a besoin de rien. Là-dessus il me branche sur Private,
la célèbre production pornographique suédoise, les numéros un en Europe (vous avez bien dû en voir
un jour, c’est quand même le top du top). Il me dit qu’il tourne six films par an pour eux, en tant
qu’acteur et producteur, et qu’il voudrait que je travaille avec lui. Moi à la caméra, lui devant.
Il veut me les présenter en septembre. Je dis banco, sans trop y croire, mais il m’en parlera
souvent durant les trois jours à venir. Andréa et moi, nous devenons ce que l’on appelle des amis.
Et je dois reconnaître que ça me fait du bien, c’est quelque chose de rare l’amitié. Bon.
On rentre à la maison, et là je tourne des choses solo avec Suzie : une interview avec Andréa
en traducteur, et une jolie scène de séduction elle et moi, regard caméra, déshabillage, masturbation.
Suzie bouge très bien, elle est sensuelle, gracile et féline. Son corps est quelque chose d’assez
nouveau pour moi. J’aime le filmer, elle a une belle peau et une très jolie foufoune. Pendant ce temps,
Andréa fait la connaissance de ma famille, mes fils l’adoptent instantanément, il joue avec eux sans
arrêt, surtout le petit, qui gagnera aussi le cœur de Suzie. La petite a eu quand même un peu de mal
dans la piscine, je voulais lui faire prendre un bain de minuit, je nageais avec elle en la filmant
et elle avait l’air frigorifiée. Bah, un coup de ralenti et ça passera. Quant à ma femme,
elle trouve Andréa très sympa, gentil, et super beau. « Tu avais raison, m’a-t-elle dit,
ça c’est un vrai mec. » Ma femme est très sévère là-dessus ; pour simplifier, peu d’hommes lui
semblent véritablement couillus. Je ne sais pas pourquoi elle m’aime, probablement à cause des
glandes que j’ai dans la tête et des merveilleux enfants que nous avons faits ensemble.
Toujours est-il que venir tourner un film de cul en famille, fallait oser. Mais je tenais à lui
montrer que c’était quelque chose de tout à fait ordinaire, et sympathique.
Vendredi 13 août 2004
Là d’où je vous écris, c’est en vacances. J’ai enfin pris un peu de repos. Un break avant d’attaquer
les six mois de montage qui m’attendent à la rentrée, et toute la musique à enregistrer. On est parti
en famille chez ma grand-mère sur la Côte d’Azur. Je me retrouve donc un mois après dans le décor
de Modeste Pompello. C’est pareil sauf que les filles ne sont pas là, qu’il n’y a pas de godes sur
les tables de chevet et que les draps ne sentent pas le foutre. Ma grand-mère m’a encore dit à quel
point elle avait trouvé le tournage agréable, et les filles gentilles – sentiment réciproque :
j’ai eu Tiffany il y a deux jours au téléphone qui m’a dit d’embrasser et de remercier encore
ma grand-mère. Tout ça pour dire que ce boulot peut être fait avec amour, et par amour.
Ma grand-mère aimerait beaucoup que les filles lui envoient une photo dédicacée. J’ai dit que je
leur en parlerai, mais je ne suis pas certain qu’elles aient quelque chose de présentable.
Pour les mêmes raisons, je pense que ce fût une excellente chose d’organiser ce second tournage chez moi.
Je ne parle pas de l’aspect économique, même si vous devez savoir que mes budgets sont ridicules,
mais du côté humain. Encore une fois l’ambiance était très positive. Je pense aussi que ça a montré
à ma femme en quoi consistait mon boulot ainsi que le rapport que j’entretiens avec les filles.
Maintenant les choses sont claires. Je pense qu’elle a mieux compris ce que je faisais. Et dorénavant
je pourrai lui en parler en toute liberté, elle ne se fera pas de fausses idées. Je filme des choses
maintenant que j’avais plus de mal à cadrer avant. Le deuxième jour (samedi) on est parti Suzie,
Andréa et moi dans les bois en bas de chez moi tourner la love scene. La version hard s’intégrera
en flash-back à Modeste Pompello. L’érotique sera dispatché entre Modeste et le truc à la campagne.
J’ai de la chance, ils s’entendent très bien. J’ai juste eu à mettre en place les situations,
le feeling était là, d’emblée. J’ai tourné des plans de ballade, main dans la main, des trucs
d’amoureux et puis Suzie s’est enfuie dans les bois. Ensuite Andréa la cherche, il commence à
s’inquiéter, et puis il la retrouve inanimée, comme si elle avait fait une mauvaise chute.
En fait c’est une blague. Ils s’embrassent et hop, on passe à la baise. C’est une façon pour moi
de suggérer l’accident de la femme de Pompello. C’était beau cette scène d’amour. Andréa baise
comme moi, j’ai même pas besoin de le diriger. Il fait l’amour. Parce que ce mec-là, il aime
les femmes, c’est pas un macho, c’est un vrai mec. Les machos craignent, c’est tous des pédés
à tabasser eurs compagnes. Andréa est un amoureux des femmes, comme moi – même si chez moi cela
relève d’un genre de fascination. Donc cette scène : il y avait une magnifique lumière,
les rayons du soleil filtrés à travers les feuilles des arbres, Suzie accrochée à une branche,
prise par derrière avec son cul tendu, un cul terrible. C’est en filmant ce cul et sa chatte
que je me suis dit que j’arrivais maintenant à cadrer des choses que j’avais du mal à filmer
quand j’ai commencé à faire du porno (putain, c’était il y a six mois à peine !). J’arrive à cadrer
et à trouver ça beau. Suzie a une très belle chatte, mais ce n’est pas le cas de toutes les filles
que j’ai eu à filmer. Elen, par exemple, la Tchèque de l’hiver dernier, n’avait pas une belle chatte.
Tiffany et Nina avaient de belles chattes. Claudia aussi. Suzie, la sienne est exceptionnelle.
Elle sentait bon. La lumière jouait avec ses cheveux. Ce qui m’a perturbé à un moment,
c’est le changement de température de leurs corps. Quand on démarre l’action, ils sont bleus,
et plus ça chauffe plus ils deviennent dorés – teinte de peau magnifique au demeurant, chaude,
à croquer, surtout en ce qui concerne Suzie. Y’a rien à faire par rapport à ce phénomène naturel,
sauf à maquiller leurs corps entièrement, ce qui serait contraire à mon entreprise lifestyle.
C’est cette éthique qui me permet de mettre en scène des relations vraies entre les gens qui
travaillent avec moi. Suzie et Andréa ont fait l’amour pour de bon. La nature bruissait tout autour,
l’odeur d’humus, le vent qui jouait dans les branches, les insectes qui nous surveillaient
dans le clair-obscur... Magique. Je les ai filmés se rhabillant. Suzie s’est prise une larme
de sperme dans l’œil lors de la giclée abondante d’Andréa, il l’a essuyé du bout du pouce,
j’ai trouvé ça joliment attentionné bien que typiquement porno. Ensuite on est rentrés et
je les ai fait courir en riant. Ils étaient heureux. Sur mes tournages, les gens tombent
amoureux.
Quand on est arrivé à la maison, les Hongroises étaient là. Je les ai trouvées dans la cuisine.
Une assistante me les avait amenées en voiture depuis Lyon où elle les avait récupérées à l’aéroport.
C’était sur sa route, elle allait passer le week-end chez ses parents dans le Cantal, un vrai coup
de bol. J’ai expliqué aux deux filles ce dont il s’agissait. Une seule parle anglais. L’autre ne
desserre pas les mâchoires. Ça va être coton. Le soir tombait. Andréa faisait le con avec les enfants,
leur apprenant des passes de Capoeira. Moi j’installe un peu de lumière pour faire des plans de nuit
autour du barbecue et de la table. Suzie est très détendue en revenant de sa douche. Elle prend une
bière, fume une clope et passe un coup de fil. Après dîner, on file dans un bal de campagne.
J’ai choisi pour les Hongroises leurs fringues les plus vulgaires. Pantalons blancs moulant.
Celle aux gros seins porte un haut très décolleté. Les filles ne pigent rien à ce qu’on fait.
On déboule dans la fête tels des extra-terrestres. Les ploucs se bourrent la gueule à la buvette,
à l’extérieur de la salle des fêtes. Dedans, un trio d’animateurs essaye de faire monter l’ambiance,
mais c’est pathétique. Un ivrogne danse tout seul sous les lumières. C’est glauque à souhait,
totalement décalé, j’adore. On a emmené les enfants, Andréa les fait danser. Il danse avec Suzie.
Andréa est un bon danseur. Il bouge de façon sensuelle, animale. Moi je filme. On est vite repéré.
J’explique que je fais un film de vacances avec des amis étrangers, je leur montre la France profonde.
Les Hongroises font la gueule, je filme. Ma femme danse, je filme. Finalement, l’ambiance monte,
ça s’anime, les gens rappliquent et se mettent à danser. C’est l’effet Andréa.
Andréa qui est pris à partie par l’animateur. Andréa pris à partie par des mecs bourrés.
Andréa qui sort se rouler un joint sur le parking et discute le coup avec l’organisateur.
Les Hongroises se dérident et me gratifient d’une danse avec Andréa, et une à deux.
J’ai ce qu’il faut pour ma scène, c’est le moment que les organisateurs choisissent pour venir
me dire d’arrêter mon cirque. Ils sont à quatre sur moi. Ils disent qu’on fout la merde,
que c’est un petit bal sympa ici, qu’on n’a rien à faire là. Je leur fais remarquer qu’avant nous,
c’était mort ; ils me disent qu’il y a des mecs qui commencent à s’emballer, ils ne veulent pas
d’histoires. OK, je range la caméra et on se casse. En fait, on apprendra que des types un peu
chauds voulaient se jeter sur les Hongroises. Merde, on a raté quelque chose.
Le lendemain matin, je vais réveiller Suzie et Andréa. Je les filme au réveil. Ils ont dormi ensemble,
c’était prévu comme ça, et ça ne semblait pas déranger Suzie – Andréa, je ne vous en parle même pas.
Ils se sont envoyés en l’air toute la nuit. Suzie fait semblant de dormir et Andréa soulève
le drap pour me dévoiler son cul. Magnifique. C’est curieux comme il est tendre. Non, c’est vrai,
Andréa est quelqu’un de tendre et de gentil, ça saute aux yeux. Le film ce sera plus quelque chose
autour d’une brève idylle, que du harcèlement sexuel de la part d’Andréa qui n’a aucun atome crochu
avec les Hongroises. Andréa se consacre totalement à Suzie, le film gravitera autour de leur relation.
J’ai emmené tout le monde dans une ferme, la vue est magnifique là-bas, les Hongroises se faisaient
chier, Andrea et Suzie se tenaient par la main, il lui a cueilli des fleurs. Il faisait beau,
les enfants couraient dans le pré. On a acheté des légumes, des haricots verts, des patates.
Andrea a fait la bise à la fermière. Le film sera super bizarre. Mais il y aura de l’amour à la pelle.
Pour expliquer notre présence, j’ai raconté que c’était des étudiantes étrangères et que j’avais
voulu leur montrer une ferme française. Ensuite, tout au long de la journée, une sorte de désir
latent flottera dans l’air. Andréa et Suzie iront plusieurs fois s’isoler dans leur chambre.
Après déjeuner, ma femme et moi on les imitera. C’est la première fois que je baise sur un tournage.
On s’est retrouvé après avec Andréa, et on savait qu’on avait baisé en même temps, c’était comme
lisible dans nos yeux. J’ai compris à ce moment-là, dans ce contexte très particulier d’amitié,
de famille et de travail, que le sexe faisait partie intégrante de nos vies, je veux dire que
le sexe est quelque chose de naturel. Il n’y a rien à ajouter. Les Hongroises, en revanche,
n’ont rien de naturel. Après la scène lesbienne entre la grosse vache et Suzie, lors de laquelle
Suzie a tout fait (je l’en ai remercié après et lui ai dit qu’elle avait été super), on a fait du
frisbee, des jeux d’eau, parce que j’avais envie de ça pour le film, et merde, elles faisaient
encore la tronche. Là, du coup, j’en ai eu marre et je suis allé appeler leur agent parisien
pour lui dire que c’était de vraies connasses. Elles lui ont parlé après, et se sont plaintes d’Andréa.
Putain, elles sont jalouses ! Ces connes sont jalouses parce qu’on chouchoute la petite Suzie,
et parce que cette dernière s’envoie en l’air avec Andréa ! Il faut dire qu’elles dorment au-dessus
et qu’elles ont dû tout entendre la nuit dernière, il n’y a pas d’isolation phonique. Quand même,
quelles connasses ! Suzie a fait la bise à tout le monde, c’était émouvant, et ensuite je l’ai
conduite à la gare avec Andréa. Ils se sont fait des adieux sur le marchepied du train,
Andréa un sandwich dans une main, un coca dans l’autre. Une fois rentré, je suis allé arranger
le coup avec les Hongroises. Ça s’est passé sans problème. Ça fait partie de mon boulot.
Maintenant elles allaient être tranquilles, Suzie partie et Andréa qui s’en va le lendemain matin.
On a dîné, et Andréa est allé se coucher tôt. Il peut être épuisé : il a baisé toute la nuit,
et deux fois dans la journée, sans parler de la scène torride d’hier. Moi bizarrement j’avais
encore envie, mais je me suis écroulé.
Le lendemain je suis allé réveiller Andréa, et puis je l’ai conduit à la gare. On s’est donné
rendez-vous prochainement : il nous invite les enfants, mon épouse et moi chez lui à Ibiza pour la
fin du mois d’août. Si ce n’était avec lui, jamais je ne mettrais les pieds là-bas. Mais bon, on ne
refuse pas une telle invitation, et puis me laisser guider par Andréa dans les nuits d’Ibiza,
pourquoi pas. Bien sûr, je prends ma caméra, ça fera un chouette épilogue au film, mes enfants,
ma femme et Andréa sur la plage. Faudra que je les surveille, tous les deux, mais c’est une autre
histoire. Andréa n’y peut rien : il plaît aux femmes. En attendant, j’ai un putain de film à finir.
Aujourd’hui, mes Hongroises passent à l’interview, puis masturbation, ensuite balade dans les prés
avec les monts du Forez en arrière-plan, et pour finir longue séquence lesbienne dans la piscine.
J’ai du bol, le temps menace mais reste beau. Je suis d’une courtoisie inimaginable. Après la scène,
je viens de leur annoncer que j’en ai terminé avec elles, je les remercie, et là, l’une d’elles
me tend son appareil photo (déjà plus tôt dans la journée, elle a voulu photographier une église
dans un bled que l’on traversait), et elle me demande de les prendre. Je m’exécute. Elles font
quelques poses. Se touchent la langue. Pendant la scène, leurs piercings cliquetaient quand
elles se roulaient des pelles, c’était amusant, et excitant, j’ai même eu un début de gaule malgré
la froideur de l’eau, c’est dire si je suis en forme. Ensuite elles veulent se faire prendre avec
moi tour à tour. Je pose les bras croisés sur la poitrine, mais ça ne leur plait pas,
elles veulent plus de contact. Alors la grosse vache, elle se colle contre moi pour la photo.
J’essaye de sourire, j’ai le soleil dans la gueule. Le soir, les Hongroises dînent à part.
La maquilleuse et son mec sont repartis, alors on se retrouve juste ma femme, mes trois fils,
le frère de ma femme et moi. Je reçois un mail et un coup de fil de l’agent parisien qui m’apprend
qu’il a bien réceptionné Suzie gare de Lyon hier soir et que la petite était aux anges.
Il me demande ce que je lui ai fait, parce qu’elle n’est jamais revenue aussi heureuse d’un boulot.
« Thank you for the job », elle lui a dit. Le con, comment est-ce qu’il pourrait comprendre
ce qui se passe sur mes tournages ? Il fait le mac, à vendre de la chair fraîche des pays de l’Est
aux consommateurs occidentaux, comment est-ce qu’il pourrait concevoir l’amour que je donne,
celui que je reçois, la vérité que je recherche à travers ma mise en scène ? Après les photos,
dans la piscine avec les Hongroises, on a eu une petite discussion politique sur l’Europe et
la fin de l’opulence pour les filles qui font ce métier. Dans deux ans, c’est terminé. Dans deux ans,
on ira plus loin encore chercher les futures pornostars. Sur la lune peut-être. En attendant,
les Hongroises amassent. Elles amassent en faisant la tronche. Je leur ai filé leur blé,
ça m’a valu un sourire. Maintenant il est huit heures du soir et comme à chaque fin de tournage,
je me sens déprimé. Je me torche à la bière et au vin, je fume pétard sur pétard. Je me couche
avec l’envie de faire l’amour, mais ma femme arrive trop tard, je dors déjà.
Le lendemain, j’ai ramené les deux Hongroises à Lyon. Elles étaient assises à l’arrière,
j’ai fait le taxi. On a écouté Eminem. Il a plu sur tout le trajet, ça ne s’est éclairci
qu’en arrivant à l’aéroport. Je me suis assuré que tout était OK avec leurs billets, on a bu
un verre et puis je les ai laissées. Sur le chemin du retour, il faisait beau. En m’arrêtant pour
manger une assiette de frites, j’ai eu Tiffany au téléphone, toujours à cause de son putain de test
qu’elle m’enverra à son retour de vacances. Elle était à Roissy, en partance pour Ibiza. Elle part
rejoindre Andréa, mais Andréa travaille, il fait le boxeur dans un film à gros budget.
J’ai dit à Tiffany qu’a priori je descendrais à Ibiza fin août avec ma famille. Tiffany sera déjà
repartie. Dommage, je n’aurai pas droit à une scène de jalousie sur la plage. Bon sang,
je mélange tout. Je mélange tout parce que c’est la vie que j’aime filmer. Et parfois je me dis
qu’il faudrait songer à la vivre aussi. Vous vous souvenez de cette histoire de signes ?
Et ben ma femme et Tiffany sont nées le même jour – pas de la même année. Marrant, non ?
Ah, dernière chose : dès le lendemain il s’est remis à pleuvoir sans discontinuer.
Jack a quand même un bol de cocu, ou Dieu en personne veille sur sa destinée.
P.S. Mon activité secrète ne l’est plus. Ma grand-mère a raconté à tous ses amis que j’ai tourné
un film de cul chez elle. Elle avait organisé une réception et un des convives, un ancien déporté
qui doit avoir dans les quatre-vingt ans (il était du premier convoi parti de Drancy pour Auschwitz),
m’a demandé à brûle-pourpoint si je connaissais Marc Dorcel. Il a dit qu’il le connaissait très bien,
il est ami avec sa sœur. Je lui ai expliqué que j’avais voulu me faire produire par lui et
qu’il ne m’avait pas pris au sérieux. Quelques jours plus tard, un oncle à moi en vacances ici,
lui aussi assez âgé, est venu me voir pour me poser une question confidentielle : est-ce que
c’était du porno ce que je faisais ? J’ai dit que je faisais double version, érotique et X.
On a discuté, et finalement mon oncle a déploré qu’aujourd’hui, c’était les trucs amateurs
qui plaisaient le plus. On ne le croirait pas, mais des gens très divers s’intéressent au porno.
Jack Tyler
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