Par Jack Tyler
J’arrive au terme de ma mission. Mission entamée il y a plus de six mois. Je vais livrer cette
semaine les deux derniers gonzo prévus dans le contrat. Pour être vraiment précis, l’histoire a
débuté il y a un an. En avril 2007, j’ai été contacté par un agent Québecois qui avait entendu
parler de mon travail, lu une interview dans Hot Video (comme quoi ça peut servir d’entretenir
de bons rapports avec la presse), et souhaitait monter un projet avec moi et me faire venir à Montreal.
Son idée était que ça donnerait du boulot aux filles de son agence. En photo, les nanas avaient
l’air mignonnes. Et elles offraient le double avantage de parler français et d’être
totalement inconnues chez nous, deux atouts pour monter un projet pour Canal +. J’ai écrit
le scénario et je me suis mis à démarcher les maisons de production en France. A l’époque,
je préparais « le Sanctuaire » pour V.Communications. Mais le tournage ayant été repoussé,
j’avais du temps à consacrer au « Projet Québec ». Bref, j’ai fait le tour des prods,
et évidemment, personne ne sembla intéressé. Le budget était pourtant convenable et à l’arrivée
il y aurait deux programmes érotiques, trois gonzo et un film scénarisé. Mais je fis chou-blanc.
Heureusement que je ne suis pas du genre à déprimer, parce que je me demande souvent, et encore
aujourd’hui, pourquoi j’ai tant de mal à me faire accepter dans ce métier.
Mis à part V.Communications, qui semblent m’apprécier et me font travailler régulièrement,
personne ne semble vouloir de Jack Tyler.
Mais je suis pugnace, et je tenais à ce projet, si bien que dès septembre, une fois « le Sanctuaire »
terminé, je suis reparti au charbon. Canal + a validé mon scénario, qui mettait en scène le personnage
de Mme Garrison (Cecilia Vega) dirigeant une institution pour jeunes filles. Le but étant de leur
apprendre l’art de la baise afin qu’elles s’aguerrissent pour affronter un monde
tenu par les hommes. Il ne fallait pas que ça fasse trop école, mais en même temps Canal + voulait
des uniformes. J’ai repris contact avec quelques boites, mais même topo qu’en juin,
personne ne voulait se lancer ni même m’accorder de rendez-vous. J’ai revu le budget à
la baisse dans l’idée de tourner seulement des programmes érotiques et du gonzo, aux oubliettes
le film scénarisé, et là V.Communications m’a suivi. Avant de renoncer dix jours avant le
départ. Autant dire que ça m’a mis dans la merde. Je suis remonté en catastrophe à Paris pour
tenter de trouver vingt-trois malheureux milliers d’euros, afin de réaliser des programmes
déjà quasiment achetés par Canal+, mais en vain. C’est à croire que j’ai la lèpre ou je
ne sais quoi. Heureusement, un producteur tombé du ciel sauva le projet, décidant de le financer
avec à la clef le film scénarisé. Miracle ! J’ai passé le week-end à revoir le budget et le
plan de travail ; le lundi je signais le contrat, et le mardi je prenais l’avion avec Michael
Cheritto.
Le projet se déroulerait en deux phases. En novembre, je tournai donc les scènes érotiques et une
partie des scènes gonzo. Et en février nous tournerions le film scénarisé et le reste des gonzo.
Mon contact Québecois vint nous chercher à l’aéroport, Michael et moi, où les services
douaniers fouillèrent nos bagages de fond en comble, tombant sur la trentaine de DVD que nous avait
confié V.Com afin de trouver un acheteur Canadien. Pas d’amende, grâce à la compréhension du
préposé, mais la désagréable impression de passer pour un pédophile recherché par Interpol.
J’appris à cette occasion qu’il y a quelques années une simple photo de double
pénétration sur une jaquette nous aurait valu la prison. Parfois je me dis que je fais un boulot
vraiment sympa.
Dehors, sitôt sorti de l’aérogare, le froid nous a saisi brutalement, mais j’avais prévu
le coup : pulls et grosses chaussettes de rigueur, et des chaussures de randonnée qui auraient pu
grimper l’Everest. Mon contact m’hébergerait chez lui, quant à Michael, il coucherait
sur le décor, un appartement-studio appartenant à un certain Vid Vicious, que Michael connaissait,
un réalisateur local, photographe et opérateur. La semaine fut chargée, à raison de trois scènes par
jour, de l’érotique et du gonzo. Et dès le premier jour j’ai senti que ça n’allait
pas si bien le faire que ça. Les actrices ici ne sont pas des actrices. J’entends par là
qu’elle font ce boulot en dillettantes, et rarement parce qu’elles aiment le sexe,
contrairement à ce qu’elles veulent vous faire croire. Elles font essentiellement des
prestations saphiques destinées à Internet, des scènes filmées platement, qu’elles déroulent
mécaniquement, avec la force de l’habitude. Et de l’hétéro rarement, voire jamais pour
certaines. C’est ce qui s’appelle de l’arnaque sur la marchandise. De plus, elles
ne sont pas sensuelles. Ne savent pas jouer avec l’objectif. Ni aguicheuses ni chaudasses.
Meghan, la plus délurée par exemple, refuse par principe la sodomie car elle garde ça pour sa vie
privée. Verriez-vous un cuisinier refuser de faire de bons petits plats pour sa clientèle, préférant
réserver ses meilleures recettes à sa famille ? Et je ne vous parle pas de leurs garde-robes, qui
relevaient du pathétique. Comment voulez-vous faire des images sexy avec des filles habillées comme
des sacs ? Enfin, je suis allé au bout du truc, et aujourd’hui je sors des programmes corrects.
Ce qui les sauve, hormis le montage et la musique, ce sont les interviews que j’ai faites des
filles, où leur naturel vaut le détour – pour celles qui ne font pas la gueule.
Le lendemain de mon départ, après un séjour de dix jours, une tempête de neige s’est abattue
sur la province, paralysant Montreal pendant plusieurs jours. Selon mon contact, j’aurais eu
le cul bordé de nouilles – du moins en ce qui concerne la meteo. Durant toute la semaine il
avait fait un temps clément, avec des températures jamais en dessous de -10°. Michael était reparti
le mercredi précédent, une fois ses scènes mises en boîte. Il s’était bien entendu avec Meghan,
et leur scène est plutôt réussie, la petite ayant eu quatre orgasmes que j’ai compté lorsque je
filmais. Elle n’en est pas revenue. Amy-Lee, par contre, a eu des problèmes intimes, genre bobo
à la chatte. Ensuite ce fût mal au cul. Apparemment, ça faisait un moment qu’elle n’avait
pas tourné. Mais s’interrompre toutes les deux minutes, ça m’a cassé les burnes grave.
Le pire ce fût Pearl, qui hormis le fait d’être un canon, ne vaut pas tripette. Totalement
absente lors de la baise, elle attend que ça passe en surjouant porno. J’apprendrai plus tard
qu’elle souffrait d’une infection vaginale. Pearl n’avait pas le cerveau très
développé. A seize ans elle s’était faite tatouer le mot « pornostar » en travers du ventre et
m’a avoué le regretter à présent. La plus jolie était une dénommée Sharon, qui malheureusement
ne tournait de scènes hétéro qu’avec son mec. Et manquait d’expressivité. Or ce que
j’aime, moi, c’est quand les filles se consument dans le sexe. En revanche, Sharon a
accepté l’anal. Son mec l’a enculé, mais ça n’a pas suffi à ce qu’elle se
lâche. Allez comprendre. Par contre, Sharon était un bien joli petit lot, avec un corps parfait,
des seins naturels magnifiques et un cul du tonnerre. Seule ombre au tableau, sa timidité maladive
et une peau de mauvaise qualité qui avait tendance à marquer. Melissa aussi était très jolie, sans
doute la plus bandante, avec un cul incroyable. Mais Melissa faisait tout le temps la gueule.
Et ne tourne que du lesbien. Avec Cherry, elles m’ont fait une belle scène. Cherry est très
fine, j’avais l’impression de filmer une pré-ado. Voilà une fille très photogénique.
La première phase m’a donc permis de « tester » les actrices. Du coup je savais auxquelles
j’attribuerais les rôles les plus sexuels. Je connaissais les qualités et défauts de chacune.
J’écartai d’emblée Pearl. Confiai à Melissa un rôle lesbien. Et comptai sur deux filles
que je n’avais pas encore fait travailler, Kelly et Gaya, pour incarner les personnages les
plus sexuels, le rôle féminin principal notamment. Gaya est une petite métisse souriante, on avait
discuté deux minutes, et je savais qu’elle serait à la hauteur : je sais reconnaître les vraies
chiennes quand j’en vois une, celles qui aiment la baise. J’allais garder Meghan, Cherry,
et prendre une fille que j’avais également croisé cinq minutes, une certaine Tamara, une blonde
au corps apétissant, une bimbo avec des seins et un cul énormes. Un physique comme on n’en
voit pas souvent, et je me réjouissais d’avance de l’avoir dans le film. Malheureusement,
entretemps Tamara a arrêté de tourner des scène hétéréo : elle s’est maquée avec le susnommé
Vid, et devenir une star du X n’est plus dans ses priorités, contrairement à ce qu’elle
m’avait laissé entendre à l’époque. J’ai appris cette mauvais nouvelle trois jours
avant le départ pour la seconde phase.
Comme Français m’accompagnaient en février Cecilia Vega, Phil Hollyday, Michael Cheritto et
Tarmi. J’étais arrivé un jour avant eux histoire de régler les derniers détails de la
préparation, les repérages notamment, et je suis allé les accueillir à l’aéroport. Encore une
fois, nous avons eu un bol du tonnerre avec le temps : de la neige quand j’en voulais,
notamment lors d’une scène de comédie dans un parc, et du soleil quand il le fallait, par
exemple lors d’une séquence sur l’autre rive du saint-Laurent, avec Montreal en
arrière-plan. Mais pour le reste, le bilan est mitigé. Kelly et Gaya, les deux inconnues, se sont
montrées excellentes. Kelly en particulier se révéla une très bonne comédienne, et ses scènes de
sexe furent réussies ; quant à Gaya, c’est une pure performeuse. Sa scène avec Michael, sa DP
et la scène finale resteront d’anthologie. Mais les autres m’ont déçu. Entre les bobos
vaginaux, les clopes qu’on demande à fumer au milieu de la scène, le manque de professionalisme
et les caprices de certaines, je ne suis pas près de remonter un projet à Québec. Très souvent je
pensais aux filles de l’Est qui restent, quoi qu’on en dise, et de loin, les meilleures
et les plus belles hardeuses. Le pire survint le dernier jour, lors de la séquence avec Cecilia, où
était prévue une double pénetration sur Vanessa (qui remplaçait Tamara mais n’était pas aussi
bombasse) avec deux hardeurs canadiens. Un des mecs n’a pas bandé. C’était LA scène de
Cecilia, et elle l’a eu dans l’os si je puis dire. Une catastrophe. Maintenant, j’ai
monté cette séquence en parallèle avec une autre plutôt réussie, et on n’y verra que du feu.
Mais sur le moment, je n’avais qu’une envie, lâcher ma caméra et foutre mon poing dans
la gueule de ce connard pas foutu de faire son boulot correctement, et qui en plus de ça m’a
reproché de ne pas l’avoir prévenu qu’on tournait à dix heures du soir, alors que deux jours auparavant il était venu au studio et on avait fait le point en lui précisant
l’heure et le lieu. Mais bon, il était sans doute trop défoncé au pétard pour retenir les infos.
Il faut reconnaître que Montreal offre l’avantage de fournir à ses visiteurs une herbe
d’excellente qualité, livrée à domicile qui plus est - et ce n’est pas Tarmi qui me
contredira.
Je quittai donc le Canada avec un sentiment mitigé, et une grippe carabinée. Cecilia aussi, et nous
avons subi trois jours de fièvre impitoyable – et dix jours de convalescence. Sur place,
c’est Phil qui avait été malade, ce qui l’obligea à porter un horrible pull que
l’on aperçoit dans le film et qui rappelle ceux que l’on mettait aux sports d’hiver
quand on était gamin et avant que l’on invente le vêtement polaire. Une fois remis, j’ai
attaqué le montage, qui s’est déroulé sans souci majeur. Le film s’ouvre sur une belle
scène de cul, très réussie, avec Kelly et Phil. Le récit se déroule correctement. Gaya est vraiment
une petite cochonne. Meghan est bandante. La musique est arrivée peu à peu ; comme pour la
B.O du « Démon », j’ai travaillé avec Girl Trouble Band et Jean No. Le film n’est pas
chiant. En tout cas selon mes critères, qui ne sont pas les mêmes que ceux des amateurs du genre.
Je sais que mon travail ne fait pas l’unanimité, même si beaucoup de gens ont trouvé
« le Sanctuaire » très beau à l’occasion de son passage sur Canal +. Mais ce ne sont pas
les fans purs et durs. Pour eux, mes films ne seront jamais suffisamment hard, ou crade, ou je
ne sais quoi. Et à vrai dire, je m’en fiche pas mal.
Jack Tyler, le 6 mai 2008
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