GONZO DIARY

« Etre acteur porno c’est comme aller à la guerre. Je suis un soldat, je vais au combat. Et je fais toujours de mon mieux pour glaner le plus possible de médailles. »

Andrea. 12 avril. Ibiza.

Vendredi 7 avril 2006 – 9H00

Ils sont en retard. J’attends Terri et Elly. Make-up à 9H00 on avait dit. Mais ce n’est pas grave. Ça me laisse le temps de remettre un peu en ordre mes idées, où j’en suis par rapport à ce que je m’apprête à faire. Là où j’écris, je suis à Ibiza pour tourner du gonzo. C’est une commande de Colmax. Mais c’est moi qui produis – avec leur argent. En gros, c’est la même configuration qu’à Prague, c’est donc une forme de retour aux sources. D’ailleurs je suis ici avec Eric, le photographe de « Prague Experiment » - mon premier film. Il est très content d’être là - c’est encore un échange de bons procédés –, et puis je m’entends très bien avec Eric. Je suis descendu avec Phil, qui piaffait d’impatience à l’idée de partir faire du gonzo à Ibiza avec moi. Il aura six scènes, une par jour. En tout j’ai six filles dans le casting, et je dois livrer deux films hard dits gonzo de 90MN et deux programmes érotiques de 70MN – bref, c’est très proche de ce que j’ai fait à Prague, sauf qu’ici il n’y a pas de scénario, donc pas de comédie à faire. C’est la première fois que je pars tourner quelque chose sans scénario. Je dois dire que ça me déstabilise un peu. Je n’ai que des intentions, et je ne sais même pas si elles sont claires dans ma tête. Le point de départ c’est l’orgasme féminin : parvenir à enregistrer la jouissance réelle des filles. Je ne me leurre pas : je n’y arriverai sans doute pas. Mais à ce moment-là, il faudra mettre en scène le témoignage de cet échec. C’était une suggestion d’Henri, et du coup j’enfourche mon cheval de bataille : le cinéma-vérité. Bon, ça passe quand même par un petit peu de mise en scène - mon travail oscillera entre le documentaire brut et la mise en scène improvisée de scènes de cul. En principe le gonzo consiste à enchaîner des scènes X toute plus hard les unes que les autres. Il n’y a aucune recherche narrative, ni esthétique. C’est du pur sexe enregistré dans l’instant. Cette forme d’énergie m’intéresse, et j’ai eu la chance de l’approcher plusieurs fois lors du tournage d’ « Eloge », quand j’ai filmé ce qui se passait autour de la piscine, la DP avec Tiffany ou encore la séquence avec Terri et Andrea quand ils se mettent des beignes. Phil et Eric ont très bien pigé mon style : je faisais déjà du gonzo que j’intégrais dans ma mise en scène. Aujourd’hui, c’est le contraire : je dois intégrer de la mise en scène dans le gonzo. Pourquoi ? Et bien pour la simple et bonne raison que je suis incapable de diriger une scène de cul sans connaître l’émotion qui l’habite. Et pour ça, il faut que je crée de simili-personnages et une relation entre eux, que je pose une situation, bref, que je mette en scène un minimum – mon truc c’est le cinéma, pas le sexe. Je suis un peu tordu - après tout, je pourrais me contenter de les faire niquer -, mais j’ai besoin de me fixer des objectifs, une ambition, quelque soit le projet. Ça n’a pas été sans mal de mettre en place tout ça. D’abord il a fallu convaincre Colmax. Je ne sais pas ce qui les a décidé finalement ; je pense qu’ils ont besoin de produire. C’est aussi une façon pour eux de me tester dans l’objectif de produire « le démon », un gros film que j’ai en projet et qui les intéresse. Maintenant ils ne mettent pas une fortune dans l’opération, je veux dire c’est à peine si je pourrai me payer, et ils ont rechigné à rallonger un peu le budget quand j’ai eu des soucis. Nous parlons là de 30.000€ - que dalle quoi -, pour fournir quatre programmes ! J’ai appris qu’ils envisageaient même d’éditer en DVD les films érotiques. Ce qui veut dire que je n’ai pas intérêt à merder. Je suis juste parti avec ma bite et mon couteau – et ma Panasonic -, en me reposant uniquement sur le décor, les filles et le soleil d’Ibiza. Pas de lumière, pas de PD-150. Oui, je suis gonflé. Mais bon, c’est fort possible que je loue quelques projos sur place, on en a parlé avec Eric, afin de tourner des scènes de nuit autour de la piscine - rééditer ce que j’ai fait pour « Eloge », parce que ces scènes-là à Tenerife étaient franchement réussies. J’ai pas d’ingé son non plus – question de budget. Par contre, la sœur de Terri nous fera à bouffer, son beau-frère fera le chauffeur pour aller cherche ou ramener les gens, etc. Terri s’est occupée de toute la production sur place. Elle a trouvé le décor, booké les filles – ce qui ne fut pas une mince affaire -, réservé les billets d’avion pour les faire venir de Barcelone ou Madrid, validé les versions successives du plan de travail que je lui faisais parvenir. Terri s’est montrée très efficace. Et je dois dire qu’elle est toujours aussi ravissante – Andrea par contre a pris dix kilos, il est glauque, il m’a avoué qu’il se faisait chier ; je pense que c’est l’arrivée prochaine de leur bébé qui le déstabilise. Bébé qui a été conçu – et j’en tire une certaine fierté – durant le tournage parisien d’« Eloge de la chair ». Si une femme est naturellement faite pour être mère, être père ça s’apprend – j’en sais quelque chose. Terri en est à son quatrième mois de grossesse et elle est superbe. Phil peut s’enorgueillir d’avoir été le seul hardeur Français à tourner une scène avec elle – ce qui suscita des jalousies dans le métier – c’était « RoadmovieX » en 2004. Nous avons découvert Angie hier, et Elly. La première est Tchèque, la seconde Roumaine. Elles sont gentilles. L’une blonde, l’autre brune, d’allure juvénile. Pas des canons, des nanas mignonnes. Pas des kilomètres de scènes au compteur, bien au contraire - ce qui servira mon projet. Si l’idée c’est de parvenir à l’orgasme, ma méthode sera de lire la personnalité de la fille et de la mettre dans les conditions pour arriver à la jouissance, en recréant une situation proche de ce qu’elle pourrait vivre. Voilà pour la mise en scène. Tout à l’heure est arrivée Anastasia Mayo, qui elle est très différente. Toute petite, un peu ronde, avec un visage rieur et un air coquin, confirmé par Phil qui affirme que c’est une folle du sexe – c’est d’ailleurs la « star » du film, car elle est une vedette en Espagne, et devrait me gratifier de sa première DP. Terri a fait fort, de réunir toutes ces filles - et beaucoup sont des quasi-inconnues -, malgré les désistements et mes exigences esthétiques. Mais bon, d’après photo, c’est très casse-gueule de faire un casting, on est forcément un peu déçu quand on découvre les filles en vrai. La villa est chouette, grande et belle ; elle nous a été louée par un Allemand très sympa. Très lumineuse, pas trop mal meublée, avec des murs blancs, des tableaux – un décor dépouillé et plutôt de bon goût. J’alternerai les scènes à l’intérieur et dehors. Je dois faire aussi beaucoup de solos, deshabillages, moments d’intimité, érotisme soft. Ce sera peut-être la partie la plus compliquée, dans la mesure où je voudrais éviter que ce soit chiant, et dix minutes sur une fille, ça peut vite être ennuyeux dès lors qu’elle ne se masturbe pas – c’est la difficulté de l’exercice, qui exige déjà que la plastique de la comédienne soit impeccable - ce qui fut loin d’être le cas il y a quinze jours quand je suis allé tourner des strip pour Max Noizet à Sedan. Mais bon, ici ça ira mieux, les filles sont jolies dans l’ensemble, et il y a le cadre, et la lumière. Terri est en train de maquiller Angie – Terri s’occupera de ça, de plein de choses, elle fera des photos et en plus rédigera un sujet pour un magazine Hollandais – un genre de FHM. Ah oui, il y a aussi Ramon, un hardeur espagnol, qui est arrivé en même temps qu’Anastasia, et qui a l’air très gentil, avec en plus une belle gueule et un corps d’athlète. C’est un bel homme je dois dire. Donc au final, avec Phil, Andrea et Ramon, et toutes ces filles mignonnes comme tout, je suis plutôt satisfait de mon casting. Ce matin, DP avec Angie, Phil et Andrea. Cet après-midi un duo Anastasia et Ramon, puis un solo Anastasia. Eric fera de vraies séances photo, pour avoir de belles images érotiques, indispensables pour les jaquettes et toute la communication. Je veux être irréprochable aux yeux de Colmax, ça garantira la future mise en place du « Démon », le film que je veux tourner pour eux dans la foulée, peut-être en septembre, car j’en aurai bien pour deux mois à monter tout ça. Mais « le Démon », je veux qu’ils le produisent eux, parce que la prod, c’est franchement casse-pieds. Quand j’ai fait « Prague Experiment », ça allait, mais là, après l’expérience d’ « Eloge » où j’avais un producteur, ça me saoule carrément de m’occuper de gérer le budget, les contrats, etc. Dieu merci, Terri est là, et elle me file un sacré coup de main. Ah oui, marrant : hier on a raté l’avion à Valence, la correspondance pour Ibiza. On était comme des cons à discuter et on a loupé l’embarquement. On a pris l’avion suivant, mais franchement, ça la fout mal. Enfin bon, c’est la vie.

20H56

Nous sommes une communauté ici. Mon fantasme est réalisé. Je veux dire que ce fameux idéal de vie communautaire existe, il est de l’ordre du possible. Je le ressens, sans que ce soit un phénomène extraordinaire, mais au contraire en toute simplicité. La sœur de Terri avait fait de la bouffe délicieuse. Elle et son mari nous l’ont amené avec leur petit garçon, on s’est régalé, toute la tablée silencieuse après une bonne journée de travail, c’était magique. Il y a une ambiance très paisible, très peace and love, avec les pétards qui tournent en permanence – avec Terri je suis le seul à ne pas tirer dessus, sauf après le boulot bien sûr, où là je mets un point d’honneur à me déchirer la tête. Là c’est le soir est tout le monde s’est dispersé. Phil joue à la X-BOX qu’Andrea a ramené de chez lui. Les filles essaient de choper du réseau pour téléphoner. Andrea et Terri sont dehors, ils regardent le soleil se coucher. Ramon et Anastasia sont montés. Ramon est très sympa, il m’a fait une scène terrible avec Elly. Pour info, c’était sa première scène de cul – elle pose pour des photos. Ça a été super. Je ne sais pas trop ce qui est réussi techniquement parce qu’avec le soleil que j’ai eu, je ne voyais rien sur l’écran LCD - enfin, suffisamment quand même pour cadrer. Plus tôt on avait fait la scène avec Angie, le démarrage avec Phil s’était très bien passé, mais après Andrea a tout démoli en la jouant gonzo, donc on a repris et ça a été, mais décidément la DP c’est pas mon truc. Enfin, demain celle avec Anastasia dépotera j’en suis sûr, parce qu’Anastasia Mayo c’est de la bombe. Elle m’a fait un solo du feu de dieu. C’est un petit bout de femme, toute ronde, très très sexy. Ceci ne me fait pas tellement avancer au niveau de l’orgasme. Elly, je ne pense pas qu’elle ait pris son pied, ça reste de l’ordre de l’imitation. Le but serait plutôt de parfaire cette imitation. L’orgasme réel risque de toujours m’échapper. Ce qui me permet tout à fait d’insister comme je le fais sur les visages. Bon Dieu, j’espère que j’ai la matière. J’ai tourné trois cassettes.


Samedi 8 avril. 23H00.

Elly est une comédienne du tonnerre. Une débutante totale. Elle est modèle photo, c’est son premier tournage. Et pour la deuxième scène porno de sa carrière elle m’a fait une DP. C’était la fin d’après-midi, la lumière était très belle, mais il fallait tourner vite. J’ai eu ce que je voulais, elle était couchée dans la lumière du soir. J’avais démarré la scène en ersatz de la scène avec Tiffany dans « Eloge », par une scène de masturbation dans la salle de bain, et bien figurez-vous qu’Elly s’est montrée à la hauteur. Elle s’est assise sur le lavabo d’elle même et elle a littéralement baisé son propre reflet. Magnifique. (Enfin, c’est moi qui le lui ai suggéré quand elle s’est assise là et que j’ai cadré les deux Elly, la réelle et celle dans le miroir ; je lui ai dit : « Elly, kiss yourself in the mirror » et c’était parti. Ça a été génial. Elly a des automatismes, c’est à dire qu’elle a tendance à reproduire des expressions qu’elle a du voirs dans des films X, et qui font typiquement porno, mais elle a de grosses qualités, je veux dire autant en érotique qu’en hard ; elle m’a surpris. Dans la glace elle m’a fait penser à Taylor Rain. Mais je ne fais pas du gonzo pour attraper des fantasmes. Je suis sensé traquer le plaisir féminin. Avec Elly, difficile à dire ; mais la scène sera réussie. C’est curieux. Ce que Phil considère comme du gonzo c’est la scène justement avec Tiffany, où en effet je pense avoir obtenu une interpétation de l’orgasme juste, mais véridique ou non, je ne sais pas. Cela dit, j’ai obtenu cette scène grâce à la direction d’acteurs, en préparant psychologiquement Tiffany à la scène – ce qu’elle même a reconnu plus tard quand on en avait parlé au salon de Bruxelles – et dans une moindre mesure Greg et Phil. Mais c’est une scène-étalon pour moi. Je ne crois pas l’avoir réédité. Curieusement, du fait que les acteurs et les actrices n’interprètent pas vraiment un rôle, n’incarnent pas un personnage, je suis démuni, je n’arrive pas à créer la situation ; pourtant, avec Elly j’ai tenté de mettre en place une situation érotique, mais je ne sais pas si ça marchera. Bon, ce soir j’ai passé un peu d’ « Eloge » à tout le monde et ça a bien plu je crois. Mais c’est vrai que le film est très réussi. On y a reconnu le côté féministe, avec une prise de contrôle de la sexualité par les femmes, elles se donnent du plaisir ou elles l’obtiennent. Mais ici ? Sans histoire, je ne peux que m’en remettre au comportement des acteurs et des actrices, qui baisent les uns comme les autres un peu trop porno (mais ça marquera le côté gonzo), même si j’essaye de créer des situations. Ramon est un colosse tranquille mais redoutable. Hier et aujourd’hui en DP il a défoncé Elly. La scène sera terrible, je pense. Avant, Elly m’avait fait un petit show érotique, ma fameuse série maillots de bain (next feature : Angie, on the beach tomorrow). Ça s’est fait comme Anastasia la veille au bord de la piscine, avec de la masturbation intéressante sur le maillot qui m’a donné l’idée d’en faire une vraie en démarrage de la scène avec les deux mecs - j’ai fait aussi des plans raccord avec la scène Phil/Angie où elle les voit baiser et du coup après on la retrouve en train de se masturber, vous voyez comme j’aime me compliquer la vie. Ce qui fait que Phil la baise juste après avoir niqué Angie, ce qui explique sa gaule défaillante parfois - on a fait les deux scènes dans la journée. Ça c’est parce qu’Anastasia n’était pas en forme : hier je l’ai fait se baigner et l’eau froide a eu un effet pénible sur ses ovaires. Elle a un kyste et aujourd’hui c’était repos. Ça m’étonnerait qu’elle fasse une DP dans ces conditions – en tout cas personnellement je n’y tiens pas. Pour en revenir à Phil, il dit que le fait de tourner deux scènes dans la journée n’a rien à voir avec sa défaillance – ça se passe dans la tête. Cela dit, il a assuré quand même, et lorsque j’en ai eu terminé avec les plans sur les culs, j’ai dit aux garçons de se retirer et de continuer en soft pour shooter les visages – enfin, je ne crois pas que Ramon ait obtempéré, il devait trouver le cul d’Elly à son goût. On a encore une fois tous admis que les films porno ne nous excitaient plus, tous autant que nous étions. Curieuse communauté. Avec des mecs capables de sortir leur bite à quelques centimètres du visage d’une fille et de se la masser sous ses yeux. Ça s’est passé au soir tombant près de la piscine, Phil a sorti sa bite en rigolant, Angie s’est marré, c’est tout. C’est marrant, ils se tournent autour tous les deux. Enfin bon, « Eloge » a été apprécié, je pense parce que j’apporte du sentiment au truc, ça rend le porno très différent. C’est ce que Tiffany avait dit dans une interview : que je travaillais avec mon cœur, quelque chose comme ça. Mais dire si ce que je réalise est branlable, aucun de nous n’en est capable. Il faut un public lambda. Katy Caro a beaucoup impressionné les mecs – Ramon et Andrea. Ils rageaient de la voir glavioter à tout bout de champ – en principe, ce sont les mecs qui crachent sur les nanas, pas l’iinverse. Katy est dingue, ils disaient. Ils ont raison. En tout cas ils étaient verts et en même temps ça les faisait marrer que les mecs perdent le contrôle – le « doucement les garçons » de Tiffany au début de la scène avec Phil et Greg a fait réagir Anastasia qui regardait le film avec nous, très attentive ; ça l’a scié, elle a trouvé ça super. Elle a ce problème aux ovaires et c’est pour ça que Phil a dû tourner deux scènes dans la journée, et ainsi j’ai pu les lier, du moins créer une possibilité de lien narratif dont je me servirai ou non au montage. Mais ce qu’on a fait, je pense que ce sera bandant. Ce soir on a encore très bien mangé – même si j’en ai peu pris, j’étais rincé, la dernière scène a été difficile, il fallait faire vite à cause du soleil qui déclinait, mais j’ai eu ce que je voulais, j’ai même fait un regard caméra d’Elly à la fin, et aussi je l’ai interviewé. Je referai une interview demain, je voudrais connaître ses impressions d’après la scène. Pas maquillée. La filmer au réveil, bon Dieu. Y penser. Les faire courir sur la plage. Il faut pour avoir le témoignage de cet échec interroger les filles après les scènes. Leur demander si elles ont eu un orgasme. Angie et Elly. Bon, ça sera non, c’est sûr. Réponse au prochain épisode. Sinon, franchement, je préfère de loin l’herbe au shit.


Dimanche 9 avril 2006. 9H18.

Tout le monde dort encore. J’entends à intervalles réguliers un réveil sonner, celui d’Andrea je crois, en fait c’est son téléphone. On doit partir à 10H00 pour la plage. J’y filmerai des scènes de vie quotidienne, des trucs fun, un peu de course dans les vagues, du farniente, le solo d’Angie et un girl/girl Anastasia/Elly. Mais pas question de faire se baigner Anastasia, à cause de son ventre. La mer doit être très froide en ce moment. Il ne fait beau ici que depuis une dizaine de jours. La scène de masturbation que j’ai faite hier avec Elly, c’est un des trucs les plus forts qu’il m’ait été donné de filmer, j’arrête pas d’y repenser - Elly se baisant elle-même dans la glace, j’en croyais pas mes yeux, je me parlais presque à moi même en la filmant, tellement j’étais subjugué par le plan. La manifestation du sexe a parfois quelque chose d’à la fois intime et d’extrême qui me ravit, c’est un émerveillement. Je pense que le sexe est bien plus subversif quand il émane du quotidien, qu’il n’est pas qu’un spectacle de foire. Le gonzo de base ne sert pas le porno, bien au contraire, il l’enferme dans une imagerie glauque. Il est bien plus subversif à mon sens – et vous savez comme moi que la fonction première de l’Art est d’être subversif - de mettre en scène des films pornos qui véhiculent un discours sur le sexe, comme « Eloge de la chair », que de se contenter de filmer des bites enfilant des culs. Mon travail est politique. Et hier soir je crois qu’ « Eloge » a pas mal scotché les gens. Bon, maintenant ils sont réveillés. Anastasia a toujours son problème aux ovaires, je ne suis pas sûr de pouvoir faire une scène avec elle. Ça ne m’atteint pas plus que ça. Si elle ne peut pas, on fera autre chose ; je ferai une scène avec une autre fille - et Ramon, vu qu’il est venu pour trois scènes et qu’il repart ce soir.


Lundi 10 avril 2006. 10H05.

Pas écrit hier soir. Trop drogué aux nanas. Au shit aussi, et au whisky. Jack qui picole de la bière avec les filles jusqu’à pas d’heure. Conversation à batons rompues avec Anastasia, Elly et Angie, dans un mélange d’anglais, de français, de tchèque, de roumain et d’espagnol. Marrant. Les filles sont sympa. Anastasia est une bombe ; on a bien sympathisé. Elle a beaucoup aimé mon film. Elle m’a fait une scène d’anthologie avec Andrea et Ramon. Dans la salle de bain, du pur gonzo sauvage, mais sans anal ni DP, et avec préservatif - comme quoi on peut faire du sexe sauvage sans en rajouter dans l’excès. Des baffes, oui : vous verriez la fesse de la petite, c’est incroyable, Ramon lui a flanqué des claques – beaucoup de bruit mais pas de bobo -, et Anastasia a une peau qui marque beaucoup. Elle est toute petite avec un cul du tonnerre (je me répète, sorry), ce que je lui ai dit quand on faisait le girl/girl sur le plage avec Elly. On a eu de la chance, il faisait beau. Le site était pas mal. Mais je manque un peu d’inspiration pour ces trucs-là. A part les changements de maillot, je vois pas bien ce que je peux faire. Après le temps s’est couvert, juste au moment où on partait. On est rentré à la maison vers 15H00 ; j’ai décidé de faire la scène à trois dans la salle de bain, en démarrant par du lesbien, avec Elly qui se barre quand les mecs rappliquent. Avant ça, Anastasia a eu droit à une douche de lait. Le problème c’est que la cabine de douche était très sombre ; l’image est carrément trash. Mais je pourrai toujours balancer des flashes pendant la scène hard. La scène était sauvage ; dès le début, je me suis dit : « Putain, c’est la Tiffany Hopkins espagnole ! » Mais en fait c’est différent ; Anastasia se donne totalement, c’est une sauvageonne, une sorcière – elle me fait penser à l’apparition dans « the Ring », avec ses longs cheveux noirs et la tunique en coton blanche qu’elle porte ce matin. En plus elle est authentiquement gentille. Il y a eu un vrai feeling avec les mecs, ce qui est essentiel pour la réussite d’une scène. On a parlé d’orgasme hier soir. J’étais avec les trois nanas, Eric et Phil faisaient de la X-BOX, Terri, Andrea et Ramon étaient partis – Ramon a terminé, il rentrait sur Barcelone ; Andrea et Terri l’ont ramené à l’aéroport avant de rentrer chez eux, ils habitent Sant Antoni. Donc on s’est mis à discuter porno, scènes, pourquoi elles faisaient ça, etc. Anastasia, ça lui arrive d’avoir un orgasme – selon elle, elle en aurait eu plusieurs pendant la scène avec Andrea et Ramon. En filmant, je n’en ai pas eu l’impression tant c’était joué. Mais elle dit oublier tout quand elle tourne. On a convenu de réaliser une petite interview ce matin.

13H07.

C’est fait, je veux dire, l’interview. Rien appris de plus, mais Anastasia est vraiment une nana sympa. Elles le sont toutes, en fait. Il y a une très bonne ambiance et j’arrive à mettre les filles à l’aise, je crois, ce qui est indispensable, et qui me fait penser à nouveau que le clash avec Helena sur « Eloge » fut vraiment une erreur de parcours. En revanche j’étais fait pour travailler avec Anastasia, ce que je lui ai dit ; elle m’a avoué préférer jouer dans des vrais films plutôt que des gonzo, parce qu’elle aime interpréter. J’en reviens donc à mon cheval de bataille : le porno est réussi dès lors qu’il y a de l’interprétation. Les meilleures actrices, qui sont ce que j’appelle les guerrières, sont celles qui aiment jouer un rôle, c’est avec elles que mon boulot prend tout son sens. Pour en revenir à cet histoire d’orgasme, j’ai demandé à Elly si elle m’en offrirait un, elle a dit oui, je lui ai laissé le choix du moment. J’espère que ça marchera, qu’elle me donnera ce que je suis venu chercher. En interview, Elly m’a dit qu’elle se donnait du plaisir toute seule, quand elle n’avait pas de boy-friend sous la main - comme la majorité des filles je suppose. À filmer ça représente le stade ultime de l’intimité. Ce matin, on a fait un girl/girl Angie/Salma. Salma, sous ses airs un peu femme de ménage, a un corps très intéressant à filmer. De très beaux seins, des formes appétissantes, de longs cheveux noirs. Ça va bien se passser. L’autre nana qui est arrivée c’est une petite blonde appelée Sara, qui m’a tout de suite plu avec ses airs de camionneur, épaules larges, tête rentrée, moue à la garçonne. De jolis yeux, une belle bouche et une poitrine honorable apparemment. Elle aura une scène avec Andrea en fin de journée. Mais avant ça, le trio Phil/Sireli/Anastasia, avec Sireli en teen-age (heureusement qu’elle plait à Phil, parce que moi je la trouve vraiment pas terrible). Je les ferai démarrer tous les deux et Anastasia viendra foutre le bordel là-dedans. Super. Si t’as les filles de ton côté, la moitié du chemin est fait. Le reste c’est de la mise en scène. Mon boulot, quoi.

20H44.

OK, journée terminée. J’ai fini avec la scène Andrea/Sara. Lumière du soir, très belle. Sara est très très photogénique, de visage en tout cas. C’est une fille des rues, ce que j’appelle une Chunca, une nana de la cité. Elle bouge comme un mec, cou dans les épaules, moue à la garçonne. Un visage magnifique, qui prend bien la lumière, expressif. Selon Terri, idéal à maquiller. La scène sera limite en lumière. Juste une bande de soleil sur la table en terrasse. Avec Andrea les scènes se déroulent vite ; pas de problème d’érection, il manipule la fille comme il faut, on enchaîne les positions. Sara aime bien la caméra, elle la cherchait, alors je lui ai dit de la regarder franchement plutôt que de façon furtive – autant y aller carrément, ça fera un truc différent. Sara a un très beau visage, original – j’espère qu’elle fait de la boxe, je voudrais faire ça demain avec elle, qu’elle boxe la caméra. Je suis ici avec mon cœur. Je le sais. Je travaille avec mon cœur. Ça m’avait vraiment touché que Tiffany dise ça dans l’interview pour Hot Video, qu’elle ait compris ça. Je sais que j’aime ces filles, sans même les connaître. L’ambiance est excellente. Je pense que c’est dû à la configuration, au fait que je connaisse bien Terri et Andrea, qui sont des amis - mais Andrea pense que c’est grâce à la X-BOX : quand ils jouent, les mecs n’enquiquinent pas les filles, et du coup l’ambiance est paisible. Avant j’avais fait le trio Anastasia/Phil/Sireli. J’ai un problème avec Sireli : je la trouve moche. Phil m’avait dit que ça irait, mais je suis sûr qu’il s’est inventé des trucs dans sa tête pour pouvoir la niquer. La scène fut OK, j’ai tout centré sur Anastasia – elle a joué une initiatrice. Anastasia a toujours voulu être comédienne. Beaucoup d’actrices porno se considèrent comme telles - et elles ont raison.

00H54.

Les mecs sont toujours en train de jouer. Les filles sont allées se coucher. Les mecs fument des joints. Les filles ont bu des bières. Elles discutaient dans la cuisine et je suis allé les rejoindre après avoir raccompagné Anastasia à l’aéroport où elle prenait son avion pour Barcelone. Ça s’est passé très vite. Au revoir, elle est partie en courant. C’est moi qui conduisait parce qu’Andrea s’est fait retirer son permis à cause d’un excès de vitesse à moto. Dans la cuisine, Salma nous a raconté son épopée avec Otto Braun et sa compagne aux cheveux rouges, celle qui accepte de se faire enfoncer une batte de baseball dans le cul - elle se shoote avec un médicament euphorisant. Salma a refusé de faire ce genre de truc ; elle s’est barrée vite fait. Terri a un rapport très sain au porno et à vrai dire elle est réellement respectée par toutes les filles. Je pense d’ailleurs que l’ambaince est aussi bonne parce que c’est une fille – Terri – qui gère les autres filles, le planning, le make-up, etc. Ça les met en confiance. Et puis avec son ventre rond ça crée une ambiance familiale. Cela dit, moi aussi j’ai un rapport plutôt sain avec les filles. Là où j’en suis c’est que demain (enfin, aujourd’hui) je tourne une scène Andrea/Salma, et lorsqu’il fera nuit, ma fameuse scène autour de la piscine comme dans « Eloge de la chair » avec deux filles et un mec – Sara, Salma et Phil. J’aimerais tant réussir le truc. Il faut que je trouve l’idée. Je dois faire aussi un girl/girl. Bon, je vais me coucher.


Mercredi 12 avril 2006. 02H22.

Bon, il est tard, je m’en aperçois. La réussite de la scène est une question d’énergie. Je veux dure que mon boulot consiste à capter l’énergie sexuelle de la scène, à travers son expression. L’énergie, elle était lisible sur le visage de Sara. En fait mon boulot c’est de mettre en place les conditions requises à la manifestation de cette énergie. Mais la lumière y est aussi pour quelque chose. Ce soir on avait installé deux HMI de côté, et une blonde pleine face, un peu de biais. Tout ça balancé au bout de la piscine, sur deux matelas avec des coussins dessus. Et la scène a été géniale. -18db de gain. Risque énorme. Mais bon, c’était vraiment super. L’image était magnifique. Les corps flamboyaient. Ils irradiaient. Ils étaient en feu. J’ai fait des plans de dingue. Le visage de Sara a été mon fil conducteur. Et c’est marrant parce qu’à un moment donné, Salma a dit en espagnol et Phil m’a traduit qu’elle avait l’impression d’être coincée entre Sara et Phil, et c’est vrai que le courant passait bien entre ces deux-là. Sara plaisait à Phil, et c’était réciproque. Sara peut avoir des expressions de chienne, et elle a une bouche magnifique, je pourrais même dire parfaite – mais attention, il ne faut pas la faire sourire, sa moue boudeuse est bien plus érotique. Phil prétend que nous avons les mêmes goûts en matière de fille lui et moi, mais c’est inexact parce qu’à Tenerife il préférait l’autre Hongroise à Katy Caro. Mais bon. La scène fut géniale. J’ai pris un pied dingue. Eric est venu faire les photos juste avant l’éjac et ça m’a fait un peu redescendre, j’ai perdu ma concentration alors je suis moins content de l’éjac. Je me dois de préciser quand même par égard pour Sara, Salma et Phil, que je leur ai fait faire une scène dehors dans le froid. Il avait fait un temps dégueulasse toute la journée. Plus tôt dans l’après-midi – nos journées ici sont bizarres, on met du temps à démarrer et je ne sais jamais quelle heure il est – j’ai tourné une scène avec Salma et Andrea dans le salon qui s’est plutôt bien passée. Manifestement je fais du gonzo comme personne n’en fait. C’est des scènes de film que je fais, ou que j’essaye de faire, mais je ressens un manque cruel de concept - et je ne parle même pas d’histoire. Cette histoire d’orgasme c’est de la fiente. Il suffit que la nana soit belle et exprime une émotion, que son interprétation soit juste pour que ça marche. Ici je ne crée rien, j’essaye seulement de capter quelque chose d’authentique dans l’instant – j’ai moins le sentiment de le provoquer que dans un film scénarisé. Ça me donne un sentiment de fustration. Mais cependant, la seule chose qui compte - et là le gonzo est décisif -, c’est le cadre : il ne reste plus que le cadre. Ce qui fait que ça me plait malgré tout. Par exemple, Salma m’a joué un orgasme parfait toute seule sans partenaire, en faisant semblant qu’Andrea soit sur son dos en train de la baiser ; en fait il s’était barré parce qu’il était épuisé. Andrea en a marre. Andrea veut arrêter. Il dit que c’est sa dernière scène. Jack Tyler aura fimé la dernière scène d’Andrea Moranty. Il veut réaliser ; il voudrait que je cadre ses films. Why not ? Si ça se fait. Donc il y a eu cette scène avec Salma. J’avais mis un peu de lumière - c’était bouché dehors, j’ai tourné dans le salon et vu que j’avais les projos j’en ai profité. Ça a été. Après la scène de nuit – avant ça on avait mangé, fait un set photo (Eric est très exigeant là-dessus et il a raison, ça me va très bien) – je sais même plus combien on a fait de positions – on a bu des bières et du whisky, on a discuté du porno. Du fait que je fasse des trucs totalement différent de ce qui se fait. De la possibilité que je sois un escroc. Est-ce que je crée réellement ou est-ce que je ne fais qu’enregistrer un événement ? Tout est là. Il n’en demeure pas moins, nous l’avons tous convenu, que le porno est un territoire vierge. Absolument. Tout reste à faire en matière artistique. J’apporte une dimension éthique et esthétique au porno, c’est indéniable. En revanche, est-ce nécessaire ? Je veux dire, est-ce que c’est utile ? Est-ce qu’on attend ça du porno ? Je n’en a aucune idée. Mais si le porno est un genre cinématographique à part entière, je pense qu’on est en droit d’en attendre ça. Tiens, par rapport à l’enregistrement d’une réalité, d’un évènement, ce matin j’ai fait la scène avec Elly. La fameuse scène de vrai orgasme qu’elle m’avait promis – que je paierai, bien sûr, au tarif habituel d’une masturbation hard : autrement dit, l’orgasme ne coûte pas plus cher. Et effectivement Elly a eu un orgasme. Mais, et alors ? Elle aurait pu tout aussi bien le jouer. C’est vrai que je l’ai senti, ça devenait plus anarchique, plus de tension, il y a eu une réelle montée en puissance, quelque chose qui gonflait, mais j’étais conscient en la filmant qu’elle allait le faire, vu que nous l’avions convenu – donc c’était un peu faussé. Les conditions étaient bonnes, Terri l’avait super bien maquillée, elle était ravissante, très classe dans sa robe noire, elle s’est assise dans un fauteuil design à côté d’une fenêtre avec derrière elle une bibliothèque, baignée dans une belle lumière. Et elle s’est masturbée. C’était chouette et intense, ça n’a pas duré très longtemps, mais ce qui s’est passé, curieusement, c’est que de la condensation est apparue sur l’objectif à la fin de la scène, au moment de l’orgasme, comme si l’objectif était affecté par ce qui se passait, comme un stigmate de toute cette énergie sexuelle. Curieux, non ? Toujours est-il que j’ai eu cet orgasme, et que ça ne fait pas tellement de différence, dès lors que les filles sont de bonnes interprètes ; et si je l’ai obtenu, si Elly me l’a donné, cet orgasme, c’est parce qu’elle l’a bien voulu. Donc on en revient au fait qu’il est préférable d’avoir les filles dans sa poche. En revanche, Sireli, je me fiche pas mal de l’avoir dans ma poche. Cette pauvrette est pathétique. Elle ne sait pas bouger, elle est moche et triste, insipide, avec une peau tellement pâle qu’elle en est infilmable – surtout avec Anastasia dans la même scène, qui a une peau hâlée. Avoir des belles filles, c’est le minimum - surtout pour l’érotique. Sireli, c’est de la merde que j’ai fait avec elle. Je ne sais pas comment je vais m’en sortir. Et demain au programme j’ai son girl/girl avec Sara. Je la ferai trainer en laisse par Sara. Voilà ce que je vais faire. Tout à l’heure, Andrea me disait que les mecs après les scènes ils ne veulent plus voir les meufs, parce que Sara tournait autour de Phil et qu’il est allé se coucher.

11H44.

Dernier jour de tournage. Le plus difficile est de rester motivé – ce que j’ai fait hier soir ressemblait à une apothéose. Rester motivé avec que du soft à faire, c’est difficile. Surtout que l’érotique est beaucoup plus difficile à réussir que le hard ; l’érotique ne souffre aucun défaut ; il est indispensable d’avoir des filles canon (ce qu’elles ne sont pas toutes sur ce tournage), un beau décor, du stylisme chiadé, un peu de lumière. Ça ne suffit pas de mettre une fille dans une salle de bain et de la faire se déshabiller en regardant la caméra, oh que non. Mais les producteurs ne comprennent pas ça. L’érotique et le porno sont deux choses différentes, j’en suis sûr. C’est pour ça que je ne suis pas très satisfait de ce que j’ai fait en érotique, à part avec quelques filles - Elly par exemple, ou Anastasia. Mais j’en ai fait tellement aussi, de l’érotique, que je suis un peu blasé. Ce que j’ai fait ici n’avait rien de bien nouveau par rapport à ce que j’ai pu faire avant, si ce n’est que j’ai eu moins de moyens, des filles moins glamour, et nada en stylisme. Les meufs, elles ramènent trois robes pourries et basta. Même pas de lingerie, ni de dentelle, que dalle. Qu’est-ce que vous voulez faire avec ça ? En plus le soft est bien moins payé que le hard, alors ça complique tout. Imaginez-vous que Sireli, à qui je vais faire faire une anale, parce que j’ai besoin de ça pour me motiver – Sireli est trop naze à filmer, et je me dégoûte d’avoir ce genre de pensée, mais il faut que j’avance -, et bien elle aura gagné sur ce tournage plus d’argent qu’Anastasia qui est une super comédienne et m’a gratifié d’une scène d’anthologie. Alors que Sireli… Trop naze cette fille. Et puis elle parle pas un mot d’anglais, alors pour créer une situation, faut s’accrocher. Donc j’opte pour le viol. J’ai dit à Terri que je n’avais pas réussi à trouver une batte de baseball au village d’â côté (allusion à Otto Bauer et sa meuf qui se met tout et n’importe quoi dans le cul), mais Sireli aura droit à une bite dans le cul – celle de Phil. Ce qui fait qu’au bout du compte elle touchera plus d’argent qu’Anastasia. Vous imaginez ? Sireli est toute naze, c’est une débutante, elle bouge mal, elle est pas sexy, elle a rien pour elle, et sous prétexte qu’elle se fait enculer elle prend plus d’argent qu’une super bombasse comme Anastasia qui fait des scènes qui dépotent grave. Je ne comprends pas. C’est n’importe quoi. Donc Sireli va se faire violer par Phil. Je tournerai une petite explication avant la scène, comme ça les gens sauront que c’est pas pour du vrai – si besoin était de le préciser. Tout à l’heure j’étais retourné en ville (au village en fait) avec Sara – comme hier matin -, nous avons fait quelques courses au supermarché, puis pris un verre ; Sara est gentille - même si nous n’échangeons pas un mot. Avant ça nous avions déposé Elly au taxi qui la reconduirait à l’aéroport. Je pense qu’elle a bien apprecié travailler pour moi, mais je sais aussi que ces filles font tout pour se vendre, alors faire la causette avec le réalisateur, c’est le minimum. Mais bon, elle m’aura permis de filmer un vrai orgasme. Le problème de ce métier, c’est aussi la façon dont on rétribue les filles : elles sont payées à la scène, et non en fonction du travail qu’on leur demande, ou de leur côte. C’est comme si on payait Depardieu au même tarif qu’un débutant – cela dit, quelle idée d’aller engager Depardieu, il ne vaut plus un clou depuis longtemps. C’est con. Les filles devraient être payées à la journée et non pas à la scène ; tout ce qu’elles auraient à faire serait précisé et tarifé et on arriverait à un forfait journalier, sans mettre d’échelle de valeur selon la prestation – sexuelle, comédie ou érotique. Et elles seraient enfin considérées comme des comédiennes - ce qu’elles sont. La scène de la nuit dernière en a été encore une fois la démonstration : les filles ont interprété de la baise, c’est bêtement ça. Ce sera une scène d’éclate pur ; le sexe comme principe de vie, de la défonce sexuelle, point barre. Et franchement, qu’y a t-il de mal à ça ? Maintenant ça ne suffit pas à faire un film. L’intensité des scènes est là, mais le lien manque. Le lien passe forcément par le récit, ou bien un concept fort. Mais le concept dans le gonzo ça va rarement plus loin que des meufs avec un plug dans le cul en ouverture de film, pour montrer qu’elles sont prêtes à se faire enculer, ou bien ces films en caméra subjective où le cadreur se tape les nanas. Super. Le degré zéro de l’intelligence, et il y a un public pour ça, nombreux et frétillant de la queue. A moins que ce soit le gonzo qui crée son propre public. L’être humain est capable d’aller très loin dans l’abjection, nous le savons tous. Et les premiers à s’offusquer du porno sont peut-être ceux-là même qui prennent du plaisir sur des dilatations anales et des tartes dans la gueule.


Jeudi 13 avril 2006 – 09H38

Voilà, c’est fini, tout le monde est parti. Phil et moi sommes restés seuls dans la maison cette nuit. Nous avons ramené Sara et Sireli (the last girls) à l’aéroport. Bonne galoche entre Phil et Sara que j’ai filmé. C’est curieux, je n’éprouve aucunement le spleen d’après tournage, comme lorsque je m’étais effondré dans ma chambre de l’Ibis Hotel après les Canaries. Juste le soulagement que ce soit terminé et de pouvoir rentrer chez moi. La curiosité aussi de voir les rushes – surtout que j’ai très souvent shooté quasi à l’aveuglette à cause du putain de soleil -, et une certaine fébrilité à la perspective d’entamer le montage. J’ai très très peur pour l’érotique, je ne sais vraiment pas ce que je vais bien pouvoir construire. Ce sera tellement inégal, avec parfois des risques insensés au niveau du cadre et de la lumière, mais bon, j’userai de ralentis, de filtres. L’érotique, y’a pas à chier, il faut des meufs super canon, de beaux décors, du stylisme chiadé, sinon ça ne tient pas la route. L’idéal, comme le disait Eric, c’est de partir à Prague ou à Budapest et de passer deux jours à faire du casting. Tu sélectionnes les filles, et après tu tournes. Mais au moins tu les vois, tu sais ce qu’elles dégagent, tu peux construire quelque chose. Le casting à distance c’est la merde. Et moi, sans belles filles, je suis bon à rien. Le hard c’est différent : quand une fille est pas terrible, tu mises sur la violence de la scène, le côté outré. Le hard, je ne pense pas l’avoir trop mal réussi dans l’ensemble. La scène de viol d’hier, j’en suis content. J’ai fait ça dehors, et le temps changeait tout le temps, du coup y’aura mes réglages de diaph en direct, ce qui rajoutera au côté reportage. Le viol n’est pas annoncé comme je comptais le faire, mais c’est à la fin que le truc se dévoile : la petite Sara se pointe et dit : « Ola cabrones ! Come esta ? » et elle branle Phil qui jouit sur le visage de Sireli. En fait, elle s’était pointée pendant qu’on tournait, et je l’avais vu arriver, alors je l’ai integré vite fait bien fait, ça l’a amusé. Sara, ce qui la fait kiffer, c’est de regarder la caméra. Bref, on comprend à la fin de la scène que tout le monde est copain, qu’il s’agissait d’un petit jeu sexuel. Cette fin de séquence sera marrante et pourrait bien clore un des deux gonzo ; on aperçoit même Terri qui débarque pour faire une photo. Eric était parti – il s’est même démerdé pour louper son vol, il a dû prendre celui d’après -, alors c’est Terri qui a fait les photos de la journée. J’ai fait un girl/girl avec les deux filles, Sara était en SM, ça a bien marché. Bon sang, elle a une putain de petite gueule cette fille. Et elle est sympa. Avec Phil le courant est très bien passé, elle lui tournait autour, comme Angie en début de semaine. Phil plait aux nanas, mais il ne consomme pas sur les tournages – ça relèverait pour lui de la faute professionnelle. Son problème est ailleurs : Phil se doit de baiser toutes les filles qui passent à sa portée, chez lui c’est maladif, et malheureusement le porno ne résoud rien, parce que tu ne les niques pas vraiment. Le porno c’est de la fausse nique, comme me l’auront confirmé aussi la plupart des nanas. Salma a du prendre son pied deux fois depuis qu’elle fait ce métier. La motivation des mecs, c’est de se taper des canons, des filles qu’ils auraient peu de chance de baiser dans leur vie privée. Mais hardeur est un vrai métier. Les nanas se motivent autrement : le rapport à la caméra (comme Salma ou Sara), l’argent comme les Hongroises en général, la performance sexuelle comme Anastasia. Les filles ne sont pas là pour jouir ; il leur faut être relaxée totalement pour avoir un orgasme ; et sur un tournage cette détente est impossible : trop de contraintes, de stress, de gens autour. Enfin, pas trop sur mes tournages, certes, mais bon, les conditions ne sont tout de même pas réunies. Sans doute que si on droguait systématiquement les nanas, elles se détendraient suffisamment pour grimper aux rideaux – comme Audrey Hollander et sa batte de baseball dans le cul. C’est probablement ce que font les pires salauds de ce métier –avec des pétasses consentantes. Et on en vient aux dilatations anales, aux fist-fuck, aux doubles vaginales et à toute cette merde. Cela dit, peut-être que ça représente un fantasme féminin que de se faire déchirer. Les Américaines font ça très bien ; Phil veut absolument que je l’y emmène si par miracle j’avais l’opportunité d’aller y bosser – ce qui fait partie de mes objectifs. Le porno n’est pas assumé en France, et ça me gave. Le pire c’est que ce statu quo satisfait tout le monde : ça permet aux réalisateurs de rester des tâcherons sans ambition et aux producteurs des gagne-petits en continuant à fabriquer des produits ineptes, datés, sans aucune recherche. Quant aux hardeuses, elles peuvent continuer à prendre de la coke, à râler quand on leur demande un peu de comédie, et à se faire payer à la scène et non pas à la journée comme n’importe quelle comédienne. Mais apparemment, dans l’esprit des gens, ceux qui sont dans ce métier comme ceux qui n’en font pas partie, porno et ambition artistique n’ont rien à faire ensemble. Phil pense que je me gourre sur le fameux public féminin – celui auquel j’aimerais m’adresser, que j’aimerais séduire. C’est selon lui un fantasme. Il pense que les filles ne s’intéressent pas à la représentation de la sexualité ; les filles sont ailleurs, elles rêvent de princes charmants. En revanche, ça n’empêche absolument pas de tirer le porno vers le haut, de raconter des histoires qui tiennent la route, avec des comédiens justes, et de dessiner une représentation de la sexualité contemporaine. C’est là-dedans qu’il veut travailler, comme moi. On s’entend très bien ; Phil se lance dans la réalisation et c’est tant mieux. On lui a souvent proposé de réaliser du gonzo, mais il a toujours refusé. Son cheval de bataille, c’est d’arriver à changer l’image du porno en France, en faisant de vrais films. Il est convaincu que quelque chose est en train de se passer, que tous les médiocres disparaitront. Je suis loin d’être de son avis ; je pense au contraire que nous défendons un bastion bien isolé et qu’ils sont nombreux les gens à souhaiter que l’on dégage – en ce qui me concerne en tout cas. Mais le porno ne sauve pas Phil ; je pense qu’il se lassera peu à peu d’être comédien. En tout cas être hardeur n’a pas arrangé son problème. Dès lors qu’il possède une fille, qu’il a obtenu ce qu’il voulait – la draguer, la séduire, la niquer -, il ne s’intéresse plus à elle. Ce doit être horrible. Déjà lors de « Propriété privée » il m’avait parlé de ça. Il dit qu’à trente-cinq ans s’il n’a pas changé il fera une analyse. Je ne lui ai pas dit ce que je pensais des psys ; j’espère qu’il s’en sortira sans. Quant à ce que moi je suis venu chercher ici, je n’en sais rien. De l’émotion, mais j’en ai eu mucho moins que sur « Eloge ». L’histoire reste pour moi essentielle, incontournable ; c’est par elle que je m’investis dans des personnages, que je fais naitre de l’émotion, que je me jette dans la mise en scène. Ici j’ai enregistré des ébats. Alors parfois, grâce au visage d’une fille, à la lumière, à certains cadrages, à l’énergie dégagée par les filles et les mecs, j’arrive à ressentir quelque chose, mais dans l’ensemble non. Que retiendrai-je ? Le visage de Sara ? La masturbation d’Elly ? Les prouesses d’Anastasia ? Pas grand chose finalement. Ce qui me laisse aujourd’hui dans un état de sérennité étonnant. Je n’ai pas été le moins du monde perturbé par ce que j’ai filmé ici. Le gonzo est pour moi bien plus inoffensif qu’un vrai film – encore un paradoxe. Ce qui revient à dire que le sexe dans le porno n’est pas réel - or c’est la vérité de l’acte sexuel que je traque depuis le commencement, et cette vérité je ne peux finalement l’atteindre qu’en en donnant une interprétation via une histoire et des relations entre des personnages, via la mise en scène. Cet état de fait, j’ai parfois réussi à l’intégrer dans le filmage. Grâce notamment à tous ces putains de regard caméra que les filles m’ont balancé ouvertement pendant les scènes – Salma, Sara. Grâce au côté reportage quand je laissais tourner la caméra pendant les changements de positions ou l’enfilage des capotes, ou quand les mecs se branlent pour redurcir. Donc inutile de fantasmer sur l’orgasme féminin – à moins de charger les actrices en substances euphorisantes. Ou alors dans le cas d’une masturbation : une fille, une chambre d’hôtel, moi. Là ça peut se produire, comme ça s’est passé avec Elly. Mais lors d’une scène, c’est très rare, et je pense impossible à obtenir volontairement ; c’est toujours le fruit de circonstances favortables et imprévisibles : une fille disponible, un garçon qui lui plait, le courant qui passe, une caméra discrète. Dès qu’il y a technique, ça se barre en couilles. La fille ne fait pas monter son plaisir. Voilà pourquoi elles basculent leur attention sur la caméra – Sara -, ou sur leur propre prestation – Anastasia - ; du pur narcissime féminin. Phil va loin dans la critique des femmes – et il n’a pas tort - ; selon lui il n’y a rien de pire qu’une belle fille qui se plaint. Elle mériterait des baffes. Pour lui, être belle est un cadeau du ciel, et les jolies filles devraient témoigner une reconnaissance de chaque instant et en contrepartie accepter d’être un objet de désir pour les mecs, de se faire draguer. Celles qui se lamentent de se faire brancher méritent le mépris. Alors les jolies filles qui se lancent dans la porno, on devrait les bénir : elles nous offrent leur beauté. Et toute cette violence physique à l’encontre des nanas dans le gonzo outrancier, notamment américain, ça sert à compenser la frustration des mecs ; par procuration, les hardeurs font aux filles ce que le frustré de base aimerait lui faire : la dérouiller parce qu’il ne pourra jamais la baiser ; elle se refusera à lui parce qu’il est moche, stupide et pauvre. Les hommes se servent du porno pour se venger des femmes. La question étant : était-ce sa fonction première, de permettre aux hommes de prendre leur revanche, ou bien le porno a t-il été détourné ? A moins d’être beau comme un Dieu et milliardaire, on ne peut pas mettre qui on veut dans son lit. Le porno est un champ de bataille, un espace où se livre le plus âpre des combats entre les deux sexes. Le porno parle de domination, de contrôle, de guerre. Ce combat, j’en fais partie à ma manière, un peu comme le Joker (Matthew Modine) de « Full Metal Jacket » : je reconnais la connerie et la bassesse inhérentes à tout ça, mais je ne peux rien y faire – au pire je trahirais mon propre camp. Sara, je m’amusais à l’appeler mucha bella, ce qui agaçait Andrea - une atteinte à sa langue. Mais bon, c’est ce qu’elle m’inspirait : mucha bella. Bientôt le propriétaire de la maison viendra faire le tour des lieux – impeccables – et me rendre la caution. Le mec est plutôt sympa, la soixantaine, professeur d’Art allemand installé sur l’île. La maison est pleine de bouquins d’Art. Ensuite nous rejoindrons Terri et Andrea chez eux – ils nous hébergent jusqu’à demain. Je pense qu’avec Phil nous irons nous balader. Il serait bon que je prenne quelques images d’Ibiza, histoire de justifier le déplacement – même si on a fait des scènes à la plage. Je connais les producteurs : ils veulent voir où est allé leur argent, ça ne va pas plus loin que ça. Avant, je ferai les comptes avec Terri. Je ne sais pas du tout où j’en suis. J’ai dépassé un peu je crois. Mais bon, j’ai abandonné l’espoir de gagner correctement ma vie dans le cul – ou alors il faudrait enchainer les gros films. Vivement l’hiver prochain que je rebosse pour Max – faire le film sur le rock qui me tient tant à coeur mais qu’il faut que j’écrive - ; et avant ça peut-être « le démon » avec Colmax, mais pour ça faudra qu’ils lâchent un peu de blé – et pas question que je produise moi et que je me fasse payer des clopinettes. « Le démon » a l’aval d’Henri, si Colmax ne se lance pas, je le proposerai à Max, et roule ma poule. Mais avant ça, finir ces quatre films. Putain, comment je vais faire pour la musique ? Il va m’en falloir des tartines, et j’en ai marre de réutiliser toujours les même trucs. Je ne les ai pas compté, mais sur ce tournage on a du consommer une quarantaine de capotes. Voilà un truc que je ne m’explique pas : pourquoi les films porno ne sont-ils pas sponsorisés par des marques de préservatifs ? Ce métier c’est vraiment n’importe quoi. Même les marques de lingerie, elles devraient participer. Et à terme on ferait niquer des mannequins, des stars de cinéma et on sortirait les films en salles. Saviez-vous qu’en France le taux d’imposition du porno se monte à 66% ? Même Julien Le Pers ne doit pas être au courant. Et après ça étonnez-vous qu’on enfonce des battes de baseball dans le cul des filles.


Vendredi 14 avril 2006. 16H25.

Nous survolons les Pyrénées. Le vol est direct, il y a seulement dix passagers dans l’appareil. Les deux hôtesses de l’air – une blonde, une brune - sont ravissantes mais très mal fagotées dans leurs uniformes d’Iberia ; elles se ressemblent, on dirait deux soeurs. On a quitté l’appartement à 13H00 ; Andrea dormait toujours, il s’est extirpé du lit pour nous dire au revoir depuis le balcon, alors qu’on mettait les bagages dans le coffre de la voiture. Hier soir on est resté un long moment sur son balcon à fumer des joints en discutant. C’est là qu’Andrea m’a expliqué pourquoi il voulait arrêter ce métier. Terri est une fille dure, elle encaisse, mais là, avec le bébé, c’est too much, il n’en peut plus. Peur des saloperies aussi, de l’hépatite. C’est là qu’il m’a dit qu’être hardeur c’est comme être soldat. La fameuse métaphore guerrière que j’avais utilisé sur les filles. Andrea va à la guerre. Et à chaque fois qu’il part au combat il s’efforce d’en rapporter le plus possible de médailles. Mais c’est pas compatible avec l’amour, la vie de couple. Phil faisait de la X-BOX dans la chambre. Andrea est allé embrasser Terri. Après on est sorti bouffer et ils sont restés. A la rigueur j’aurais pu me faire un plan call-girl, mais bon, c’est pas très sérieux. Avec Phil on était chauds pour ça, mais finalement on est juste allé manger un morceau au restau d’à côté ; Terri et Andrea sont restés à pantoufler – on lui a ramené une pizza. Ils habitent un appartement qui donne sur la mer, avec une piscine dans la résidence ; c’est tranquille. Quand Terri aura son bébé, ils iront vivre à Valence. Terri m’a filé l’adresse e-mail de Taylor Rain ; figurez-vous qu’elle a arrêté de jouer, qu’elle s’est mariée et se consacre à produire et réaliser. Et elle cherche des réalisateurs. C’est une petite annonce que Taylor avait mis sur un site, et que Terri a vu. Je peux la contacter de sa part ; elles ne se sont jamais rencontré, mais Terri est very famous outre-atlantique. Taylor c’est mon phare dans la brume. Phil connaît à Prague un club où tu niques des nanas avec des caméras de videosurveillance partout et les images sont diffusées sur le net. Quant tu entres, tu signes une décharge autorisant la diffusion de ton image sur le net. Les hôtesses sont sous contrat, du coup tu ne les paies pas ; tu paies ton entrée dans la boite, tu mates les filles qui se présentent ; tu choisis ta dulcinée et tu vas niquer dans une piaule. J’imagine que quand tu vas sur le site – payant forcément – tu peux zapper d’une chambre à l’autre. Terri m’expliquait qu’une fois il est arrivé à une fille de faire escort, elle ne devait faire que du lesbien avec une autre nana. 5000€ chacune. La seconde fille devait se taper le mec pendant qu’elle se masturbait. Il les a emmenée faire du shopping l’après-midi, puis diner dans un grand restaurant où les menus des filles ne comportaient pas les prix, puis la soirée dans une suite d’hôtel. Le client avait trop bu ; il a planté le truc au beau milieu. Elles se sont donc faites offrir des fringues et inviter au restau pour 5000 € chacune. Le mec était un dignitaire Africain ; probablement que l’argent venait des caisses de son pays et qu’il aurait pu servir à nourrir un village, ou à construire une école. L’argent rend dingue, c’est clair. Quand ils étaient aux Etats-Unis, Andrea et Terri s’en sont mis plein les fouilles. Mais à quel prix ? Tiffany y était au même moment et Andrea l’a vue en larmes après une journée à se faire enfiler par des black. 1000 € la scène, si tu mets de côté, c’est bien ; mais si tu claques tout, il ne te reste plus que les yeux pour pleurer. Même Andrea a fini par être dégoûté – et moi aussi quand ils nous a raconté le truc – un film de Melissa Lauren – une Française partie là-bas pour faire des trucs de barge - ; elle oblige une fille à s’enfoncer la bite d’Andrea au fond du gosier, la fille vomit, puis Andrea l’encule en lui mettant le vomi dans la gueule et dans le cul. Berk. Melissa Lauren est givrée ; Audrey Hollander peut aller se rhabiller avec sa batte de baseball. En attendant c’est vraiment pas mon truc tout ça. Le porno ressemble parfois à un bizness dégradant qui capte un public avide d’abjections – et non de sensations. Qui sont ces gens qui font ce bizness ? Selon Terri, des gens différents du reste de la population. C’est sa conviction : qu’il faut être différent des autres pour faire ce métier. Elle a probablement raison. Sur un coup de tête, je me suis fait tatouer. On déjeunait, comme ça, tranquilles, hier midi. Tout est fermé à Ibiza parce que c’est férié – Pâques je crois. Et j’ai lâché comme ça, à Andrea : dis donc, tu crois que je pourrais me faire faire un tatouage aujourd’hui ? On n’avait rien à foutre, si ce n’est glander et faire quelques plans en voiture. Andrea a tout de suite appelé son pote (un oncle de Terri) qui tient une boutique de tatouage, et hop c’était réglé. J’ai laissé le mec faire un free-style sur mon épaule avec le mot CHAOS incrusté dedans. Parce qu’un tournage porno c’est du chaos. Et c’est à moi de mettre de l’ordre dans ce chaos. Avec ma caméra. Avec ma tête. Avec mes tripes. Mais filmer une scène de cul n’est intéressant que si elle raconte quelque chose, si elle s’inscrit dans une histoire, exprime des sentiments, témoigne d’une relation entre des personnages. Le gonzo n’apporte rien de cet ordre. Le gonzo est un sous-genre, je ne sais même pas s’il s’agit de cinéma - plutôt de snuff movie. Le snuff movie existe, je viens d’en faire. Sauf que j’ai triché en simulant de vagues situations, ce qui n’a aucun sens et ne me servira qu’à faire un peu de plus de minutage et créer des transitions entre les scènes hard. J’aurais très bien pu démarrer chaque scène par une interview des protagonistes, un peu de pénetrations au gode histoire de préparer la fille, et voilà. Mais j’en suis incapable. Je ne me vois tout simplement pas faire ça, désolé. C’est dommage parce qu’à la base, c’est moi qui voulait en faire, du gonzo. Je pensais que le sexe brut était la clef ; mais en fait non. C’est l’investissement émotionnel de la scène. Voilà ce qui crée la magie.


Jack Tyler