Par Jack Tyler
Le 20 novembre 2005 – 12H00
Je survole l’océan.
Je suis dans un avion à destination des Canaries où je pars tourner un nouveau film, un film X bien sûr. C’est un gros projet, je dispose d’un budget important – à ce qu’on m’a dit le plus important de l’année 2005 -, pour une semaine de tournage aux Canaries et trois jours à Paris début décembre.
Mais ce n’est pas moi qui produis.
C’est un film de commande en quelque sorte, pour Canal+.
Mon film précédent, dont j’ai tenu la chronique il y a plus d’un an, est sorti en DVD en juillet dernier chez Colmax, sous le titre « Propriété privée », et a connu un certain succès. La presse spécialisée en a parlé, notamment Hot Video, qui considère le film comme très réussi et (je cite) « talentueusement réalisé par Jack Tyler ». Ce qui ne veut pas dire grand chose vu le niveau habituel des productions X françaises. Chez Colmax il aiment beaucoup le film, le DVD s’est plutôt bien vendu sur leur site, c’est un bel objet, qui comprend moult bonus : making-off, solos de filles, un montage d’interviews des comédien(nes). Bref, de quoi satisfaire la clientèle. Par ailleurs, Canal+ devrait diffuser le film en juillet 2006, et avant cela il passera sur Canal+ Belgique au mois de janvier prochain. C’est bien, je suis content ; d’un autre côté ça représente quand même un an de boulot pour moi, beaucoup de sacrifices et au bout du compte très peu d’argent en retour (en attendant la diffusion Canal+ qui génèrera un peu de droits d’auteur).
Donc quand Henri G. de Canal+ m’a dit de me mettre en contact avec Max N. car celui-ci cherchait un réalisateur pour un projet ambitieux, j’attendais ça depuis un moment, c’était l’aboutissement logique de mes efforts pour faire mon trou dans le cul (sic). Entretemps mes contacts réitérés avec la maison Dorcel n’avaient rien donné. Je m’entends bien avec eux, mais nous n’avons pas exactement la même approche du X, ni la même vision de la femme en général. Quant à Colmax, même si c’est une maison importante, ils n’avaient pas les moyens de financer un projet – enfin, il semble que ça ait un petit peu changé ; j’espère m’embarquer dans quelque chose avec eux dans la foulée de celui-ci.
Le fait qu’aujourd’hui je sois produit par un producteur indépendant est donc l’aboutissement d’un travail constant et la récompense pour tous les risques que j’ai pris en me lançant dans l’aventure du X la fleur au fusil il y a maintenant deux ans. Max N. a des moyens. Il est le patron d’un des plus gros sites de cul européen. Il dirige une entreprise de quelques dizaines de salariés. Il a en contrat d’exclusivité la plupart des hardeuses françaises qui viennent faire de la webcam chez lui. Il a lancé sur le net un site de téléréalité X où une hardeuse choisit un mec pour passer la soirée ensemble et plus si affinités, tout ça devant des caméras. C’est glauque à souhait mais ça marche du tonnerre,
évidemment. De plus, Max est un type sympa, honnête, qui veut produire du porno exigeant - enfin, disons plutôt du porno gros budget pour Canal. Quand il a vu « Propriété privée », il m’a rappelé tout de suite. Je ne pense pas que l’histoire ait été sa tasse de thé, mais il m’a complimenté sur la mise en scène, la direction d’acteurs, l’image, etc. En un quart d’heure au téléphone, c’était réglé. Ensuite je suis monté à Paris et on s’est retrouvé Max, Henri, Estelle D. (ex-hardeuse reconvertie en bras droit de Max) et votre serviteur dans une brasserie près de la gare de Lyon pour discuter du projet. C’était mi-septembre. Avec Max, on s’est tout de suite mis d’accord sur ma rémunération. Jamais je n’ai été aussi bien traité dans le traditionnel. De plus j’ai carte blanche sur toute la fabrication. Ma seule contrainte étant le casting : Max a en exclusivité une certaine miss K., une mannequin passée dans le X, et qui ne tourne des scènes hard qu’avec son mec. Déjà ça plombe un peu l’ambiance : une nana qui ne tourne qu’avec son mec, tu ne fais pas tout un film là-dessus. Donc j’ai écrit une histoire où ils sont séparés dès le début du film : ils niquent (parce qu’il faut du cul en ouverture pour un film Canal), son mec reçoit un coup de fil, merde il doit rentrer sur Paris. Ensuite, les deux amoureux seront soumis à des tentations chacun de leur côté, elle aux Canaries et lui à Paris. En gros, des gens vont baiser sous leur nez. La question est : cèderont-ils à la tentation ? Ça me ferait gerber que non, je veux dire je trouve ça déplacé de faire de la morale bourgeoise dans un film porno, c’est trop nul. Donc pour moi, ils baisent ailleurs, mais c’est pas montré, juste suggéré. Donc ce sera un film de cul avec des scènes hard ellipsées. Le personnage que j’ai écrit pour miss K. est forcément un peu gnan-gnan, ce qui a fait dire à mon ingénieur du son que ça ressemblait aux nazeries que j’écrivais pour M6 dans le temps. Ce qui ne m’a pas fait spécialement plaisir, mais bon. J’espère me rattraper sur les personnages secondaires : Tiffany qui joue une coquine de première bourre (ô joie !) et me gratifiera de la première double pénétration de ma carrière (et oui ! mais il m’a quand même fallu un mois de réfléxion avant d’intégrer définitivement cette DP à l’histoire, comprendre le personnage, ses motivations, imaginer la mise en scène, etc.) ; Phil jouera un queutard fini, gentil garçon intelligent et sympathique, ex-étudiant en philo qui se tapera une fille de l’Est ; Terri Summers la nouvelle petite amie d’Andrea, une super bombe (allez voir son site, cette fille est à croquer !) jouera une actrice américaine déjantée et nymphomane, et aura deux belles scènes avec Andrea, une où ils se colleront des roustes, une autre en robe de mariée pendant une partouze – et oui, la première partouze aussi de Jack Tyler... Nina devrait faire une apparition non-sexuelle en journaliste trash, et Greg Centauro (l’ex de Clara Morgane) sera aussi de la partie. Voilà pour les grandes lignes. Et à l’instant où je vous parle je suis assis dans l’avion, pas stressé pour un sou, malgré les difficultés à venir : miss K. connaît-elle son texte ? Sera-t-elle à la hauteur ? La villa où l’on va tourner sera-t-elle correcte ? Et le décor parisien conviendra-t-il ? Mais bon,
vous me connaissez, je ne suis pas du genre à angoisser, tant que j’ai des filles jolies et bandantes et une caméra, mon film se fait. Je suis censé monter tout chez moi, mettre de la musique et livrer le produit fini à Max en février. J’avais peur qu’il me demande de venir monter dans sa boite à Sedan (sic) en me collant un monteur dans les pattes, mais non, il me fait totalement confiance. Ce qui fait que je ne change rien à ma façon de fonctionner, hormis le fait que j’ai un ingénieur du son, un vieux pote ravi de pouvoir sortir ses vannes de cul. À mon avis, il les ravalera quand il assistera à sa première scène porno. Moi je ne vous le cache pas, j’ai hâte d’y être. Je n’ai pas tourné de fion depuis août 2004. Je ne vais pas dire que ça m’a manqué, j’ai fait d’autres choses, mais là je reconnais que je suis très excité à l’idée de remettre ça (et je vous jure que ça n’a rien à voir avec la présence de Tiffany dans le casting, elle n’a d’ailleurs qu’une seule scène hard pour cinq jours de tournage) ; et pourtant je n’ai pas beaucoup dormi la nuit dernière, vu qu’on devait enregistrer à Orly à 5H00 ce matin. J’ai écrit le scénario il y a un moment déjà, organisé le plan de travail dans la foulée, ça fait un mois que je suis prêt. Dans l’avion avec moi il y a Cyril le photographe et Emilie la maquilleuse ; on ne se connaît pas, mais ils sont sympa, normaux quoi. Le reste de l’équipe nous rejoint demain, à savoir Mike l’ingé son, Tiffany, Phil, Greg et deux Hongroises (probablement deux bombasses, je ne les ai jamais vus, c’est des copines à lui). Max et Estelle arriveront mardi. Dans l’avion une dizaine de rangées derrière nous il y a miss K. et son mec, L., un garçon gentil mais beaucoup trop speed. Moi qui suis quelqu’un de posé, je sens que je vais devoir prendre sur moi. J’ai donc demandé à Estelle de gérer L. sur le tournage, d’autant qu’aux Canaries, son rôle est très ténu ; il reste là parce qu’il est le mec de miss K. En résumé, elle lui a délégué toutes ses fonctions cérébrales. Pas sûr qu’elle y ait gagné ; en revanche il gère leur bizness de façon impeccable – couv de magazines à la con, plateaux télé, etc. Maintenant mon souci c’est d’empêcher Loïc de parasiter ma relation avec miss K. ; j’ai besoin de pouvoir la guider vers le personnage sans que son mec soit là à interpréter ce que je dis, à jouer le messager ou à me prendre la tête. Je dis ça sans une once de méchanceté, c’est juste qu’il n’a aucune idée du boulot que ça représente. Et la relation que je crée avec mon actrice est essentielle à la construction du personnage et par conséquent à la réussite du film ; mais ça, c’est du domaine du cinéma, ça n’a rien à voir avec leur approche mégalomaniaque du système. Eux, ce qu’ils veulent, c’est briller sous les feux de la rampe. Ils font du porno comme ils participeraient à la Star Academy. Nous n’avons pas du tout les mêmes objectifs – ni les mêmes valeurs je suppose. En même temps, nos trajectoires vont se rejoindre pour ce film ; nous travaillerons dans la même direction – simplement c’est moi qui tiendrai la barre. J’avais demandé à faire une lecture avec les comédiens principaux, autrement dit Phil, miss K. et Tiffany, mais ça n’a pas été possible – je pense que miss K. et L. ne devaient pas juger ça nécessaire, en tout cas pas
autant que les séances photos, les passages à la télé chez cet abruti de Cauet ou les prestations dans les salons érotiques. Je pense qu’ils ont tort. Son personnage, si miss K. l’interprète de façon basique (ce qui sera le cas car elle n’est pas comédienne, elle n’a jamais joué un rôle), sera fade. Mais tant pis. Je ne pense pas qu’ils aient l’intention elle et son mec de faire du cinéma (ce que moi je suis parti pour faire). Ils font ce film parce que tout le monde attend le premier vrai film porno avec miss K. Ce qu’elle veut, elle, c’est être jolie à l’image, baiser avec son mec et atteindre le statut de star. Rien à voir avec les pures guerrières comme Tiffany ou ces petites bombes juvéniles qui se font gicler dans la gueule sur les sites américains. Qui a tort ? Qui a raison ? Je ne suis pas là pour juger, je veux juste réussir mon film. Max compte beaucoup sur ce projet ; en tant que producteur ça le lancera ; et Henri aussi : il attend de moi un beau film super bandant. Moi, ce que je recherche, c’est la même chose que d’habitude : l’émotion, la vérité des personnages. Une débauche d’énergie sexuelle. Des images fortes. De la crudité. De la passion. Et aussi une certaine violence que je n’ai pas encore expérimentée : j’aimerais qu’il y ait des scènes véritablement éprouvantes. Au bout du compte mon propos reste inchangé : le sexe comme échappatoire à la morosité, au quotidien, à la vacuité de nos vies. Le sexe comme expérience transgressive. Mais sans trahir l’image que je cherche à dessiner de la femme : une femme qui assume sa sexualité, son désir, une femme qui, si elle se prend du sperme dans la gueule, c’est parce qu’elle le veut et le décide – et non parce qu’elle le vaut bien. Vous voyez, je me situe loin de l’univers dorsalgie peuplé de soubrettes soumises, de veuves nymphomanes et autres infirmières salopes. Et ce coup-ci je suis parti pour faire du porno vraiment porno – avec les encouragements d’Henri qui considère que ce film-là constitue mon premier vrai film hard. Il doit juger « Propriété privée » trop soft – et je crois qu’il n’est pas le seul : mon banquier, qui est un pornophile patenté, de la vieille école, l’a maté avec plaisir et m’a avoué avoir été surpris de le regarder en entier (sous-entendu : sans se branler dès la première scène, vision cocasse au demeurant lorsqu’il s’agit de votre banquier !) ; et cela à cause de l’histoire soutenue par le jeu des comédiens, et par la mise en scène. Il en a tiré la conclusion que mon film devrait être montré à un public ado. Ce en quoi il n’a pas tort. J’en parlerai au CSA à l’occasion. En attendant, nous amorçons la descente. J’aperçois l’océan en dessous des nuages. Tout semble immaculé.
Lundi 21 novembre – 11H30
La villa est terrible. C’est le décor principal du film - du moins de sa partie Canaries. On a récupéré les clefs hier soir, il faisait nuit. C’est un mec du coin qui nous les a apportées, puis nous a fait visiter. Nous supposons qu’il loue en douce la maison, en l’absence des propriétaires, des Russes. Si les mecs reconnaissent leur villa un jour par hasard en zappant sur le câble, il risque de perdre ses genoux ou un doigt de chaque main. En attendant, la villa est parfaite. Grand mauvais goût dans la décoration, ambiance très nouveau riche (d’où la suspicion quant à leur appartenance à la mafia russe), mais pas trop chargée en mobilier ou en bibelots foireux. Ça rendra crédible la situation : Phil joue un fils à papa plein aux as qui squatte la villa louée par son père. Avant de prendre possession des lieux, on avait installé miss K. et L. dans leur appartement, un deux pièces loué dans une résidence-hotel, c’est là que seront hébergés les autres membres du staff : les deux Hongroises (dont j’ai hâte de voir le ravissant minois), Greg, Tiffany, Phil, Max et Estelle. Dans la villa resteront votre serviteur, Emilie, Cyril et Mike mon ingé son. J’ai investi la chambre princière, celle où j’ai décidé de faire se dérouler la scène de DP Tiffany/Greg/Phil. Le lit est immense, la pièce spacieusee. Je jouerai toutes les lumières allumées, même pour les scènes de cul. Je marierai mon approche réaliste des scènes avec une esthétique classieuse – la formule idéale pour un porno du samedi soir sur Canal+. La salle de bain où Libellule et Olivier (un autre couple de hardeurs) auront leur scène est également spacieuse. La cabine de douche où est censée se planquer miss K. est parfaite, elle a une vue directe sur le lavabo où le couple s’ébattra. J’ai revu tout le scénario hier soir tard, après être allé diner dans un petit resto en ville ; j’ai adapté les scènes à la configuration des lieux, et visualisé ma mise en scène. La maison est de plain pied ce qui n’est pas plus mal. Le séjour et ma chambre donnent sur une large terrasse qui surplombe la piscine. Ce qui fait que je pourrai balancer de la lumière par au dessus et éviter autant que possible les ombres portées. Cette piscine est magnifique. Il y a des statues de femmes autour, des lampes, des plantes exotiques. Mon souci numéro 1 c’est : comment réparer les lampes dans la piscine qui apparemment ne marchent pas. Mon souci numéro 2 c’est : comment ouvrir les cadenas qui ferment les grilles devant la baie vitrée du salon et celle de ma chambre. Sans ces grilles, le décor sera parfait : accès direct du salon au dehors, de la chambre à la terrasse. J’étais un peu dubitatif quant au fait que j’avais peu de personnages pour une soit-disant soirée qu’organise Phil, mais le décor rattrape le coup : je ferai beaucoup de scènes de comédie sur la terrasse, on n’aura pas l’impression, je pense, que le lieu est sous-occupé. Toutes les séquences dans la villa se déroulent sur une nuit (et je les tourne sur cinq nuits). La vision de la piscine la nuit est magique, très Andrew Blake. C’est pourquoi j’ai l’intention de chiader une version érotique de mes scènes de cul. Je vais avoir une grosse scène hard autour de la piscine avec les deux Hongroises, Phil, Libellule et Olivier, et Greg qui se bourre la gueule dans le jardin et Tiffany qui mate après l’avoir rembarré. Il y a tout un jeu du chat et de la souris entre eux deux. A un moment elle le pousse dans la piscine pour refroidir ses ardeurs. Je suis très impatient de tourner, surtout les scènes hard qui seront magnifiques. D’un autre côté, comme à mon habitude, je commence par le moins hard : je me « débarrasse » dans les deux premiers jours des plus grosses scènes de comédie, ce qui n’est pas forcément une bonne idée, mais comme de toute façon je suis persuadé que miss K. ne connaît pas son texte, que je tourne demain ou vendredi, ça ne changera rien. Ce qui va arriver c’est qu’elle va se faire taper sur les doigts. Son mec m’avait certifié qu’il la ferait travailler, qu’elle connaitrait son texte par coeur. Je pense qu’ils ont rien branlé. J’ai une grosse scène sur la plage, la rencontre entre Tiffany, miss K. et Phil qui les invite à une fête le soir même, pour laquelle je prie que le temps ne soit pas trop mitigé. Hier on a eu de la pluie. Il fait nuit tôt, donc si les nuages nous jouent des tours, c’est pas gagné. En revanche, en investissant la villa sur le coup des dix-huit heures, après on peut enchainer les séquences de façon impeccable. La comédie dans la villa, j’en tourne l’essentiel mercredi, notamment une grosse séquence entre miss K. et Phil, quand il la séduit puis décide qu’elle est finalement trop casse-pieds et reporte son dévolu sur les deux Hongroises qu’il a levées et qui sont en train de batifoler dans la piscine en attendant qu’on veuille bien s’occuper d’elles. Miss K. revient du salon avec son verre de coca, et elle voit Phil dans la piscine avec les deux nanas. C’est ma façon de répondre aux minauderies, aux atermoiments des gonzesses qui ne savent pas ce qu’elles veulent et sont pétries de principes du genre : « Je ne trompe pas mon mec, on s’aime, je crois à l’amour, etc… » Discours qui, je trouve, ne tient pas la route une seule seconde quand vous n’avez pas trente ans. En gros, ce sont les personnages secondaires qui m’intéressent dans ce film : Tiffany, Phil, Greg, pas miss K. ni son mec. Eux traversent le film ; les autres vivent. Tiens, le responsable de la villa vient de passer, il a réussi à ouvrir les grilles (souci numéro 1 évacué) et nous envoie un électricien pour le souci numéro 2. Les Espagnols sont vraiment des gens adorables, je l’ai toujours pensé. Et là on va partir bouffer, avant d’aller récupérer Olivier et Libellule à l’aéroport, et surtout le pied caméra et les gélatines qu’Air Iberia avait mis dans un autre vol et qui sont censés être arrivé cette nuit. J’ai une énorme dalle.
21H00. Je viens de boire un whisky. Je suis affalé dans un canapé du salon. Tout à l’heure, j’ai failli perdre mon job. Je me suis embrouillé avec L. parce qu’on était censé se retrouver à 16H00 pour travailler le texte. Ils ont débarqué à 18H00 la bouche en cœur en prétendant ne pas être au courant (alors qu’on s’était fixé ce rendez-vous la veille). Je venais d’apprendre que Tiffany avait une galère et n’arriverait que demain à 14H00, ce qui m’oblige à modifier le plan de travail, j’étais donc un peu sur les nerfs. L. m’a menacé de me mettre une tête. Bon, je vous rassure, ça s’est arrangé, j’ai su garder mon sang-froid. Miss K. ensuite m’a bien fait comprendre qu’elle était la star du film et que je n’étais qu’un tâcheron, que c’est eux qui m’avaient choisi. Je l’ai écouté sans rien dire, complètement atterré. Je n’allais pas lui dire que c’était Canal + qui m’avait confié le projet et pas eux. Je n’allais pas tout envoyer chier et reprendre un avion pour Paris. J’ai un film à faire et je le ferai - malgré eux. Ce que j’ai compris c’est qu’ils sont complètement à la masse. Ils n’ont pas lu mon scénario. Ils se foutent du film – et de moi par la même occasion. L’ambiance est quelque peu revenue à la normale, notamment grâce à Cyril qui a emmené L. faire des courses (il voulait absolument s’acheter un lecteur DVD pour mater des films dans leur chambre), et puis on a survolé les séquences que nous allons tourner demain. J’ai bousculé le plan de travail, on fera les scènes d’aéroport avec eux deux au lieu des scènes de plage qui étaient prévues avec Tiffany. Ils ont lu les dialogues (deux répliques chacun, vingt mots maximum) qu’ils doivent échanger dans la voiture ; c’était pathétique. Cyril, très encourageant, me dit qu’ils seront catastrophiques. Qu’est-ce que j’y peux ? Si faire un film et travailler avec moi ne représentent rien pour eux, en terme d’investissement et de motivation, comment puis-je y rémédier ? En attendant, je me sens fragilisé. Vivement l’arrivée de Phil et des autres. Le problème c’est que leur avion atterrit à 2H00 du matin. Et devinez qui va les chercher à l’aéroport ? Cyril et moi. Super. Une chose est sûre, il manque un putain de directeur de prod sur ce tournage, ou un premier assistant, un mec qui cadre les choses une bonne fois pour toutes et calme les égos de chacun. J’avais prévenu Max mais il ne m’a pas écouté. Enfin, bon. Je ne suis qu’un modeste artisan sur ce tournage. Heureusement, correctement payé. En fait, je suis un idéaliste, voilà ce que je suis.
Mercredi 23 novembre – 17H30
J’ai fait mon choix pour les Tchèques, je veux dire les Hongroises. Greg Centauro est marié à une Hongroise alors il est un peu à cheval sur les nationalités. Greg est un mec gentil ; surtout connu pour avoir été le petit ami de Clara Morgane, il est un hardeur reconnu, qui réalise des Gonzo pour les Allemands et vit à Budapest. Il a une bonne gueule de petite frappe, il est sympa, pas bête, avec un bon regard. Je vais bien m’entendre avec lui. Il a un très bon rapport avec les filles. Il a donc ramené deux copines à lui, Anita et Nikki. Deux blondes, la première a un visage très intéressant, un regard intéressant et de beaux cheveux. L’autre est plus commune, avec de gros nichons et des yeux un peu rapprochés. Donc c’est à la première, Anita, que j’ai décidé de confier deux scènes de cul et une à l’autre. Quand je le lui ai dit, Anita (alias Katy Caro) m’a répondu que si je le voulais, elle pouvait me faire deux anales, ça ne la dérange pas. En revanche, l’autre ne pratique pas l’anale. Anita est gentille, elle parle un peu anglais, elle aime le cul. J’ai décidé qu’Adam, le personnage de Don Juan joué par Phil, tomberait amoureux d’elle. Ce qui contrastera par rapport au discours qu’il tient. En plus de Greg et des Hongroises, nous avons réceptionné mon ami Mike, Phil et un journaliste de Hot Video, mais pas Tiffany : elle s’est débrouillée, la godiche, pour atterrir sur une autre île, et ne nous a rejoint que dans la soirée. Je la trouve amaigrie, elle a perdu les belles fesses qu’elle avait, et c’est dommage. Elle a l’air un peu fatiguée, mais toujours aussi sympa. Je pense que ça lui fait plaisir de retravailler avec moi. Cela dit, elle n’a pas poussé la conscience professionnelle jusqu’à apprendre son texte, au contraire de Phil qui le connaît plutôt bien. Je m’y attendais, et je ferai avec. De toute façon le naturel de Tiffany et ma science du montage (sic) feront le reste. Aujourd’hui on a tourné la scène de plage, la rencontre entre Angela (miss K.), Delphine et Adam. Mais comme la plage qu’on nous avait indiqué était minuscule, avec plein de rochers, et la mer agitée, on a tourné sur une esplanade, avec vue sur l’océan. C’était vraiment pas terrible, les deux filles jouaient comme des patates. C’est pas comme ça qu’on sortira le porno du caniveau dans lequel il se trouve, mais bon, je suis sans doute le seul à avoir cette ambition-là, les autres s’en branlent si je puis dire. Ou bien il faudrait se contenter de choses visuelles, de regards, de gestuelles. Se concentrer sur le langage des corps, oublier la parole. Mike et moi faisons figure de véritables professionnels de la profession : il a débarqué avec tout son matos son et comme à son habitude se montre d’une grande exigence. Là il est en train de bricoler des prolongateurs pour les adapter aux prises espagnoles. C’est son premier tournage X, et il a l’air content d’être là – en tout cas on se marre bien. Après le tournage de la séquence, j’ai posé pour Hot Video, caché derrière la caméra. Ensuite Cyril a fait une photo-souvenir, je me suis mis entre Tiffany et Greg. Max m’a demandé comment ça se passait ; j’ai dit que ça irait, mais je ne lui ai pas caché que le jeu ne serait pas exactement à la hauteur de ce que l’on pouvait espérer. C’est pas en exigeant ni lecture ni répétition avant le tournage de la part des comédiens que l’on améliorera l’image du porno. Mais ça, j’en ai un peu marre de le répéter. Alors advienne que pourra. En attendant, hier j’ai tourné ma première scène hard, avec Olivier et Libellule. Il la culbute dans la salle de bain, contre le lavabo. C’était super. Libellule est ravissante, elle a un joli visage, un corps adorable, dans le genre petit format. Ils m’ont fait une scène assez passionnelle, avec beaucoup d’amour – ils sont ensemble dans la vie. J’avais une lumière très éclatée, mais belle, grâce à ma petite Pana. Pendant ce temps-là, Angela se caressait dans la cabine de douche. Miss K. est jolie, elle a de l’allure, mais c’est pas du tout ma came. Elle n’a pas de fesses, un regard inexpressif, et elle est tout le temps en train de se regarder. Elle s’est faite greffer des prothèses mammaires énormes qui jurent sur sa silhouette filiforme – comme deux outres clouées sur une planche. Elle a un très long cou. Elle est plus sensuelle habillée que nue. Elle a une grande bouche avec une lèvre déformée par l’herpès, et avec sa maigreur ça semble disproportionné dans son visage. Mais bon, je n’ai pas eu le choix. Quant à son mec, L., et bien aujourd’hui on a eu de la chance, il est resté à l’hôtel. Du coup il y a une super ambiance. Tout à l’heure, j’ai dit que j’avais des projets dans le cinéma traditionnel (désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris), et tout de suite, miss K., qui avait une oreille qui trainait, s’est rapprochée de moi, subitement intéressée par ma minable personne. « Et tu as travaillé avec des gens connus ? », elle m’a demandé. Quand je vous disais qu’elle était un peu limite. Mais bon, j’ai accepté qu’on ne commence qu’à 14H00 demain (ils ne sont pas du matin), c’est sa scène de cul avec son mec, alors elle ne peut pas se plaindre. Ce soir on reprend à 20H00, de la comédie. On tourne à la villa, il faut que j’aille préparer un peu la lumière. Mettre des mandarines autour de la piscine. Répéter mes plans. Je suis plutôt content de ce que je fais. Enfin bon, c’est mon métier. C’est ce que j’ai dit à Max tout à l’heure quand il nous a félicité Mike et moi pour notre professionalisme ; l’équipe lui en avait parlé. Tout le monde est content de bosser sur ce film – hormis les problèmes avec le couple vedette. Le photographe étranger qui couvre le tournage m’a dit que c’était la première fois qu’il voyait une aussi bonne ambiance. On a montré quelque plans à Max sur la télé, des trucs qu’on a fait cet après-midi. C’était pas trop nul. Mal joué mais je m’en sortirai au montage. En revanche ce que j’ai fait avec Libellule et Olivier hier soir rend super bien. Bon, faut que j’aille bosser. Dommage qu’il n’y ait pas de cul ce soir, j’étais chaud pour en faire. J’ai appris cet après-midi que « Propriété privée » passerait sur Canal + en mars et non en juillet. Henri m’a appellé pour me l’annoncer, je ne vous cache pas que ça m’a filé la papate. Je me suis permis de lui dire que miss K. et L. étaient ingérables, que c’était un cauchemar de bosser avec eux. Il m’a dit qu’il était au courant.
Jeudi 24 novembre – 12H15
Troisième jour de tournage. Et je ne sais pas si on parviendra à aller jusqu’au bout. C’est le tournage le plus difficile de ma vie. Ça se barre en couilles. Pour plusieurs raisons. D’abord à cause de miss K. et L. qui se mettent tout le monde à dos. Ils sont cons et prétentieux, débiles. Ils se prennent pour le nombril du monde alors qu’ils ne sont rien. Et même s’ils étaient quelque chose, il n’y aucune raison pour qu’ils se comportent comme ils le font, à mépriser tout le monde, à se prendre pour je ne sais qui. J’ai dit à Max qu’il aurait intérêt à se débarrasser d’eux, qu’ils vont lui porter préjudice. Je lui ai dit que s’il refaisait un film avec eux je ne voudrais pas en être. C’est le cas de tout le monde. Tiffany n’en peut plus, L. et miss K. se montrent odieux avec elle. Du coup j’obtiens des regards sympas, très ironiques de la part de Tiffany. L’histoire se transforme, les personnages se compliquent, c’est une bonne chose – mais à quel prix. Le personnage d’Angela restera incompréhensible, mais on s’en fout. En revanche tous les autres gagnent en nerf, en profondeur. Même celui de Greg, grâce essentiellement à son jeu qui est excellent. La pauvre Tiffany, elle a encore trois jours de tournage. Heureusement, le soir dans la villa miss K. n’a plus grand chose à faire. Aujourd’hui on tourne la scène de cul miss K./L. (il est prévu qu’il se chauffe sur un exemplaire de Hot Video avant de baiser sa femme ! C’est trop fort !) ; puis un peu de comédie avec Tiffany, et le soir encore de la comédie, puis la grosse scène de cul autour de la piscine. L’autre chose c’est qu’il y a beaucoup de fortes personnalités sur ce tournage. Notamment Greg Centauro, avec lequel je me suis embrouillé hier pour une sombre histoire de vêtements. Ça m’a carrément foutu en l’air. « Je ne veux plus que tu me parles », il m’a lâché, très énervé. J’étais vraiment mal, d’autant que c’est un mec que j’aime bien, qui a créé à partir de pas grand chose un personnage vraiment attachant. Mais Greg est connu pour son irascibilité, il paraît que ça l’a grillé un peu partout, du moins en France. Maintenant il vit et travaille en Hongrie, marié à une Hongroise. Il réalise du Gonzo pour une boite allemande. Finalement ça s’est arrangé. J’ai réussi à rattraper le coup. Je me suis jeté à l’eau tout habillé une fois le dernier plan tourné : Greg venait d’être poussé dans la piscine par Tiffany, du coup j’ai voulu lui montrer que j’allais au charbon moi aussi. Ça a marché. C’est très machiste comme type de relations ; de toute façon, les mecs ici sont des brutes, il faut prouver sa virilité. Moi qui n’aime guère ce genre de trucs, j’ai pris sur moi. Enfin, c’était pas réfléchi, j’ai gueulé merci, que la journée était terminée, j’ai vidé mes poches et j’ai plongé. Greg a nagé jusqu’à moi et m’a pris dans ses bras. Vous voyez le truc ? Typiquement « Fight Club ». Réconciliation entre le réalisateur qui a des couilles et son acteur. Tout ça filmé par Hot Video, qui sont là au grand complet. Quand je suis sorti du bassin, L. me regardait avec des yeux ronds. « Jack il fait tout ce qu’on fait ! ». Impressionné. « Heu… Pas tout », j’ai précisé avant de retirer mon tee-shirt trempé. Greg est un mec que j’aime beaucoup. En plus honnêtement il est excellent au jeu, il pige très bien ce que tu lui expliques. C’est très agréable de bosser avec lui – hormis son sale caractère, mais bon, personne n’est parfait. La dernière chose qui rend si difficile ce tournage c’est que nous sommes complètement isolés Mike et moi à la technique. Il manque un premier assistant ou un régisseur, quelqu’un qui gère les conflits justement, qui demande le silence, qui fasse rouler le tournage, soit au courant du plan de travail, prépare les plans à venir, etc. Comme c’est moi qui me coltine ça, c’est chaud par moment, surtout avec des gens qui n’ont pas l’habitude des méthodes de tournage normales, réclamer le silence, refaire les prises, etc. Je ne peux pas être concentré sur tout, c’est difficile. Mike m’a dit après le tournage hier soir, alors qu’on fumait un joint tous les deux dans le salon (les autres étaient partis), que je manquais de diplomatie, que j’étais cassant quelque fois, même si en même temps j’étais vraiment respectueux des gens. Il a raison, mais je ne peux pas y changer grand chose, je suis comme je suis, je ne prends pas de gants. Alors ça peut créer des problèmes. En revanche, ce dont je suis sûr, c’est que j’ai obtenu au jeu des choses excellentes avec Phil. Son personnage sera super intéressant. Et son rapport avec la petite Hongroise aussi. Mais ce qui est dingue, c’est que ces scènes de comédie, j’ai l’impression de les arracher ; j’ai l’impression de m’autoriser à les faire entre deux scènes hard, alors qu’au contraire, elles sont essentielles ! C’est ce que j’ai dit à Max, devant toute l’équipe de Hot video. J’ai dit aussi au journaliste que je ne comprenais pas ce qu’ils avaient avec miss K., qu’elle était toute naze. Il s’est marré, il était désolé, et conscient que j’avais raison. Mais bon, on vit dans une société de l’image, de la médiatisation. Une société du vide. Merci aux connards du marketing, à tous ces cafards de la pub. L’important n’est pas ce que tu es ou ce que tu fais, mais que l’on parle de toi. Ça me donne envie de dégueuler. Heureusement je n’ai pas que miss K. et L. à mettre en scène. Il y a Phil, il y a Tiffany, Greg, Katy la Hongroise. Elle a un gros cul, j’aime bien, elle est potelée. Je voulais qu’elle soit dans la piscine pour regarder Phil, mais elle n’a pas voulu à cause du froid ; s’il s’était agi de baiser, peut-être qu’elle y serait allée. Je me suis contenté de les faire asseoir, elle est sa copine. J’ai fait un plan qui part du visage de Phil et va sur Katy. Elle a un sourire radieux, assise au bord de l’eau, dans la lumière de la piscine. C’est très poétique. Ce genre de choses, il n’y a que moi pour les ressentir ainsi, et c’est exactement pour ce genre de choses que je fais du X. Arracher ce sourire à Katy. Ce soir, Phil plongera la rejoindre. Je ferai de l’érotique. Ensuite grosse scène hard autour de la piscine. Et Dieu merci, sans miss K. et L.
Samedi 26 novembre - 2H38
Il est tard et j’ai pas écrit depuis longtemps. Les journées sont trop denses, c’est trop prenant. Il y a trop de choses à raconter. C’est le tournage le plus éprouvant de ma vie. A tout moment ça peut dérailler. Je ne sais pas si je peux tout raconter. Une chose est sûre et mérite d’être rendue publique : Katy Caro est terrible. Cette fille est impressionnante. Qui plus est excellente comédienne. Une fille intelligente qui pige très vite, qui m’a fait des choses très précises en comédie, et très inspirées. Elle a de magnifiques cheveux blonds, très fins ; j’ai beaucoup zoomé dedans. J’ai trouvé une façon de filmer les scènes assez aboutie. Avec des gros plans, des zooms, ma panasonic fait des merveilles. Quand je tourne avec, Mike enregistre au DAT avec un signal de synchro. Les mecs ici ils n’ont jamais vu ça. La conséquence c’est que j’aurai une centaine de points de synchro à récupérer pour pouvoir monter. Heureusement grâce à un HF j’ai un son témoin sur la cassette. Hier soir on a donc fait la grosse scène hard autour de la piscine. J’avais installé moi-même la lumière, alors que tout le monde était à l’hôtel. Je voulais être seul, décompresser. J’étais très énervé. J’ai mis de la musique (the Kills), et j’ai installé les projos. Je gueulais tout seul. J’avais passé la journée à filmer une scène hard pathétique, la pire que j’ai jamais filmé, pire même que les trucs érotiques pour M6, une scène hard entre miss K. et L. Il bandait pas dur et il n’a pas réussi à éjaculer. C’était affreux. Elle l’excitait en lui parlant, et il lui a dit de la fermer, que ça le déconcentrait. Posé sur le lit un exemplaire de Hot Video ouvert sur des pages intérieures avec justement Katy en photo, qu’il avait vu dans la journée et branché comme un gros reulou. Vous imaginez ? Finalement on a arrêté parce que la nuit était tombée. J’ai même été obligé de changer d’axe pour me mettre dos à la fenêtre. Soit on prenait une doublure (suggestion que j’ai faite à Estelle, en plaisantant à demi), soit on coupait la scène là, avant l’éjac, et voilà. C’était faisable. Donc c’est ce qu’on a fait. L. a dit alors : « mais j’y étais presque ». Ah ah ah. Tu parles. On s’y était mis à 14H00, ça suffisait. J’étais sur les nerfs. Des gens aussi incompétents, ça frise l’accident industriel. Ils ne jouent pas, ils font comme à la maison. Il a tenu à faire la scène avec ses baskets rouges, je n’ai rien dit. Autant aller au bout du grotesque. Il portait aussi un tee-shirt rouge avec écrit INSTRUCTOR dessus – pour cacher son bide qui selon lui aurait perdu ses abdos. Bref, lamentable. J’ai donc filmé ensuite le soir même, après quelques scènes de comédie avec les autres, et alors que Greg avait disparu, j’ai filmé du cul. Phil baisait Katy, elle jouissait une première fois – enfin, elle lui arrachait sa jouissance ; je lui ai expliqué le personnage, une fille agressive, elle m’a fait des trucs incroyables, je lui ai demandé de mordre Phil, et puis elle a dit des trucs, en anglais, qui correspondent à la situation et au personnage, c’était génial. Elle crache sur la bite avant de la sucer ; elle balance des beignes. J’ai développé encore aujourd’hui son personnage, puisque j’ai été obligé de filmer une scène hard qui n’existe pas dans le scénario ! Mais j’y reviendrai. Après ce premier orgasme, Libellule va sur Phil (elle avait maté la scène), ça dure un peu, pendant ce temps Katy balance des regards noirs à Phil, c’est très fort, puis elle en a marre, elle se lève et va virer Libellule pour prendre sa place, là elle se met direct la bite dans le cul. Je vous dis, elle est terrible. Mais ça, je le lui avais demandé, elle comprend et elle interprète, elle est capable de rectifier immédiatement un détail en fonction de la caméra ou du personnage. Elle s’intéresse à la technique, elle nous a demandé ce qu’on faisait quand je filmais le boitier de synchro que Mike brandit à chaque prise. C’est possible que ce soit la seule personne de l’équipe à s’y intéresser. Bon, cette fille ne fait pas l’unanimité. Mike préfère sa copine aux grosses loches. Phil aussi. Il la branche sec, d’autant qu’il n’a pas de scène avec elle. Moi c’est pas trop mon truc. Le problème avec ces filles, c’est qu’elles ont la chatte entièrement épilée. Je trouve ça dommage ; j’aime les poils pubiens. La chatte épilée, c’est trop porno, ça désincarne le personnage. Je sais qu’il s’est passé un truc fort avec Katy quand a eu lieu la scène. Surtout celle de ce soir. Je lui ai dit après un plan dans le couloir où elle pousse la porte de la chambre et découvre Phil et Tiffany en pleins ébats, que la caméra l’aimait beaucoup. Elle m’a répondu merci, je crois. Ce qui s’est passé ce soir c’est que j’ai dû filmer une scène avec Katy, Nikki et Olivier. Je n’arrivais pas à intégrer cette scène, à voir où la mettre, et que ça soit cohérent. Et puis j’ai réfléchi au personnage de Katy, et peut-être se venge-t’elle de Phil. C’est comme ça que je l’ai mise en scène, elle mate, puis se montre violente. J’ai pas tellement filmé sa copine. Katy la vire du canapé comme elle avait fait avec Libellule. La scène s’est bien passée. Hier Olivier s’était déjà tapé Nikki. Elle ne fait que de la vaginale. Autour de la piscine les images étaient magiques. Nuit noire intense. Ça faisait porno ricain ; très stylisé. Un côté John Leslie - un de mes maîtres. Les personnages secondaires existent, c’est incroyable. Même Olivier, il apporte quelque chose, en dehors de sa gentillesse et de sa bonne humeur, à son personnage. On va faire des plans dans la maison avec Phil pour démarrer le film, présenter tous les personnages (on a fait Tiffany, les Hongroises, ça montre aussi qu’on est aux Canaries). Hier on a terminé à 4H00. Sympa. Le temps de ranger le matériel, mettre les batteries à charger, identifier les cassettes, puis se détendre, fumer trois joints, discuter avec Mike de la métaphysique du sexe, de la problématique du désir et de l’amour, bref on était couché peu avant le lever du jour. Je me suis réveillé à 11H30, j’ai plongé dans la piscine. Cet après-midi, on a fait de la comédie Angela/Delphine, ça s’est bien passé. Mike trouve le jeu nul, moi je pense que ça pourrait être pire. Tiffany est juste. Miss K. difficile de juger ; elle n’a pas de voix ; elle n’est pas vive. Bon, j’arrête les frais. Et ce soir vu que Greg était indisponible, on a reporté la scène centrale Tiffany/Greg/Phil à demain (si Greg veut bien), et on a fait des trucs en bagnole et de déambulation en ville avec miss K., puis la scène Olivier/Kathy/Nikki qui a été dantesque. On était contents Mike et moi. J’avais peur d’être lassé, mais j’ai réussi à me motiver. Surtout sur Katy je dois dire, sur la psychologie de cette fille, je veux dire de son personnage. Et demain je jouerai Katy amoureuse dans sa scène avec Phil. C’est le début de leur relation, elle ne le connaît pas, je la veux possessive, folle, mais en même temps caline, comme dans la scène dans la piscine. Elle va faire ça très bien, je suis sûr que ça la fera bicher de faire quelque chose de différent. À propos de biches, j’avais suggéré une scène lesbienne entre les deux Hongroises, mais Max n’aime pas ça, il n’en a pas voulu et il avait raison, la scène sera terrible, et j’ai réussi à l’intégrer dans l’histoire grâce à Katy. Ce dont je vous parle là, c’est de cinéma, pas des problèmes à la con que nous avons à répétition. Max et Estelle ont eu une explication avec miss K. et L. qui ont l’air d’avoir un peu pigé. J’ai eu une discussion avec miss K., je lui ai dit tout ce qui n’allait pas, comment ça se passait sur un film, qu’il fallait travailler, s’investir à fond, mettre de côté tout ce qui est annexe, comme les contrats avec Lagardère ou les couvertures du magazine Max, mais bon, sans succès je crains, même si plus tard elle a tenu me parler, à fraterniser quand on faisait les plans de déambulation. Mais son discours est confus. Quant à L., on ne l’a pas vu de la journée et c’est une bonne chose. Greg non plus, il se terre dans sa chambre. Le porno est plein de gens bizarres. Les journalistes nous collent, ces espèces de sangsue qui considèrent les nanas comme du bétail et supplient pour quelques clichés hard. Ils déboulent en groupe pendant les scènes de cul et mitraillent les poses comme des putain de paparazzi. Ça fait partie du métier. Attention, je ne parle pas Cyril, qui est le photographe de plateau officiel et indispensable sur ce film. Le mec de Hot Video qui m’avait contacté repart demain, il est plutôt sympa. Je ne sais pas quand le papier sortira. À mon avis, ce sera un gros truc. Sinon ils ne seraient pas restés aussi longtemps. Ils ont fait un portrait de moi en creux. Ils ont demandé à tout le monde comment j’étais. Maintenant je vais dormir. Et rêver peut-être. Demain scènes sur la plage et première baise Phil/Katy. Une scène amoureuse pour ma jolie Hongroise. Le problème c’est que JE ZAPPE COMPLÈTEMENT LE SOFT. Max l’aura dans le cul pour sa version érotique. Enfin, le montage rattrapera peut-être le coup.
Dimanche 27 novembre 2005 – 15H21
Je suis de nouveau au-dessus de l’océan. Ecrire me fait du bien. C’est le vol de retour. Le tournage est terminé, il s’est conclu dans l’intensité, la joie et la colère. Max a supprimé des séquences du tournage à Paris. Comme ça, sans m’en parler. Tout ça parce que L. n’aimait pas ce qu’il devait faire – en particulier une scène de baston avec Andrea. Or il ne s’en est jamais entretenu avec moi, et en même temps il est allé raconter à tout le monde que ça lui déplaisait de se prendre un pain. Cette scène, à sous-texte homo, je lui en avais parlé dès notre première rencontre, il y a deux mois de cela. Max, le scénario il l’a depuis deux mois aussi, pas une fois il ne m’a fait des remarques dessus, hormis pour les scènes hard. Et hier, dernier jour de tournage, il vient me prendre la tête. C’est un peu tard. Il m’a fait chier avec la structure, le fait que la fête soit éclatée, il craint qu’il n’y ait pas assez d’ambiance festive. Tu m’étonnes ! Il n’y a que huit protagonistes ! S’il voulait que ça ressemble à une fête, il fallait embaucher une vingtaine de figurants ! Faire venir un car entier de Hongroises ! Les producteurs sont trop éloignés du sens réel du film, de l’atmosphère à créer, de la mise en scène. Surtout préoccupés par la rentabilité. En tout cas, hier, ou plutôt ce matin, quand on a terminé, je n’ai eu droit à aucune félicitation particulière, par exemple pour avoir tenu le plan de travail, realisé toutes les séquences prévues en dépit des contraintes et caprices de certains, et même mis en boîte une scène supplémentaire en parvenant (grâce au travail de Katy), à l’intégrer au film. En revanche, il a fallu que j’avale la suppression des séquences à Paris. Alors j’ai pété un câble. Je me suis énervé grave. J’ai balancé un coup de poing dans le mur (mon côté ado buté) et je suis allé dehors pour me calmer. Bon, personne ne s’en est inquiété. Je me suis senti vraiment seul et ça m’a fait redescendre. Le film était dans la boite, on venait de tourner le dernier plan où Tiffany, Greg et Phil sautent dans la piscine après avoir baisé. Tiff a encore du sperme autour de la bouche. Le genre de plans que Max doit juger inutile. Je pense que la seule et unique raison pour laquelle il a décidé d’amputer mon scénario c’est qu’il flippe grave et à juste titre au sujet de la scène finale entre L. et miss K. qu’on va tourner à Paris. Max veut consacrer cinq heures à cette scène. Cinq heures, vous imaginez ? Hier soir, en une heure j’ai tourné la scène entre Tiffany, Greg et Phil. Alors cinq heures avec miss K. et L., c’est du délire. Mais bon. Je ne suis qu’un modeste artisan, comme j’ai dit hier. Bref, pas sûr que je retravaille pour Max. Il doit préférer les tâcherons qui ferment leur gueule. Personnellement j’en ai rien à foutre ; j’irai voir ailleurs. Je demanderai à Colmax qu’ils me fassent faire du Gonzo de luxe, j’irai à Budapest retrouver Katy et Greg. Elle m’a dit pouvoir m’aider à organiser le tournage, trouver des filles, des décors. J’adore cette fille. Elle rayonne. Elle est vivante. Elle n’est pas vide comme miss K.. Miss K. qu’au demeurant j’ai beaucoup de mal à filmer ; je ne sais pas la cadrer. C’est à cause de sa silhouette, de son long cou, elle est trop grande aussi, elle pourrait jouer Olive la femme de Popeye – d’ailleurs c’est pas idiot, on pourrait faire une version porno de Popeye avec ces deux-là. C’est quand même une tragédie pour un réalisateur que de ne pas être inspiré par son couple-vedette ! Heureusement il y a d’autres aspects qui m’intéressent dans le film ; en fait tous les personnages secondaires, à commencer par Phil, Tiffany et Greg. Greg s’est excusé pour l’embrouille de l’autre soir. J’aime vraiment beaucoup ce mec. Il va être papa et nous en avons un peu parlé. Apparemment il a des tendances auto-destructrices et cherche à se calmer. C’est pas gagné. Je ne lui souhaite que du bonheur à ce mec. Avant l’embrouille de ce matin (sur le coup des quatre heures du mat), j’ai donc tourné la scène de double pénetration avec Tiffany, Greg et Phil. Ça s’est moyennement passé en ce qui me concerne. En revanche Tiffany a aimé la scène. Je n’ai pas multiplié les axes, parce que j’étais un peu destabilisé : Max est venu me prendre la tête alors qu’on était dans notre bulle ; j’avais fait un gros travail de préparation avec les comédiens. Greg et Phil d’un côté, qui devaient se comporter comme si c’était la première fois qu’ils faisaient ça, et Tiffany qui devait faire monter son propre désir – dans un premier temps dans la salle de bain, avec une scène de masturbation intense. Elle l’avait mal démarré, j’ai coupé et lui ai expliqué ce que je voulais. Ensuite ça a été parfait, intense, avec des râles assez poignants. Je ne sais pas où elle est allée chercher ça, on peut parler d’inspiration. Elle m’a dit après coup que ce que je lui avais dit l’avait beaucoup aidé. Ce qui m’étonne toujours, mais bon. Apparemment je sais diriger les filles. Ensuite dans la scène hard, je lui ai dit de se servir de ça, de remettre la même intensité. C’est ce qu’elle a fait. La scène a été très rapide mais secouante. Les mecs ont assuré – même s’ils avaient des érections capricieuses, surtout Phil qui avait fait une scène en début d’après-midi avec Katy (cela dit ce n’est pas gênant, au contraire, vu que dans le film Adam se tape Delphine APRÈS s’être envoyé Katy et Libellule, puis de nouveau Katy, donc c’est légitime qu’il bande un peu mou au début de la scène). Je pense qu’eux aussi ont été déroutés par l’irruption brutale de Max alors qu’on était sur le point de tourner. On a commencé vers minuit. J’étais en roue libre. Pas super inspiré, mais vu que j’avais beaucoup parlé avant avec les comédiens, je les ai laissé faire. Je ne sais pas ce que cela donnera. Max était inquiet que j’aie chassé les photographes du plateau et dit qu’il n’y aurait qu’une seule position avant la double. En fait j’en ai fait deux. J’ai tourné ça comme un gonzo, dans l’urgence, je tacherai de garder cette urgence au montage. Mais la lumière était belle. Mike pense que je suis un imposteur. Moi je ne sais pas. On a beaucoup discuté tous les deux, par rapport à mon positionnement, à ce que je recherche et à ce que doit être un film porno. Pour moi ça se résume à : Intensité. Fascination. Sexe extrême. Tout ça. Et moi au cadre. En début d’après-midi aussi on a réussi à baser les photographes, et même Mike est resté sur le carreau : Olivier nous a emmené sur des rochers au bord de l’océan, un endroit très sauvage et quasi-inaccessible. On y est allé avec Phil et Katy, j’avais fait quelques plans love avant, et la scène qu’ils m’ont faite est assez forte, avec l’océan en arrière-plan, le bruit des vagues (même si ça sera le son caméra). J’ai peur du vent, mais bon, on verra. Le problème c’est que je ne sais pas du tout comment je vais pouvoir l’intégrer au montage. Elle était prévue dans le scénario mais dans un autre décor : miss K. revenant de l’aéroport après avoir déposé son mec, elle se garait et là, sur le parking, surprenait un couple en train de baiser. J’ai jugé qu’il fallait un décor plus payant, donc Olivier nous a suggéré cette plateforme rocheuse, mais je n’ai pas mis en scène miss K.. C’est tellement compliqué de lui demander le moindre truc que j’ai renoncé. Elle est même infoutue de conduire une voiture. L’autre soir pour les besoins d’un plan elle devait arriver en bagnole, on a dû faire cinq prises et je ne sais même pas s’il y en a une de bonne. Là, pour la scène où elle mate le couple, je l’ai juste fait grimper sur un rocher. Mais il n’y a pas de mise en situation. Bon, peut-être que j’y arriverai vu que j’ai fait des plans avec les autres personnages, pour les situer avant le démarrage du récit (suggestion de Max, que j’ai jugé pertinente, vous voyez que je ne suis pas complètement obtus). Pour l’heure je suis passablement deprimé. Le bourdon habituel post-tournage, le fait que j’ai un peu planté la séquence de double pénetration, que j’ai abandonné l’érotique en cours de tournage, avec en plus la pression de ce que je dois tourner la semaine prochaine, et la présence intimidante de Katy assise derrière moi dans l’avion, Katy la reine du spitting on cocks. Ce soir, je tâcherai de trouver une chambre d’hôtel près de la gare de Lyon, je dois rentrer sur Clermont pour 14H00. Pendant la scène avec Tiffany et les deux mecs, j’ai fait un plan subjectif depuis le couloir, c’est ce que verra Katy : Phil baisant Tiffany, c’est ça qui la rend jalouse. Donc en deux temps trois plans j’ai bétonné le personnage de Katy. Elle au moins n’a pas peur, jamais on n’aurait pu emmener miss K. sur les rochers. Vous n’y pensez pas. Déjà elle a eu du mal à tourner les plans de baignade dans la mer, celui qui ouvre le film notamment, où elle doit surgir de l’océan – un plan à forte teneur symbolique. Il lui a fallu une heure pour s’en remettre – elle avait froid. Bon Dieu ! Quelle tannée ! J’aurais bien aimé faire quelques prises supplémentaires, mais c’était compliqué. À ce jour elle ne connaît toujours pas le scénario. À chaque plan elle demande si elle est dans le champ. Elle ne comprend rien. Elle est d’une bêtise ahurissante. Tout le monde se montre indulgent envers elle sauf moi. J’admire les guerrières, pas les pleurnichardes en Gucci. Je trâce sans doute une voie trop particulière ; je m’en fous. C’est peut-être le gonzo mon territoire futur. J’appellerai Colmax dès mon arrivée. Maintenant une chose est sûre : IL FAUT QUE J’ASSURE LA PARTIE PARISIENNE.
(Ah oui, un truc amusant : dans la bagnole en retournant à la villa, j’étais avec Mike, qui conduisait, et Tiffany à l’arrière, c’était avant la scène de double pénétration, on venait de tourner une séquence de supermarché – la rencontre entre miss K. et Tiffany, j’avoue au passage un penchant débile pour les décors de supermarché, enfin là, en l’occurrence, une supérette minable avec des bruits de frigo dans tous les sens - et donc sur la route du retour, Mike nous a traduit l’intégrale des paroles de « Hotel California », le fameux morceau des Eagles, paroles mystérieuses pour beaucoup de gens, en chantant version reggae, et franchement on s’est bien marré.)
Bon, on a changé d’avion. Escale à Madrid. La nuit est tombée, nous la traversons à bord d’un avion d’Air Iberia direction Paris. J’ai gagné à la loterie vu que je me retrouve par miracle assis à côté de Katy. La vie peut être bizarrement faite, n’est-ce pas ? On peut discuter, c’est cool. Une fille vraiment intéressante, très courageuse. Ça fait dix mois qu’elle fait ce métier. Elle a perdu son père il y a trois ans, il s’est pendu dans le jardin de leur maison. Il était alcoolique. Il avait quarante-trois ans. Sa mère a sombré dans l’alcool. Son jeune frère a quitté l’école. Katy subvient à leurs besoins. Ils vivent tous ensemble avec son petit ami. Mais son petit ami, elle le trouve immature. Ce n’est plus aussi bien qu’avant. Sans doute son activité d’actrice porno a-t-elle quelque chose à voir là-dedans. À côté de ça, elle poursuit des études de management dans l’hôtellerie et possède des parts dans un casino. Je lui ai demandé, vous vous en doutez, d’où lui vient sa technique du crachat qui restera dans les annales et aussi les baffes qu’elle balance aux mecs. Comme je le supposais, c’est un personnage qu’elle s’est créé. En l’occurrence, il fonctionne beaucoup mieux que Nina Roberts. Totalement crédible. Katy a passé beaucoup de temps avec des garçons quand elle était gamine, elle partageait leurs jeux, leurs attitudes. C’est comme ça qu’elle l’explique et ça semble logique, ce passé de garçon manqué. Mais Katy est capable aussi de faire des scènes soft. Si elle fait ce métier, comme elle me l’a dit, c’est de toute façon pour l’argent, rien d’autre. En même temps, elle le fait à 100%, ce qui rend sa prestation authentique. De plus, elle rêvait de devenir une actrice célèbre quand elle était petite, elle a pris des cours d’art dramatique, elle aime jouer, interpréter. En apprenant tout cela sur elle, je comprends maintenant pourquoi j’ai été immédiatement conquis par cette fille. Parce que physiquement, elle est loin d’être parfaite (bon, elle a quand même des cheveux magnifiques), mais elle dégage quelque chose. Encore une fois, on en revient au même truc : les filles doivent jouer pour que ça m’intéresse, et aimer ça. C’est ce qui s’est produit avec Katy. On a pas mal discuté - ce qui a permis à Mike de me chambrer en loucedé depuis son siège. Ma relation avec Katy aura prospéré au fil des jours ; finalement elle m’a filé son adresse e-mail et m’a proposé de venir tourner à Budapest. Pas impossible que je fasse ça. Greg serait sûrement ravi de rebosser avec moi. Après tout, la France craint. Cette phrase ne devrait pas faire tellement plaisir à Henri s’il la lit, je vais donner l’impression de cracher dans la soupe. Le problème je crois c’est que je suis un irréductible indépendant. Et que je déteste faire des concessions. Et que je ne supporte pas les caprices de star de mes deux. Et plus généralement la France est un pays de coincés, reac, sans envergure. Je ne supporte pas les contraintes, je ne supporte pas d’avoir des comptes à rendre, surtout à des gens que je n’estime pas pleinement compétents. Mais bon, c’est parce que l’on ne se situe pas sur le même plan : moi je fais un film, une création de l’esprit (ce qui a fait dire à Mike l’autre nuit que mon travail relevait soit du charlatanisme soit du génie créatif), Max gère sa relation avec son couple-vedette, c’est du pur bizness, un investissement dont il compte tirer profit rapidement. D’où la pression qu’il me met. Cela dit, s’ils n’assurent pas, ça n’a rien à voir avec moi. Le problème est qu’à ce jour ma relation avec eux est brisée, à cause de leur comportement inadmissible. Et là je ne pige pas que Max ne leur aie pas remonté les bretelles plutôt que d’amputer mon scénario. D’où mon ressentiment et mon envie de fuir pour faire du gonzo tout seul sans me prendre la tête. Katy m’a raconté une scène outrageuse avec cinq mecs, où elle n’a fait que de l’anale et de la DP. C’est là qu’elle a construit son personnage de guerrière. Quand elle fait une scène très hard, elle pense à son mec, à chez elle, elle s’abstrait. Elle se déconnecte. Elle n’a plus qu’à endosser son personnage de guerrière sexuelle. Et moi ? Mon personnage quel est-il ? En ai-je un ? Qui est Jack Tyler ?
Pour l’heure, Jack rentre chez lui. Il est dans le train. On est lundi matin. Il pleut. J’ai pleuré tout seul dans ma chambre de l’hôtel Ibis hier soir. On avait atterri à 22H30. Je suis resté avec Cyril, Greg et les deux Hongroises pour attendre un taxi. Ils allaient à l’Etap Hotel de Vitry car ils reprennent un avion ce matin direction Budapest. Quand je suis arrivé dans la chambre de l’Ibis, une irrepressible envie de pleurer m’a submergé. Se retrouver seul subitement dans cette chambre après la semaine que j’ai vécu, ça a été fulgurant. Maintenant je suis plus serein. Toujours un peu inquiet au sujet de la scène avec Tiffany, Greg et Phil, du fait que je n’ai pas tourné beaucoup (la faute à Max qui m’a pris la tête juste avant ET CE N’EST PAS UNE EXCUSE), mais j’essaierai de monter en parallèle la scène entre Olivier et les Hongroises. Je regrette aussi de ne pas avoir profité du décor de la piscine pour tourner des scènes spécifiquement érotiques (JE SUIS UNE MERDE). J’ai eu Henri au téléphone, je lui ai expliqué brièvement où j’en étais, la suppression des séquences parisiennes, la façon dont ça s’était passé aux Canaries, etc. Il est parfaitement au courant du caractère ingérable de miss K. et L. Il savait depuis le début que ce n’était pas un cadeau. Il me réitère toute sa confiance. Et espère que mes rapports avec Max ne vont pas se dégrader. Ce dernier point ne dépend pas de moi. Ce qu’il faudra la semaine prochaine, c’est que je fasse BEAUCOUP de scènes érotiques. Parce que comme je vous le disais la version soft n’est pas gagnée au jour d’aujourd’hui. J’ai vite renoncé à faire deux versions des scènes, c’est trop casse-burnes, pour moi comme pour les comédiens.
Mercredi 7 décembre – 02H19
Je tourne avec Marion Cotillard. Marion Cotillard est cette jeune actrice française que vous admirez tous et qui a travaillé à Hollywood – elle a joué dans « Big Fish » de Tim Burton (bof) et donné la réplique à Russel Crowe. Je considère Marion Cotillard comme une des meilleures actrices françaises, très jolie qui plus est, et fort bandante ; elle était remarquable dans « les jolies choses », même si le film est faiblard. Je n’ai pas vu « un long dimanche de fiançailles » car je suis en rupture idéologique avec le cinéma de Jean-Pierre Jeunet depuis « Amélie Poulain », cinéma qui participe à mon sens à la dictature de la vacuité et condamne notre société à se complaire dans un reflet morbide où prédomine une absence totale de morale et de sens, reflet pensé et fabriqué dans les agences de pub de l’ouest parisien. Enfin bref, j’aime beaucoup Marion Cotillard et Terri Summers lui ressemble de façon étonnante. Elle le sait d’ailleurs, parce qu’on l’a prise pour elle une fois dans une boîte aux Etats-Unis. Quand je lui ai dit à qui elle me faisait penser, elle savait qui était Marion Cotillard et m’a resorti l’anecote. Terri est terrible. C’est ma princesse sur cette partie-là du tournage. Ce qui m’aide, parce que du coup ma mise en scène s’axe autour d’elle. De plus, elle développe un personnage qui m’intéresse, toujours le même d’ailleurs, l’héroïne anti-Dorcel, qui assume sa sexualité et se méfie profondément des hommes. Elle a été parfaite. Je lui ai fait faire une interview dans laquelle j’ai integré des propos foncièrement féministes que je vais essayer de glisser au montage à l’intérieur des scènes de cul. J’ai tourné aussi des plans dans Paris, rue de Rennes et boulevard du Montparnasse, près de la Coupole, des plans à la Panasonic avec elle et Andrea qui se promènent, des plans volés en pleine rue, avec un temps dégueulasse, une lumière à chier, je ne sais pas ce que ça donnera. C’est des trucs que j’ai rajouté au scénario, d’une part pour développer le personnage de Deborah Lust, star US du porno, avatar de Terri Summers même si ça a été écrit à l’origine pour une délurée comme Taylor Rain, d’autre part parce qu’il me manque de la matière pour la version érotique, comme je l’ai expliqué précédemment. Si j’ai pu faire ça aujourd’hui, premier jour de tournage de la seconde partie, ainsi que deux scènes érotiques dont un réveil-bain-masturbation, et un deshabillage-masturbation en caméra subjective, bref si j’ai pu tourner ça, c’est que c’est pas moi qui filmais cet après-midi la scène hard de miss K. et L. Ce qui s’est passé, c’est qu’aux Canaries, lorsque j’avais eu une discussion houleuse avec Max, je lui avais lancé que s’il y avait un problème vis-à-vis de moi pour miss K. et L., il n’avait qu’à prendre quelqu’un d’autre pour filmer la scène. Du coup il l’a fait. C’est Véro, sa femme, qui a tourné la scène. Bon, ça ne me dérange pas plus que ça, du moment que j’ai la matière au montage, c’est la façon dont Max m’a fait avaler le truc que je trouve un peu gênante. Il m’a mis devant le fait accompli, comme s’il s’agissait de quelque chose de normal. Ce qui n’est pas le cas. Enfin bref, ça rejoint la discussion avec Mike de ce soir, après le tournage qui s’est heureusement terminé à 23H30, et pendant deux pintes de bière plus un demi pour finir, où nous avons mis à plat la problématique quant à faire du porno, qui sont ces filles, qui sont ces mecs, qui sont ces gens qui produisent ça, dans quel but, qui suis-je et que fais-je là, et Mike m’a dit qu’il se sentait capable de faire le hardeur, de jouer dans une scène, pourquoi pas. Je lui ai dit que je m’en sentais incapable. Je lui ai proposé de venir faire du gonzo avec moi et de passer hardeur pour l’occasion. On en revient toujours au même truc, on est entouré d’incompétents (je ne parle pas des comédiens ni de Cyril ou Emilie), de gens qui font ce métier pour des raisons bien différentes des miennes ou de celles de Mike (qui lui ne recherche que l’efficacité et le travail bien fait, même si je pense qu’il a conscience de la possibilité d’une dimension artistique à la chose), de gougnafiers, de gens qui n’ont absolument aucune vision artistique et s’en contrefiche royalement – mais cette remarque vaut aussi dans une certaine mesure pour le cinéma dit traditionnel, dont la vocation commerciale n’est plus à démontrer. En ce qui concerne le porno, il s’agit d’un système en marge, ghettoïsé, livré à la médiocrité – en partie pour les raisons économiques que l’on connaît mais qui n’excusent pas tout. On peut avoir des ambitions artistiques, une exigence vis à vis du travail et une éthique dans la précarité, je dirais même a fortiori dans la précarité. La morale et la dignité c’est tout ce qui nous reste quand on n’a plus rien. Avec Mike, nous avons envisagé à un moment que le porno ne serait pas un genre cinématographique à part entière. À cause de la manière dont il est pensé et fabriqué par les gens du X, il s’apparenterait plus au snuff movie. Mike me dit que la prochaine fois je devrais demander le double d’argent, à moins que Max change sa façon de fabriquer un film de cette ambition - Max qui nous a emmené déjeuner à la Brioche dorée (sic) ce midi, et ce soir dans une pizzeria. Mais peu importe. Ce qui me sauve, ce pour quoi je fais du porno et ce qui me fait croire en ce que je fais, c’est une fille comme Terri Summers, ma Marion Cotillard du X. Je vénère certains filles, c’est vrai. Elles me font décoller, je trouve ce que je cherche, et mon film sera peut-être intriguant. J’espère qu’il sera réussi en tout cas, et ce soir j’ai pas mal assuré. Malgré une fatigue préambulaire très inquiétante, j’ai appelé ma femme pour me ressourcer un peu, j’avais presque envie de pleurer en lui parlant. J’étais dans la pizzeria avec le reste de l’équipe, à savoir Max, Estelle, Emilie, Cyril, Mike, Sebastian - avec lequel je travaille pour la première fois -, et Emy, jeune recrue de Max, sympathique et plutôt maline, même si physiquement c’est pas ma came, mais qui m’a offert une scène intéressante et très porno, qui plaira sans doute aux amateurs de X traditionnel. Lumière bof, PD-150. Seb nous a gratifié de sa lourdeur légendaire en plaisantant sur sa bite souillée de bourguignon anal, au grand dam d’Emy qui n’a pas non plus sa langue dans sa poche et m’a bien fait marrer en faisant mine de venir m’embrasser avec le visage couvert de sperme. Avant ça, j’ai réussi deux scènes de comédie avec Andrea, Terri, Loïc, Seb et Emy. Emy a été bien. Seb pas terrible mais ça ira. Je leur ai fait bosser le texte tranquillement avant de tourner, j’ai fait des mises en place, des mécaniques, la routine quoi, mais une routine totalement inédite pour les gens du X. Bref, j’ai fait mon boulot, avec Max, Estelle et Véro bien attentifs dans un coin du plateau. On tourne dans un super décor. Un loft très chouette rue de l’arrivée, sous la Tour Montparnasse. On tourne à Paris, bordel ! L’hôtel est dans la même rue, à vingt mètres. Quel bol ! Ça a encore été la croix et la bannière pour avoir ce décor. À l’origine on devait tourner dans une maison pourrie de Noisy-le-grand. Puis ça a été une belle baraque près de Limours, mais le propriiétaire (un photographe de pub) finalement n’a pas voulu. Et enfin ce loft dans le 15ème dégoté par Estelle à deux jours du tournage. J’ai discuté avec le mec, je lui ai fait comprendre que j’adorais son décor – ce qui est vrai -, et il a accepté que je tourne aussi dans sa chambre avec salle de bain intégrée. C’est là que j’ai shooté de jolies choses avec Terri/Marion ce matin. Au départ, ce que Max m’avait appris lundi soir quand je suis arrivé, après avoir récupéré des fringues auprès de la styliste, c’est qu’il était prévu de tourner la chambre dans une piaule de l’hôtel où l’on créchait ! Quelle aberration ! Mais bon, le mec a été d’accord, apparement il aime bien se rincer l’œil. Il est photographe. Il fait des trucs en video érotiques pour le net. Si j’étais si vidé ce soir avant de commencer à tourner, c’est qu’on avait pas mal bossé déjà (même si Mike pense qu’on tournait plus de trucs dans une journée de tournage pour M6) et aussi que j’ai dormi seulement quatre heures la nuit dernière. Après avoir vu le décor, j’étais trop excité, j’avais tiré deux lates du joint de Double-Zéro d’Andrea, qui m’a déchiré après avoir travaillé avec Terri sur ce qu’on allait faire aujourd’hui, bref, impossible de dormir. (J’en avais même oublié mon portefeuille et mon portable dans leur piaule !) Bref, je refaisais le film dans ma tête, toutes les cinq minutes je rallumais pour prendre des notes, je trouvais d’autres trucs à filmer pendant que Véro fimerait L. et miss K. copulant, je réecrivais les scènes, repensais ma mise en scène en fonction du décor, et quand j’ai tourné, j’ai appliqué mes réflexions et mes idées, et j’ai été inspiré, rigoureux, j’ai fait bosser les comédiens et ça s’est très bien passé, tout le monde était ravi, on n’a pas fini trop tard – pas comme la nuit prochaine où l’on risque de terminer à 04H00 du mat, mega-partouze oblige. Terri et Andrea avaient fini vers 22H00. Je regrette de ne pas les avoir retrouvé plus tard, je veux dire maintenant. On serait allé boire des coups et j’aurais regardé Terri danser dans une boîte branchée en buvant du bon whisky. Ça j’aurais aimé. Mais non. Au lieu de ça je me suis imbibé de Guiness jusqu’à deux heures du matin en refaisant le monde (du porno) avec mon vieux complice Mike. Nous avons exalté nos esprits. À présent je suis dans ma chambre d’hôtel et je repense à ce qu’un pote m’a dit ce matin au téléphone, et qui m’est resté en travers de la gorge, ou alors j’ai mal interprété ses propos, il m’a demandé si les comédiennes dormaient dans mon hôtel, sous-entendant que je les baisais la nuit. Il est complètement à côté de la plaque. Du coup j’ai parlé à Nina de ma perte de désir sexuel. Elle dit que c’est normal. Ce métier annihile la libido. Qu’est-ce qu’il reste alors ? L’amour.
Jeudi 8 décembre – 04H08
Je ne sais plus trop quoi vous dire. Je ne sais plus trop où j’en suis. J’ai répondu à une interview pour le journal du hard de Canal+ tout à l’heure, c’était en plein tournage de la partouze, je n’avais pas du tout la tête à répondre à des questions, je ne sais même plus ce que j’ai dit, sans doute des conneries et le dixième de ce que j’aurais voulu dire, mais bon, de toute façon ce sera charcuté, alors il y a peu de chance que reste une trâce là-dedans de ce que le porno représente pour moi. Au moment où j’écris, c’est surtout de la fatigue qui pèse sur moi. Mais aussi le sentiment d’accomplir quelque chose. C’était criant avec la partouze de ce soir, qui s’est super bien passé. Les comédiens étaient à l’écoute, malgré la présence des photographes, de l’équipe du JDH et de touristes de passage. Max a estimé judicieux de prendre les choses en main, de montrer qu’il gérait l’affaire. Il m’a même interrompu à un moment pour laisser bosser les photographes, craignant sans doute que je les oublie. Il n’avait pas tort. J’étais bien parti dans le truc. J’avais l’intention de séparer les zones, de traiter les baises l’une après l’autre, et puis finalement c’est parti en live, je passais d’un groupe à l’autre, c’était chaud, intense, j’ai fait des images fabuleuses, surtout avec Terri et Andrea qui rayonnaient littéralement dans la lumière. J’avais changé les ampoules des lampes, mis des 150 watts, le visage de Terri irradiait, c’était somptueux. J’avais eu l’idée de génie de prendre la Pana. Alors j’y suis allé à la main. Nina qui intervenait dans la scène en tant que journaliste, filmait avec une petite Sony prêtée par un copain, ce qui me permettra d’avoir aussi des regards caméra. Moi je passais d’un groupe à l’autre, alors c’est sûr, quand ça part en live comme ça, t’es emporté dans un torrent d’énergie. Tu es happé par l’intensité du truc. J’ai fait des beaux plans. Je suis content. Avant ça, j’avais fait toute la mise en place de la soirée, avec miss K. et L. qui se découvraient, masqués, puis qui partaient baiser (c’est la scène que je n’ai pas filmé et je ne sais pas si ça matchera avec la partouze). Terri les conduisait, après un petit échange lesbien avec miss K., que j’ai failli ne pas faire – Max m’a rappelé à l’ordre. Max qui ne me parle presque plus ; je pense qu’il a peur de moi, ou peur de tout, je ne sais pas, nos rapports sont viciés. Me connaissant, je sais que je ne ferai aucun effort pour arranger la situation. Je trouve nul qu’il ne me témoigne pas plus de reconnaissance. Les mecs du journal du hard, je ne sais pas s’il ont une idée de ce qui me guide, je ne sais pas ce qu’ils ont pensé de la scène, de ma façon de bosser. Une chose dont je sois sûr, c’est que j’ai les mecs et les filles de mon côté. C’est une bonne chose mais finalement la question est : que suis-je en train de faire ? Seb n’est pas un type très attentionné avec les filles et c’est dommage, il leur parle mal et il y a eu un clash avec Cynthia pendant la partouze, heureusement ça n’a pas jeté de froid, je l’ai recadré sans manifester le moindre reproche ou la moindre contrariété, et c’est reparti. Cynthia est une jolie fille, plutôt sympa. Les autres, je ne sais pas. Elles ne m’ont pas inspiré - deux nanas de l’écurie de Max. Il n’y a que Terri que j’ai envie de filmer. Et c’est ce que j’ai fait – sans négliger le reste, bien sûr. La partouze est un moment important du film – et un passage obligé. En tout cas ce n’était pas crade, mais intense et charnel. Avant la partouze j’ai filmé une scène dans la cuisine avec Bamboo et Pascal, de vrais professionnels, gentils comme tout. Ils ont aussi participé à la partouze et ont même remis les couverts, Pascal aura éjaculé deux fois durant la soirée. Il a bossé avec Andrew Blake mais il ne s’en souvient même pas. Il a travaillé avec les plus grands, il connaît Andrea. Andrea qui a été parfait. C’est lui qui a donné le signal, ils se sont mis à baiser comme des sauvages Terri et lui, c’était impressionnant. Le reste de la troupe a suivi, un phénomène d’émulation je crois. J’ai remercié Andrea, je l’ai félicité. Terri, elle doit sûrement lire dans mon regard à chaque instant ce que je ressens pour elle. Son visage est un bonheur à filmer. Elle m’a donné beaucoup ce soir, c’était beau, charnel, puissant. Quatre positions je crois. Je pense que la partouze sera réussie. La comédie avant, je ne sais pas, on verra. On a attaqué à 18H00. Les filles sont arrivées au make-up à partir de 14H00. On a cassé à 1H00 du matin, alors que j’avais prévu 3H00. Max m’avait mis la pression sur l’horaire. Dans ce grand décor où il est tentant de taper dans tous les axes, je ne sais pas où planquer les photographes, les touristes et les autres. C’est un spectacle, une foire, on vient se rincer l’œil. Ce milieu me flanque la nausée, alors qu’est-ce que je fous là ? Je suis là pour le visage de Terri. C’est ce que j’ai dit au journal du hard, ils filmaient mon tee-shirt, je n’ai pas eu la présence d’esprit de le soulever et d’exhiber mon tatouage réalisé à Prague, d’autant que j’ai perdu du bide, tant pis, je leur ai donc dit que je faisais du porno pour filmer des visages (de femmes), pas des trous du cul. Je leur ai dit que ce que j’amenais au porno c’était le cinéma – mais bon, en fait je ne sais pas ce que j’amène. J’ai ajouté que j’avais des doutes sur le fait que le X puisse être considéré comme un genre cinématographique. Le journaliste m’a parlé de Michaël Ninn, mais j’ai fait remarquer que les gens comme Ninn évoluaient dans une autre économie, que le porno en France était ghettoïsé, manquait de rigueur, de compétence. On s’est fait la refléxion avec Mike, lors d’une pause photo pendant la partouze, qu’un tournage traditionnel c’était déjà le bordel, mais que là, ça atteignait des sommets inimaginables. Enfin au bout du compte, je crois obtenir ce que je recherche en termes d’intensité et d’émotion. En tout cas ce soir. Ce que je sais, et qui est terrible, c’est qu’il n’y a aucun respect pour les filles. Bordel de merde, et je participe à ça. Enfin, je ne vais pas faire mon chevalier blanc, les filles y trouvent leur compte aussi, mais ça m’a fait vraiment bizarre quand j’ai filmé Terri pour la première fois en train de se faire sauter. Ça m’a fait un choc, puis j’ai vu rapidement que c’était de l’amour. Ce n’était pas mécanique, ce qu’ils accomplissaient Andrea et elle, il y avait une authenticité à leur acte, quelque chose de leur relation l’imprégnait. C’était beau. Là j’ai filmé de l’amour – et j’ai filmé avec amour. Les autres, c’était de la baise. Je n’avais pas diné, alors je me suis avalé un poulet frites dégueu avec les trois Guiness habituelles (deux pintes et un demi) en compagnie de Mike après le tournage. Demain faudra que je file à Max mes notes de frais. J’espère qu’il ne va pas trop masquer. De toute façon il n’a pas intérêt à envenimer notre relation, c’est moi qui ai les rushes et vais me farcir le montage. Cela dit, ce sera un plaisir. Monter en boucle le visage de Terri Summers. Il faudra que j’essaye de me souvenir que c’est quand même miss K. l’héroïne de ce film. C’est marrant comme les Canaries me semblent lointaines. Cette partie parisienne relance complètement le récit. C’est très excitant. Demain dernier jour de tournage, scène d’amour Terri et Andrea - anale. Et après, Terri m’a proposé de sortir avec eux. Elle doit aller récupérer une valise de fringues chez Hustler, c’est une boite à Paris, affiliée j’imagine à la revue éponyme. J’envisage de me mettre minable grande taille. Et j’espère que Terri dansera pour moi.
Je viens de réveiller Andrea ; Terri prenait sa douche. Moi j’étais debout à dix heures, j’ai pris un petit-déjeuner avec Nina que j’ai retrouvé au café. À présent il est treize heures, c’est le dernier jour. Terri ne m’a pas fait la bise, nous avons des rapports très distants depuis le début, et ce n’est pas plus mal. Je suis très choqué de la façon dont le journal du hard l’a traitée, en ne l’interviewant pas sous prétexte qu’elle refusait de leur faire un show, de se masturber devant la caméra. C’est d’une indécence, proposer ça à une fille de cette classe ! Bon sang, elle a tourné avec les plus grands ! Blake, Ninn ! Ces journalistes de mes deux devraient se prosterner devant elle ! Selon Max, c’est à cause de ce contretemps que nous avons pris du retard hier. Max ne voit aucun problème à ce que les filles se branlent à l’œil pour Canal +. Moi ça me choque, nous ne sommes décidément pas du même monde – de plus Max ne semble pas particulièrement fasciné par la beauté de Terri. Personne ne voit de magie dans l’offrande que nous fait Terri lorsqu’elle se met à nu et fait l’amour pour la caméra. Ils ne voient qu’une meuf qui nique. J’ai dit ce que je pensais à Max de tout ça, mais je ne suis pas certain qu’il ait compris. Nina m’a raconté ce matin que Véro lui avait dit qu’ils avaient l’impression que je ne les aimais pas – ce qui est faux, je parlerais plutôt d’un fossé culturel. J’ai aussi le sentiment qu’ils n’estiment pas mon travail à sa juste valeur. Ils verront quand le film sera terminé. Les mecs du journal du hard, en revanche, ont semblé apprécier ma maestria – encore ce que Nina m’a dit. Quand ils étaient tous coincés dans la cuisine alors que je filmais la partouze, ils ont dû discuter sec entre les prises – voire pendant. Cet après-midi, séquence de comédie dans la voiture avec Nina, Terri et L., puis scène d’arrivée à l’appartement avec les mêmes, et ce soir scène d’amour Terri et Andrea. Je vais finir en beauté. Peut-être à la Pana.
Dimanche 11 décembre – 18H30
Je suis rentré chez moi. J’ai dormi dix heures la nuit dernière, ce qui ne m’est pas arrivé depuis belle lurette. J’étais épuisé. Le tournage s’est bien terminé, mais plus tard dans la soirée il s’est produit une embrouille insensée. Max a voulu faire un debriefing, en fait ça s’est soldé par un procès en mon encontre. Il m’a dit que je l’avais entubé. Que ma mission était de réaliser le premier film dont miss K. tiendrait la vedette, et que finalement elle n’avait qu’un rôle subalterne dans l’histoire. Ce qui n’est pas la vérité, son personnage est simplement plus fade que les autres, plus ordinaire. J’ai dit que c’était le scénario, qu’il n’avait qu’à réagir plus tôt. J’ai défendu mon film. Max m’a reproché de m’être montré aux petits soins pour Terri Summers. Ce qui est vrai : nous avons travaillé ensemble son personnage, ce qui est la moindre des choses – effort minimal que je n’avais pas pu obtenir de miss K.. Terri s’est montrée à l’écoute, elle a compris et interprété à la perfection ce que je lui demandais. C’est une fille intelligente. J’ai dit à Max que sa vedette était toute naze, que je n’arrivais pas à la filmer, qu’elle était moche, bête comme ses pieds et ne dégageait rien. Le fait est que je ne peux mettre en scène que des gens que j’apprécie, qui m’inspirent et acceptent de travailler leur rôle. Miss K., rien que faire trempette dans l’océan ça posait problème. Max considère que je l’ai trahi. Il m’a mis sur le dos une négociation foireuse avec Terri et Andrea ; selon Max, à cause de moi il a perdu mille euros – j’ai fait faire de la masturbation à Terri qui n’était pas prévue et il se trouve qu’elle n’a pas pu enfiler la robe de mariée que la styliste avait préparé pour elle. À côté de ça, Max a payé une paire de pompes à miss K. et un costard à L.. L., qu’on avait attendu deux heures cet après-midi avant de pouvoir tourner. La lumière a chuté et je me suis presque retrouvé de nuit. Obligé de shooter à 12 images. Donc j’avais les yeux rivés sur la serviette en papier que j’étais en train de déchiqueter dans mes mains, et Max me passait son savon. Devant Estelle et Cyril, probablement gênés pour moi parce que je pense qu’ils m’aiment bien, et Mike qui semblait subjugué par la tournure des évènements. Il a tenté de me défendre, je lui ai dit de laisser tomber. Ils sont malades de se conduire comme ça avec moi. J’ai tous les rushes, je n’ai pas signé de contrat, je peux faire ce que je veux du film. Finalement je me suis levé en leur disant que tout ça c’était de la perte de temps, que le film serait réussi et que maintenant je voulais me barrer. On était dans une pizzeria dégueu à côté du décor, on avait dîné un peu plus tôt avec Terri, Andrea et le journaliste de Hot Video. Ce dernier m’a appris être au courant de mes projets avec Colmax – alors que je ne devais les voir que le lendemain. Donc mes rapports avec la prod se sont franchement détériorés. On verra ce qu’il en sera dans quelques semaines, quand le film aura pris forme sur ma timeline. Pour l’heure il faut que j’installe un disque dur supplémentaire dans mon G4 dédié « aux frontières de la chair » (c’est le titre du film validé par Canal +). Ce film parlera du désir, du couple, du sexe, de la jalousie, de l’amour. Cette problématique est clairement mise en place, véhiculée par divers personnages – sauf que la plupart du temps le jeu des comédiens est atroce. C’est ce qu’on appelle un film-chorale, concept totalement inconnu aux yeux de mon producteur, dont la seule préoccupation consiste à avoir suffisamment de positions par acte sexuel et des photos correctes prises pas des malotrus. D’ailleurs on a encore eu un clash juste avant la scène avec Terri et Andrea qui cloturait le tournage, parce que j’avais demandé aux photographes de rester hors du plateau. Max est intervenu, je me suis énervé, et finalement ça s’est passé comme je le voulais, je les ai prévenu après chaque changement de position et ils sont montés prendre leurs putains de photos, les vautours, fixant des images très différentes de celles du film : dans le porno les photographes n’ont aucun respect pour ce que tu mets en scène, tout ce qu’ils veulent c’est des stéréotypes de poses, d’attitudes, d’ouvertures de vagin. En fait je vous le dis, c’est un milieu de merde, foncièrement médiocre et grossier, qui refile à sa clientèle de la matière à branlette. Aucun esprit, aucun souci d’esthétisme ni de sens, de la merde en barre pour vendre du papier glacé. Je n’ai que du mépris pour ça, et ça me vaudra bien une mise à l’index sous peu. C’est peut-être la dernière fois que vous entendrez parler de moi. Enfin, la scène avec Terri et Andrea s’est super bien passée. Ça commence avec un peu de dialogue, très assumé par les deux comédiens, qui ont eu l’air de jouer le jeu avec tout leur cœur, s’insultant allègrement, se traitant de tous les noms avant de se sauter dessus. « Fuck me, asshole », lancé par Terri Summers, ça vaut son pesant d’oscar. J’ai utilisé la pana, avec des lampes de chevet et une petite ambiance au néon, la lumière était très belle. Je suis super content. Terri a eu un peu de mal avec l’anale, je ne lui en ferai plus faire. Cette fille est une bombe. Elle n’a pas un corps parfait, mais les plus beaux seins qu’il m’ait été donné de filmer (et je commence à avoir de l’expérience en la matière) ; elle est tellement ravissante, et habitée par son personnage, elle a illuminé cette partie-là du tournage. Effectivement, elle fut ma star. Je suis allé les chercher à l’aéroport avec une rose, et le matin du dernier jour, je lui avais offert une boîte de chocolats. C’est peu de choses, mais voilà comment je traite les filles que j’aime. Ce qui a rendu fou Max. Ce qui me désole le plus au final, c’est que Terri m’avait réservé une surprise. Je devais les rejoindre en boîte après le debriefing foireux, au club Hustler rue de Berry. On est arrivé avec Mike, j’étais totalement abattu. La connasse à l’accueil s’est montrée désagréable, elle nous a pris de haut comme si on était des va-nu-pieds. Il y avait quatre gorilles à l’entrée. On a vu entrer des mecs, la clientèle de base, des espèces de nazes à cravate, des cadres ou des représentants de commerce, avec leurs tronches de cons qui allaient mater de la strip-teaseuse, et cette musique à gerber, on a décidé de se casser. On est allé fumer de la skunk et boire de la bière chez Mike, et je suis rentré me coucher, bien cassé mais toujours glauque. Or Andrea m’a appris le lendemain matin quand je les conduisais à Orly pour prendre leur avion de retour, que Terri m’avait réservé une fille rien que pour moi. J’aurais sans doute été très embêté. Je n’aime pas trop ce genre de trucs, a fortiori dans l’état où je me trouvais. Mais si j’avais pu me lâcher comme je le fais à chaque fin de tournage, peut-être aurais-je eu une érection, avec la fille s’asseyant sur mes genoux, me faisant des papouilles, tendant son cul vers moi ou me jetant des regards de braise - enfin, nul ne le sait. Tant pis, ce sera pour une autre fois. Finalement, c’est Andrea qui a eu droit aux cajoleries de la miss. C’est l’histoire de ma vie, l’histoire de ma relation avec mon ami Andrea. Ensuite le lendemain, je suis allé à mon rendez-vous avec Colmax. J’ai raconté comment ça s’était passé, le tournage et tout ça. Je suis reparti avec la commande d’une série de gonzo, peut-être tournerai-je les trois premiers à Ibiza en avril ou mai, et aussi un film scénarisé, un des deux projets que je leur avais envoyé. Je leur ai aussi parlé d’une histoire que j’ai en gestation, un truc sur une jeune nana qui va se perdre dans le sexe, un film traditionnel avec de vraies scènes de cul explicites et un gros porc qui se prend un coup de couteau dans l’œil à un moment donné. Bref, je suis reparti pour de nouvelles aventures. Mais avant ça, je dois monter « aux frontières de la chair », et laisser de côté tout mon ressentiment afin de fabriquer un beau film – en dépit de ses nombreux défauts, du jeu catastrophique notamment. Laisser de côté aussi tous les regrets que je peux avoir, car au fil des jours, comme après chaque tournage, me viennent à l’esprit des plans que j’aurais dû faire, par exemple travailler les moments après la nique, faire se regarder les personnages, fumant une clope, se souriant, quelque chose de l’instant présent, la magie du rien, avec beaucoup d’intensité dans le vide, dans l’intangible, l’énergie post-coïtale qu’il y a dans une chambre après une baise d’enfer. Les regrets aussi par rapport à l’interview pour le Journal du Hard où je n’ai pas dit le dixième de ce que j’aurais dû dire, notamment ma vision du porno, de l’image de la femme, cette image que je dessine film après film et qui me semble si captivante. En un mot : la guerrière. J’ai écouté quelques trucs que m’a filés le musicien avec lequel je vais bosser, ça m’a plu. Il est motivé, on va faire du bon boulot. Je suis rentré à la maison, j’ai retrouvé avec joie ma femme et mes enfants, j’ai accompagné un de mes fils (le plus jeune) à un tournoi de foot par un froid polaire, et le soir, nous sommes tous allé à la fête de Noël de l’école, et devinez quoi, j’ai filmé. Je ne sais pas quand je pourrai monter les images. Je vendrai 15€ le DVD aux parents. C’est seulement après tout ça que j’ai enfin pu aller me coucher. J’ai fait un rêve où apparaissait Michel Gondry, un ancien pote à moi. Il ne doit pas avoir de problèmes avec ses producteurs, lui. Mais il ignore tout du bonheur qu’il y a pour un réalisateur à filmer des actes sexuels pour de vrai.
Bon. Deux nuits plus tard, ma femme et moi nous avons fait l’amour.
Ce qui veut dire qu’il ne faut jamais perdre espoir.
Epilogue
Dimanche 22 janvier 2006 – 15H20
Ma femme vient de partir se promener. Elle fait la tête. Elle en a marre du cul, de toutes ces filles que je filme et qui me font vibrer. Je peux la comprendre. Le montage touche à sa fin. Je suis très content du film. Comme je m’y attendais, il sera réussi – en tout cas au regard de ce qui se fait en France. J’ai attaqué le boulot juste avant Noël. Avant ça, j ’avais eu une semaine de numérisation pour rentrer toutes les images et effectuer la synchro des prises tournées avec la Panasonic. J’ai mis dix jours à assembler un ours de trois heures. Puis cinq jours pour la première version X, qui faisait un peu plus de deux heures. C’est à ce moment-là pour la première fois que j’ai eu des nouvelles de Max. On s’était juste envoyé un mail de bonne année et je lui avais écrit que j’étais content des rushes. Sa discrétion est bizarre, j’ai peur qu’il ne veuille pas me payer l’argent qu’il me doit encore, ce qui me mettrait vraiment dans la merde. Il est convenu que j’envoie simultanément à Max et à Henri la même version, soit la version DVD, qui sera plus longue que la version Canal +. Celle-ci ne doit pas excéder 1H46. En revanche, en DVD je peux aller jusqu’à 1H55. Pour Canal +, je devrai également couper certaines choses, comme les baffes lors de la scène Terri/Andrea, ou les crachats de Katy. De toute façon je couperai ce que Henri me demandera de couper ; ça me va très bien comme ça. Je suis globalement satisfait du film, surtout à partir du deuxième tiers, tout le milieu du film et jusqu’à la fin ça dépote grave. La scène de DP, contrairement à l’impression post-tournage que j’avais, est super réussie. Tout ce qui se passe avec Katy aussi, autour de la piscine et dans le salon. Le montage s’est fait sans douleur, j’en ai moi-même été surpris. Ce mois-ci ils parlent de moi au Journal du hard, ils ont passé le sujet sur le film. Pas une seule seconde ils ne parlent de miss K. En revanche, ils ont gardé ce qu’il fallait de mes propos. J’ai été très agréablement surpris. Un peu choqué quand même par l’apparition de mon producteur vantant les mérites d’une bonne partouze tout en pelotant Emy. C’est pas comme ça qu’on relèvera le niveau du porno en France et qu’on améliorera son image – mais bon. Je devrais recevoir incessamment la musique de mes amis d’Abstrackt Keal Agram. Je suis allé travailler deux jours à Paris avec eux. Ils ont été surpris par le côté beaucoup plus hard de ce film comparé à « Propriété privée ». Ils ont composé des choses, ou m’ont simplement prêté des morceaux déjà faits ou à réarranger. La musique sera bien. Celle de l’autre musicien aussi. Du coup j’ai pu annoncer à Max que je tiendrai mes délais : le DVD sortira en avril comme prévu, et sera annoncé avec un dossier spécial dans le Hot Video qui paraîtra fin mars. Henri parle d’une programmation sur Canal + en novembre 2006. En mars passera « Propriété privée » , et également paraîtra « Rec. », un roman que j’ai écrit sous le pseudonyme d’Adam Nash, aux Editions Inverse. (Vous avez le droit de l’acheter, parce qu’il risque de ne pas se vendre beaucoup ; je ne suce pas Beigbeder, ni personne chez Gallimard ; je ne connais aucun journaliste ni personne du sérail.) Et en mai devrait sortir aux Editions Canubis un autre bouquin que j’ai écrit, un polar qui s’intitule « PK », une histoire de tueur fou avec plein de sexe et d’ultraviolence. En ce qui concerne « la chair », il me reste à fignoler le montage, les sons, la musique, l’étalonnage, le générique, et bricoler quelques bonus pour le DVD, mais je suis déjà projeté dans le futur : j’ai confié à Henri l’ébauche d’un scénario, qui m’a été inspiré à l’origine par cet extrait du merveilleux poème de Michel Houellebecq tiré de son dernier bouquin (dont les cent premières pages sont insupportables, mais après ça s’arrange) et qui en constitue le climax :
« Il existe au milieu du temps
La possibilité d’une île. »
J’ai tourné et retourné ces vers dans tous les sens, et ça a donné un récit déconstruit, sur le désir, la fin du désir, l’amour, la trahison. Je le tournerai peut-être avant l’été, peut-être après. Avant ça, je vais essayer de partir à Pâques à Ibiza réaliser du gonzo pour Colmax. A priori ça devrait se faire, dans la mesure où ils en ont parlé à plein de gens – à Henri notamment. En revanche, c’est possible que je produise moi-même mon prochain gros film. Ça dépendra de la trésorerie dont je disposerai et du budget nécessaire. Quant à Max, je ne sais pas si je retravaillerai pour lui un jour ; ça dépendra, j’imagine, de la carrière du film, et de nos envies respectives. Le problème est qu’ils ne sont pas nombreux à produire des gros films X en France aujourd’hui. Bon, il faudra bien que je reprenne contact avec Dorcel. Quand Henri m’interrogeait sur mes projets, je lui ai dit qu’à terme je finirai par supprimer toutes les scènes de cul de mes films, et qu’alors on pourra parler véritablement de cinéma indépendant. En attendant, je fais ce qu’on me permet de faire.
PS : Samedi 4 février j’étais au salon de Bruxelles où avait lieu la cérémonie des awards. On m’avait prévenu quelques jours plus tôt que « Propriété privée » était nominé dans trois catégories : meilleur film, meilleur réalisateur budget moyen (sic), meilleur scénario. Colmax a jugé bon que je m’y rende, la perspective de recevoir un prix étant plus que réaliste – les jeux étaient faits, dirons-nous. Je me suis donc levé à 6H00 du matin, j’ai pris un train pour Paris, changé de gare et embarqué dans le Thalys pour Bruxelles. Là j’ai retrouvé Vincent de Colmax au salon ; Vincent est un mec sympa, nous avons à peu près le même âge, il vient de la musique, nos cultures sont proches et nous partageons un regard relativement décalé et amusé sur le milieu du X, bref on ne se prend pas trop au sérieux. Le stand Colmax était chouette, ils ont quand même un putain de catalogue. Un écran balançait des films – le mien notamment. Aller à ce salon fût l’occasion de faire la connaissance de gens et d’en revoir d’autres. J’ai donc discuté avec John B. Root, Fred Copula, Phil, d’autres dont je ne me souviens plus du nom, Eric mon pote photographe de « Propriété privée » (c’est lui qui m’avait prévenu en premier des nominations) ; j’ai revu Sebastian Barrio qui m’a dit des choses très gentilles sur ma façon de bosser (ce qui m’a un peu troublé vu que je n’avais pas trop eu le feeling avec lui) ; j’ai revu Nomi à qui j’ai dit que je pensais à elle pour un film et que j’avais souhaité la prendre pour « Aux frontières de la chair » mais que Max n’avait pas voulu (elle était au courant) ; Katsumi m’a un peu snobé, je ne sais pas pourquoi, à mon avis c’est parce qu’elle est comme ça ; j’ai revu Cynthia Lavigne, fait la connaissance d’Allison Rey : à elle aussi j’ai dit que je pensais à elle pour un rôle, ce qui est vrai, et que j’avais voulu la prendre pour « aux frontières », mais que Max n’avait pas satisfait ma demande – elle aussi était au courant… Allison est une fille super bandante, avec un gros cul, mais vraiment bonne… Vincent m’a dit que sa copine était gaulée un peu pareil ; évidemment, à table, comme on se faisait un peu chier, on parlait de meufs, forcément. Le problème c’est que cette cérémonie manquait de filles – c’est un paradoxe ! Je m’attendais à un bataillon de Tchèques et de Hongroises – tu parles. Vincent m’a expliqué que le salon avait scissionné l’année dernière, et qu’un événement concurrent se déroulait dans quinze jours – allez comprendre… Donc pas de filles de l’Est, à mon grand dam. Du coup, et ce malgré la présence à notre table de deux jolies actrices espagnoles, on a scotché sur une bombasse italienne. J’apprendrai plus tard dans la soirée que la fille est en exclu avec une boîte italienne, c’est une ancienne modèle – elle est vraiment canon. Ah, les Italiennes… Vincent est aussi très ému par Aria Giovanni, comme moi. Le porno tend à t’accoutumer à des physiques moyens ; ce n’est pas mon cas, j’ai une putain d’exigence en ce qui concerne les filles, désolé. Tout lors de cette soirée est venu comme du bonheur. Il faut dire que j’ai battu mon record d’absorption de whisky, record qui tenait depuis la soirée finale du tournage de « Propriété privée », quand on est sorti en boîte et qu’Axelle s’est inquiétée sur mon état et que je lui ai répondu : « J’ai à peine bu ! » d’une voix d’ivrogne (scène immortalisée dans le making-off). Donc merci à Colmax pour l’open bar ! Du coup Vincent est revenu à la charge sur le scénario ; faut que je me magne de le pondre ; ils s’impatientent. En attendant j’ai reçu quelques photos de filles envoyées par Terri pour les gonzos. Le texte que j’avais filé à Henri, c’est de la merde. Bâclé, merdique. Je vais envoyer autre chose – même thématique, mêmes intentions, mais mieux rédigé, plus explicite en tout cas. Henri me fait confiance ; on a passé la soirée entière à discuter (avant et après la cérémonie, vu que pendant nous n’étions pas à la même table), et il en a été ravi. Quand je suis monté sur scène pour recevoir ma statuette du meilleur film, ça venait à la toute fin de la cérémonie, l’ambiance était dissipée, les gens bavassaient, j’étais complètement ivre, j’ai donc rien dit de ce que je voulais dire, juste remercié Nina, Tiffany, Axelle, Phil et Andrea et puis salut – ah oui, j’ai remercié l’Académie des Césars - mais personne n’a relevé. J’ai oublié notamment de rendre hommage aux guerrières – je manquais de concentration. Vincent m’a fait remarquer que je n’en menais pas large. Je m’en fous : ce que j’ai à dire, je le dis là. Je le dis quand je travaille, aux gens qui bossent avec moi. Ce que je pense, mes films en sont l’expression. Phil a eu un prix aussi ; il a profité de la tribune pour défendre le film scénarisé. Tiffany a été récompensée, ça m’a fait plaisir. On a longuement discuté aussi, de notre collaboration, du travail ; elle était à la table de Max - la plupart des gens que je connais était à cette table, moi j’étais avec Colmax. J’ai filé « Aux frontières de la chair » à Max et à Henri ; je l’avais achevé vendredi et gravé un DVD dans la foulée pour le leur remettre. Maintenant j’attends leur coup de fil ; j’espère que ça ne tardera pas ! Un peu plus tard, de retour au bar, Gregory Dorcel m’a demandé si j’étais content et m’a payé un whisky. Je ne sais plus ce que je lui ai dit. Sans doute merci et que oui, j’étais content. En fait je reluquais leur starlette Oksanna, plutôt mignonne et chic, en souriant bêtement avec ma statuette sous le bras.
OK. Ils ont été ravis du résultat. Henri, qui n’est pas du genre à passer de la pommade, m’a dit que certaines scènes du film comptaient parmi les plus belles qu’il ait vues – et des scènes de cul, il s’en est tapées ! Je pense qu’il faisait allusion à la DP et au salon. Je crois en effet que j’ai fait un grand film. Chez V.Com ils ont été scotchés aussi. Du coup ils m’ont demandé de faire un commentaire audio pour le making-off et une petite interview dans laquelle j’explique mon rapport au porno. Je crois qu’au final il y a des chances pour qu’on refasse un film ensemble. En attendant ils sont en train de me mettre sur des petits trucs soft pour Kiosque – des strip. Par ailleurs, le titre du film a changé : ce sera « Eloge de la chair ». On en revient au titre initial, qui ne plaisait pas à Henri, mais finalement il a changé d’avis. Moi je suis ravi car je trouve qu’il correspond mieux au film et à son propos. « Aux frontières de la chair » ça collait au point de vue du personnage d’Angela. Or le film dépasse ce point de vue. Voilà voilà. Quant à mon prochain film, c’est décidé, ce sera « Le démon », un projet que j’ai dans mes tiroirs depuis cinq ans. C’est en fait le tout premier scénario que j’avais envoyé à Colmax à l’époque, et qui leur avait plu – ça m’avait permis de les rencontrer. Henri aussi connaît le projet. Il fallait que je me mette sur quelque chose de plus ambitieux encore que « la chair ». C’est pour ça que je séchais grave sur cette histoire houellebecquienne - trop banal, trop mollassonne. « Le démon » est un film drôle, singulier, très anar. Bref, un super projet. J’espère le tourner en juin. Je suis à la recherche du décor. D’ici là, je devrais partir à Ibiza faire du gonzo ; Colmax a validé mon budget. C’est Terri Summers qui s’occupe de tout préparer là-bas – location de la villa, casting, etc. Je partirai avec Phil, qui est ravi. Ah au fait, Terri est enceinte. Inutile de dire que cet enfant à venir sera sans conteste magnifique. Je suis sûr que ça fera beaucoup de bien à Andrea de connaître le doux envoûtement de la paternité.
Jack Tyler
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