Par Jack Tyler
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Avant toute chose, et si je dois raconter l’aventure de « Diary of Sex », je tiens à
remercier toutes les personnes qui m’ont aidé, soutenu et qui ont participé à ce projet.
Je veux parler des actrices, Mia, Angell, Shannya, Flo et Sabrina, de Cruz et d’Andrea,
de Nina et Rash, d’Eric, d’Olivier et de Claire. Sans oublier bien sûr celui
sans qui je ne serais pas là aujourd’hui, sans qui je ressemblerais sans doute beaucoup
plus au narrateur de mon film, un nouvel avatar de Jack en mode loser. Cette personne
c’est mon producteur, qui avait déjà financé mon précédent film « Institution privée »,
que j’ai tourné à Montreal l’an dernier. Cette fois-là déjà il fût l’homme
de la dernière chance, récupérant le projet après que Colmax puis V.Communications y
eurent renoncé. Cet homme est donc mon sauveur attitré.
Pour revenir au tout début, il faut remonter à avril/mai, quand Colmax (sic) m’a demandé
de travailler sur un concept de scènes pour Internet. Un film scénarisé se rajoutera en cours
de route, et j’étais venu rencontrer quelques actrices sur Paris. Je voulais travailler
avec de nouvelles têtes. Le scénario avait été validé par Canal+, une date de programmation à
la clef, mais Colmax finit par jeter l’éponge. Je venais de terminer le projet Québec,
qui avait été lourd : 6 programmes à fournir dont un film pour Canal+ qui devrait connaître
une diffusion en février prochain. J’étais exsangue, sans un rond en poche ni projet en
vue. Aucune proposition de nulle part, même de V.Com avec lesquels je pensais pourtant avoir
bati une relation de fidélité. Je devais accompagner le tournage d’un film d’Ovidie
au Danemark pour réaliser un gonzo avec Carla Nova, mais V.Com annula tout au dernier moment.
Du coup je me suis lancé dans l’écriture d’un long-métrage de film « normal »,
un sujet qui me travaillait depuis des années et que j’ai écrit avec beaucoup de facilité,
ce qui signifie que ce devait être le bon moment pour m’y mettre. A l’heure
qu’il est j’ai un producteur pour ce film, mais ceci est une autre histoire.
En juillet, alors que ma vie ne ressemblait pas à grand chose, taraudé par les soucis
d’argent et des problèmes de couple afférents, Colmax me rappelle pour relancer le projet.
Cette fois-ci, ils ont le financement. Je retravaille sur la base d’un nouveau budget,
j’écris un nouveau scénario, je cale un pré-casting, on prévoit le tournage pour
septembre. Ça semble rouler. Le scénario est plus ou moins validé par Canal+, je le retravaille
un peu. Le film s’intitule DIARY OF SEX et a la particularité d’être entièrement
réalisé en caméra subjective – et en HD. Je me commande un petit bijou de chez PANASONIC,
une caméra qui tient dans la poche et pèse 114g (le double avec son grand angle). La caméra
subjective me permet de faire fi des tracas de lumière et autres qui alourdissent le tournage
HD. Là, si l’image est un peu pourrie, c’est pas grave, ça fait partie du concept.
Ça me permettra aussi d’avoir des regards caméra, ce qui ne se fait jamais dans les films
dits scénarisés. Et d’être très fluide en terme de mise en scène. De tourner en plans
séquences et de monter en jump-cut. La contrepartie, pour obtenir une impression de réalité
documentaire (l’action se situant sur un tournage de film porno), c’est que le jeu
des comédiens devra être le plus naturel possible. Ayant rencontré les actrices au préalable,
j’ai pu écrire des rôles sur mesure, et encore une fois, le tournage me prouvera que je
ne me suis pas tellement trompé sur la personnalité des filles. Je sens tout de suite à quel
genre de personne j’ai affaire. Enfin, pas tout le temps non plus.
Patatras. Quinze jours avant le tournage, dont les dates ont été calées depuis un moment, juste
après celui de John B.Root en Crête histoire de ne pas se marcher sur les pieds, Colmax me
laisse tomber comme une merde. Tout était organisé, il me manquait juste l’argent sur le
compte en banque – l’essentiel, quoi. Bizarrement, je n’ai pas paniqué,
j’ai même été soulagé. Ma confiance en eux était toute relative. Ce que j’ignorais,
c’était leur aptitude à faire fi des rapports humains. S’ils lisent ce papier,
ils vont sans doute m’en vouloir de dire cela, mais c’est bien peu de choses au
regard de ce qu’ils m’ont fait vivre, de la façon dont au final ils m’ont
traité. Même si l’argent ne venait pas directement d’eux, mais d’un obscur
banquier Suisse, un sale fils de pute dont je ne pense pas être le seul à avoir envie de briser
les genoux à coups de barre de fer.
Rapidement, je contacte mon producteur. J’avais déjà pensé à lui au mois d’août, à
un moment où ma confiance en Colmax s’érodait. Mais Vincent avait protesté, me
garantissant que son banquier Suisse était fiable. Bref, mon producteur me demande de lui
envoyer le scénario, le budget, etc. Il réagit très vite, trouvant le projet bien plus
intéressant qu’« Institution privée ». Mais je dois revoir le budget à la baisse, et
réaliser un petit film en plus pour Kiosque afin de rentabiliser l’opération. Je
l’écris très vite, utilisant le même concept de caméra subjective, le même décor et le
même casting, sauf que cette fois les actrices ne joueront pas exactement leurs propres rôles.
Par contre je reste Jack, réalisateur de film porno qui se fait prendre en stop par cinq nanas
(situation hautement improbable, je vous l’accorde). Au final, si tout va bien,
« Diary of Sex » devrait connaitre une exploitation sur Kiosque et en VoD avant son passage
sur Canal+ prévu en novembre 2009 (autrement dit dans un siècle) et « Little Diary of Sex »
sur Kiosque également. Je livrerai aussi cinq modules VoD. et un programme érotique. Le fait de
tourner en caméra subjective et d’avoir une approche documentaire me permettra de
mélanger diverses images dans « Diary of Sex », même s’il y aura un fil conducteur fort :
l’histoire d’une jeune femme (Mia) qui croit partir en vacances aux Baléares et se
retrouve en fait sur un tournage de film pornographique. Mia Moore est la seule à ne pas jouer
le rôle d’une actrice X. L’idée c’est que ses scènes hard devront plus
ressembler à la vie que les autres scènes, qui elles sont des scènes gonzo que tourne Jack.
Bien sûr, cela aurait relevé du miracle de parvenir à obtenir ça.
Le projet relancé, je n’étais toujours pas au bout de mes peines. Alors que les billets
d’avion avaient été achetés, et que j’avais renégocié leurs tarifs avec tout le
monde, une actrice me plante sans autre forme de procès, ni la moindre excuse. Selon elle je
ne la paie pas assez (alors que l’on s’était mis d’acord une semaine plus
tôt et que je traite tout le monde équitablement). Je ne m’explique pas son subit
revirement. D’autant qu’à côté de ça j’ai appris qu’elle
s’engageait sur des projets bien moins « prestigieux ». Du coup ça m’a fait
réfléchir sur ma soit-disant côte dans ce métier, et sur l’intérêt des actrices pour les
films un tant soit peu ambitieux, avec des rôles à défendre. Ça m’a fait redescendre sur
Terre. Dans la vie, il peut vous arriver des choses miraculeuses qui vous redonnent confiance,
de l’estime pour vous-même et pour ce que vous faîtes, mais ça ne dure jamais : il y a
TOUJOURS un retour de baton. Toutefois la déconvenue avec Milka fut vite effacée par
l’enthousiasme de Sabrina Sweet quand je l’ai appelé pour lui proposer le rôle.
Elle a dit oui avant même qu’on parle argent. J’avais bien accroché avec Sabrina
sur le tournage du « Sanctuaire » et on s’était dit qu’on retravaillerait un jour
ensemble. Sabrina est une fille bien. Quant à Angell Summers, elle non plus ne devait pas
faire partie de l’aventure au départ. Quand je l’avais rencontrée en avril dernier,
lorsque je préparais le premier projet pour Colmax, Angell m’avait semblé timide et
réservée ; elle ne m’avait pas tapé dans l’œil. De plus, la présence de son
petit copain à moitié autiste pendant l’entretien m’avait mis mal à l’aise ;
je m’étais dit : « Merde, encore une de ces filles qui débarquent dans le porno manipulée
par un mec ». Je m’étais sans doute trompé, mais bon, j’avais eu une mauvaise
impression. Peu de temps après, Angell tourna sa première scène pour Christian Lavil, puis une
scène pour B.Root. John m’en avait montré un bout, et là non plus je n’avais pas
été convaincu. J’avais eu le sentiment qu’elle se retenait. J’avais donc
oublié Angell, et pris Flo d’Esterel que l’on m’avait recommandé, et dont
j’aimais bien le physique très « girl next door ». Au téléphone, le courant passait. Je
vis aussi Shannya Tweeks, que je pris tout de suite, en remplacement d’Axelle Parker qui,
entre le mois de juillet quand je l’avais contacté et la fin du mois d’août, avec
la sortie du Hot Video dont elle fit la couverture, se mit à pratiquer des tarifs prohibitifs.
Avec Shannya, je sentis une hardeuse de première bourre, ce que le tournage me confirmera.
Mais revenons à Angell, qui me téléphona au mois de septembre, s’étonnant d’avoir
vu son nom au casting de mon film sur le site de Hot Video. Pour la petite histoire, j’ai
rompu toute relation avec Hot Video. Je les avais contacté en mai pour leur proposer un projet,
après que Colmax m’ait laissé tomber comme une merde. Apparemment ils semblaient ouverts,
et un premier rendez-vous devait être fixé au mois de juin. Puis en juillet. Puis en août. Pour
finalement ne plus avoir de nouvelles. Du coup, quand les gars du site m’ont appelé pour
faire une interview, je leur ai dit que je cessais toute relation avec Hot Video tant que je
n’aurais pas eu de retour de leur part concernant ce rendez-vous, ou au moins une
explication. Depuis, rien, si ce n’est de fausses informations dont celle m’accusant
de leur avoir posé un lapin pour cette interview, ce qui ne fut absolument pas le cas. Mais si
ça les arrange de distiller des contre-vérités et de me faire passer pour quelqu’un
d’incorrect, c’est leur problème. Je garde en mémoire l’accueil sympathique
que je leur ai toujours réservé sur mes tournages, voilà pourquoi j’espérais une sorte de
renvoi d’ascenseur, et je me dis que j’ai été bien naïf (voire con) dans cette
affaire. Bref, avec Angell on en a bien ri, et je l’ai trouvé au téléphone sympa,
marrante et chaleureuse, bien différente de la jeune femme que j’avais rencontrée
quelques mois plus tôt. Angell avait pris de l’assurance et ça se sentait. A cette
époque-là, le casting devait comporter quatre Françaises (Mia, Milka, Flo et Shannya), deux
actrices espagnoles, et comme garçons Andrea, Cruz et un Espagnol. Mais Andrea, qui
s’occupait de dégoter les actrices hispaniques, galérait. Personne n’accepterait
mon tarif. Il n’était pas question que je me montre inéquitable, c’est à dire que
je traite les Espagnoles mieux que les Françaises, d’autant que budgétairement je
n’avais aucune marge de manœuvre. J’ai donc dit « Fuck les Espagnoles », et
j’ai rappelé Angell pour lui proposer de participer au projet. Elle a dit oui tout de
suite. Enchaîner un B.Root et un Jack Tyler ne la dérangeait pas ; et après tout, à ce
moment-là, Milka devait faire les deux aussi. Quand cette dernière m’a planté,
j’ai réparti son rôle entre Angell et Sabrina. Au final, à part Mia qui avait le rôle
principal, les quatre autres actrices se retrouvaient avec des rôles d’importance
équivalente, le cul étant réparti sur les deux films. Ensuite j’ai pris la décision de me
passer du hardeur espagnol. Il devait participer à la scène finale et à une double avec Andrea.
Mais son rôle n’était absolument pas développé, ce que Canal+ avait déploré. Du coup je
l’ai giclé du casting, faisant quelques économies au passage. Pour la scène finale, Cruz
enchaînerait les partenaires. Quant à la double, j’allais donner de ma personne, godant
Shannya pendant qu’Andrea la baiserait. Une première pour moi, qui n’ai jamais
touché une actrice sur un plateau, mais je trouvais l’expérience amusante, d’être
obligé de cadrer et de goder en même temps. Et puis j’en avais un peu marre de me faire
chambrer avec mes principes à la con, sans doute déplacés dans un milieu qui finalement se
fiche pas mal des questions d’éthique. Quand j’en ai parlé à Shannya, après tout
la principale intéressée, elle n’y a vu aucune objection. J’espérais seulement ne
pas trop m’y prendre comme un manche. En tous les cas, je ne m’étais pas planté en
lui assignant le rôle le plus sexué. Cette fille allait se révéler véritablement démoniaque.
Mia, son rôle, je l’avais écrit pour elle, après l’avoir rencontrée. C’est le
fait d’avoir le rôle principal qui l’a convaincu d’accepter le projet. Elle
m’aura au final accordé dix jours de tournage pour un forfait plus que sympathique. Ce
qui signifie que certaines actrices peuvent être motivées par un bon rôle dans un bon film,
plutôt que par l’argent, la baise ou les voyages (d’autant que Mia n’aime
guère quitter ses deux chiens et son petit copain). Avec son physique juvénile, Mia incarnerait
parfaitement la jeune étudiante, ou serveuse, libre dans sa tête, très naturelle, face à des
femmes plus sexuées que sont censées être les actrices X. Mon casting fonctionnerait bien,
avec, une fois n’est pas coutume, une majorité de blondes. Si le jeu était à la hauteur,
le film serait réussi. Je n’avais à ce stade aucune appréhension concernant les scènes
hard, étant donné le pedigree de mes actrices et les compétences reconnues d’Andrea.
Andrea jouant le hardeur ami de Jack, qui l’appelle pour qu’il vienne tourner du
gonzo. Il allait avoir six scènes hard pour sept jours de tournage. J’espérais
qu’il serait comme dans la vie, mais le problème avec lui, c’est que dès que tu
lances le moteur pour de la comédie, il devient subitement mou et empoté, rien à voir avec ce
qu’il est au naturel. Sa consommation conséquente de cannabis n’arrangeant rien,
le rendant incapable de retenir et d’appliquer des consignes, et donc impossible à
diriger. En revanche, il se montrera toujours aussi performant dès qu’il s’agit
de niquer. Quant à Cruz, il jouera un jeune Français rencontré par Mia sur la plage, qui se
trouve être à la rue et sera recueilli par la jeune femme dans la maison du porno. Il finira
par sympathiser avec les actrices tant et si bien qu’il en baisera une ou deux.
J’ai voulu retravailler avec Cruz parce qu’il est sympa et beau garçon,
qu’on ne le voit pas trop dans les films, qu’il a un physique « normal » et que je
voulais changer de crêmerie. Très peu de dialogue à défendre en revanche, parce que c’est
un film pro-nanas et que le type qui a le plus de texte c’est Jack – autrement
dit : moi. Mais Cruz me fera trois scènes hard très réussies ; le garçon a fait beaucoup de
progrès dans ce domaine – l’école gonzo sans doute.
2
Nous avons atterri à Palma de Majorque le jeudi 9 octobre 2008. Je ne connaissais pas
l’île. A l’origine, le film devait se tourner à Ibiza, où Andrea vit une partie
de l’année, et où j’avais déjà travaillé, mais les décors et les vols se sont
révélés bien plus onéreux qu’à Majorque. Andrea m’avait mis en contact avec un
certain Peter, époux d’une actrice espagnole avec laquelle j’avais travaillé, et
qui était censé préparer le terrain pour nous. Andrea ne connaissait pas Majorque. Peter
devait nous dégoter une maison où loger et tourner, des véhicules, un peu de matériel lumière,
et m’accompagner en repérages sur l’île le lendemain de notre arrivée.
J’avais besoin de décors extérieurs : plages tranquilles, plages publiques, café,
désert, campagne… J’étais en contact avec lui par mail, mais sur la fin, tout
s’est gâté. Peter avait d’autres chats à fouetter, et il ne fût pas là pour nous
accueillir à l’aéroport. Il n’avait pas non plus donné de nouvelles à Andrea,
qui lui nous attendait, étant arrivé en bâteau d’Ibiza dans la journée. Moi j’avais
atterri avec Mia Moore en début de soirée. Tous les autres arriveraient plus tard dans la nuit.
Sans point de chute sur cette île inconnue, nous allâmes nous réfugier en terrasse d’un
café à Palma. Nous avions un petit creux, vu que dans les avions on ne nous avait rien servi
à manger. Même un verre d’eau, il faut le payer. Dans l’avion, nous avions tourné
les séquences 7 et 45, de départ pour les Baléares, et de retour, quand Mia dit à Jack que
l’éjaculation précoce c’est pas grave et que ça se soigne. J’aurai un son
pourri mais je le referai – en fait, je me suis aperçu en dérushant, vu qu’au
moment où j’écris ce texte je suis en plein montage, qu’il avait déjà été
ré-enregistré par Rash, qui avait pris cette initiative dès le deuxième jour de tournage
après que je lui ai dit que le son dans l’avion allait être pourri. Mia s’était
montrée concentrée et à l’écoute. Triste de laisser ses chiens aussi longtemps, mais
contente de participer à l’aventure. La veille, nous avions tourné en équipe réduite à
Paris, dans un appartement coquet mis à ma disposition par mon producteur, du côté d’Arts
et Métiers, toutes les séquences du début du film, qui présentent la relation entre Mia et
Jack, la façon dont ils se sont rencontrés dans la rue, leurs rapports et la décision de
partir ensemble aux Baléares quand Jack reçoit le coup de fil d’Andrea qui interrompt
une pseudo-scène de ménage. Mia interprète un personnage un peu peste, un peu naïve, capable
de passer très vite de la mauvaise tête à la joie. Un genre de gamine un peu trop gâtée.
J’avais été un peu étonné de sa façon de jouer le plaisir intîme lorsqu’elle se
masturbe devant la caméra de Jack qui le lui demande avec insistance : Mia faisait des
grimaces porno très disgracieuses, et en désaccord complet avec son personnage et surtout
avec mon intention de décaler ses scènes de sexe par rapport aux scènes gonzo jouées par les
autres filles. En la voyant se branler, je m’étais demandé si elle faisait comme ça dans
la vie. Je ne l’avais pas encore corrigé, trop sidéré de découvrir cette déformation
professionnelle chez une actrice aussi jeune et que j’avais choisie justement pour
son naturel. Et aussi par souci de la préserver : ce n’était que le premier jour et nous
n’étions même pas encore à Majorque. Mais j’avais été satisfait de toute la
comédie et de sa façon d’aborder le personnage. Apparemment, Mia avait lu et compris le
scénario. Et pour ma part, j’étais occupé à m’habituer au fait de cadrer et de
jouer en même temps, ce qui n’est pas évident. Donc au final, cette première journée
s’était bien passée. Et le lendemain, en voyageant avec elle, j’avais oublié ce
détail et ne fûs préoccupé que par le fait que je laissais mon assistante gérer seule le
rassemblement des troupes à Orly, l’enregistrement des bagages et l’embarquement
de l’équipe, sachant que ça allait ressembler à un départ en colo avec des gens aussi
difficiles à gérer que des ados chahuteurs. Et le soir, attablé avec Mia et Andrea,
j’étais obnubilé par le silence radio exaspérant de Peter qui avait coupé son portable.
Andrea m’apprend que Peter est à Barcelone, où il a accompagné sa femme sur un tournage.
Il devait également en profiter pour me ramener les quelques lumières que je lui avais
demandées. Le boulot de production n’est vraiment pas ce que je préfère, mais je
n’ai pas le choix, n’ayant pas les moyens financiers, vu la modestie de mes
budgets, d’engager un directeur de production. Si je travaillais dans des conditions
« normales », je serais parti en repérages au préalable, j’aurais vu les décors et
organisé tout le tournage sur place. Ça permet en général de gagner du temps,
d’économiser de l’argent et de d’optimiser au final la qualité du film.
Claire avait assuré. A l’aéroport, tout le monde était là, aucune actrice ne manquait à
l’appel. Je les retrouvai tous avec joie, Flo que je n’avais jamais rencontré,
Cruz que je n’avais pas vu depuis longtemps, et puis Angell, Shannya et Sabrina, Eric,
Nina et Rash. Nina ferait le make-up et la coiffure, ça faisait un moment que j’avais
envie de travailler avec elle. Quant à Rash, il a une formation d’ingénieur du son, et
il allait la mettre à profit pour enregistrer le son à part, vu que j’allais tourner à
deux caméras et que je souhaitais être le plus autonome possible. Le son serait enregistré
avec ma Panasonic DV et un micro Neumann acheté exprès. Sans trop m’étendre sur le
sujet, j’annonçai à tout le monde que pour cette nuit nous dormirions à l’hôtel.
Je n’allais pas laisser entendre que l’organisation de ce tournage avait foiré
et que nous étions à la rue, sans décor pour tourner ni véhicule pour se déplacer. Ça la
foutait mal. Et je m’inquiétais pour mes imprévus. Bref, nous rapatriâmes tout le
monde en taxi jusqu’à Palma, où j’avais réservé cinq chambres dans un hôtel de
qualité, très classe et moins cher qu’un Ibis. L’équipe fût enchantée en
découvrant l’endroit, où Mia nous avait attendu dans son immense chambre en fumant
des joints devant la télé. Dans le hall, une fois que tout le monde eut investi ses
appartements et pris une douche, je déroulai mon petit discours habituel, les remerciant
chaleureusement d’être là, évoquant le travail à venir et la façon dont nous allions
procéder, notamment sur le plan technique. Je touchai un mot également du décalage que
j’attendais entre les scènes de sexe « naturelles » et les scènes dites gonzo.
A mon avis, je me fourvoyai déjà en espérant une différence entre les deux. Mais c’est
le montage au final qui tranchera. Peut-être l’ai-je obtenu, peut-être pas, à
l’heure d’aujourd’hui je ne le sais pas encore, n’ayant pas encore
commencé à monter de scènes « naturelles ». En revanche, je peux vous assurer que les deux
premières scènes « gonzo » dépotent.
Le lendemain, mon producteur m’appela pour m’apprendre que des documents
provenant de l’agence de location de maison lui étaient parvenus, après la fermeture
du bureau et alors que j’étais déjà parti, avec le mode d’emploi pour récupérer
les voitures et se rendre à la villa. Quand je parlai à Peter, il se défaussa de toute
responsabilité. En fait il s’était contenté de trouver une maison à louer sur Internet
et de me mettre en contact avec l’agence. Alors qu’il fait partie du métier et
que j’avais spécifié que je cherchais un décor, et qu’il était indispensable que
le propriétaire cautionne la présence d’un tournage pornographique chez lui. Peter se
révéla un imposteur doublé d’un escroc, d’autant qu’il se mît quelques jours
plus tard à réclamer une commission. Je refusai, arguant que trouver une maison à louer sur
Internet, j’aurais très bien pu le faire moi-même. Je cherchais un lieu tranquille et
sécurisé, pas une maison au bord d’une route avec du vis-à-vis, comme celle qu’il
m’avait dégoté et que j’allais découvrir un peu plus tard. Pour l’heure,
je partis avec Claire et Andrea récupérer les voitures qui nous attendaient à l’aéroport ;
nous revinmes à l’hôtel, entassâmes tant bien que mal bagages, matériel et passagers dans
les trois bagnoles et prîmes la route pour rejoindre la villa au nord de l’île. Il
faisait beau, c’était déjà ça. Mais la météo annonçait du mauvais temps pour les trois
jours à venir.
La villa était chouette. En tout cas pour y habiter. L’extérieur était sympa.
Mais en terme de décor de tournage, ce n’était pas forcément le top. J’allais
m’en accommoder, parce que de toute façon le film racontait un tournage porno, qui
plus est gonzo. Donc on aurait pu trouver pire comme décor. L’inconvénient majeur étant
la proximité de la route. Et le vis-à-vis : les maisons voisines avaient une vue imprenable sur
la piscine et le jardin, où étaient censées se dérouler un certain nombre de scènes de cul.
Rapidement, j’envoyai Claire au ravitaillement, et mis en place la première séquence
prévue. Il était 15H : avec un peu de chance, la première journée ne serait pas totalement
niquée.
3
C’était la 10. Et la première actrice à passer à la casserole fût Angell. La séquence 10
est la première scène hard du film, nous respections donc la chronologie du récit, filmant
l’arrivée de Jack et Mia à la villa, conduits par Andrea ; Jack qui fait la connaissance
des quatre actrices, puis Andrea qui vient leur dire : « Bon, alors, on nique ? ». Et les
filles de dire que non, qu’elles sont fatiguées, qu’elles ont besoin de se reposer.
J’ai monté cette scène, et je dois reconnaître que Sabrina joue très bien la comédie.
Andrea ne s’en est pas trop mal tiré : on croit à sa détresse quand les filles le font
tourner en bourrique – même si j’imagine totalement improbable que des hardeuses
jouent à ce petit jeu-là sans avoir droit aussitôt à la distribution de baffes ou à se faire
virer du plateau, mais bon, comme on dit, c’est du cinéma. Finalement Sabrina lui fait
un calin et dit que c’était une plaisanterie, un avion passe dans le ciel et je le cadre
et zoome dessus. Et ensuite on passe à la scène gonzo, avec Jack qui exige qu’Andrea et
Angell viennent dans l’eau avec lui. La scène est forte. Un beau duo Angell/Andrea,
démarré par une pipe collective (quatre filles sur la bite du hardeur), avant qu’Andrea
ne dise « Hola, les filles, je ne vais pas toutes vous niquer ! » et demande à Jack par
laquelle on commence, et Jack de répondre : « Angell, je veux filmer Angell ». Dans le film,
ça résonne comme un cri du cœur pas très bien assumé. Le ton de ma voix se veut
imperturbable, mais il est un peu forcé, car en fait je suis très excité à l’idée de
filmer Angell. Je suis et j’étais, car Angell est décidément canon. On va tourner plus
de deux heures durant, car je prends plaisir, je crois bien, à les filmer. Je dis « je crois
bien » car je ne garde aucun souvenir, comme à l’accoutumée, de ce que j’ai filmé
et de ce que j’ai ressenti, mais en découvrant mes rushes, j’ai été ému. Angell se
donne librement, et ça fait plaisir. Cette jeune femme aime le sexe, elle n’est pas
mécanique, elle n’est pas formatée ; la scène est habitée par le désir et le sexe ; ces
deux-là se sont envoyés en l’air comme des grands, sans aucune posture porno, mais comme
ils avaient envie de le faire, et ça donne une belle scène car je ne les ai pas interrompu, et
que les regards qu’Angell jettent à la caméra portent l’empreinte de son abandon
dans le plaisir. Le temps était mitigé, nuageux, et comme on a démarré alors que
l’après-midi était déjà bien avancée, le jour a chuté très vite et je me retrouve avec
une éjac très sous-ex, presque irrattrapable. J’ai confié la prise à un labo sur Paris
pour qu’ils essayent de m’arranger ça. Je n’avais pas fait d’essais
poussé avec ma petite SD-9, car c’est forcément in situ que l’on découvre son
matériel. Mais je le saurai pour la prochaine fois, que cette caméra encaisse que dalle en
basse lumière. J’ai eu aussi quelques soucis avec la P2 car nous n’avions pas de
déchargeur de cartes – un oubli du loueur de matériel, et ma faute de ne pas avoir
vérifié lorsque je suis allé le chercher. En revanche la P2 fait de superbes images, comme en
témoignent ces plans sur le visage d’Angell que j’ai injecté avec parcimonie au
montage et qui vous sautent à la gueule tant ils sont chargés de furie sexuelle et de pure
beauté féminine. Donc Angell Summers est non seulement belle, sexy et incroyablement
appétissante, mais elle se lâche en plus de manière authentique dans les scènes de sexe.
Belle surprise. Fidèle à lui-même, Andrea m’aura livré une prestation intense et habitée,
gratifiant sa partenaire de deux doigts dans la chatte lors d’une sodomie en face cam.
C’est juste dommage pour la lumière. J’avais écrit ce film pour du soleil, de la
piscine, de la plage, et je me retrouve avec un ciel plombé. A ce stade, je ne m’inquiète
pas encore ; j’en suis plutôt à gérer. Il y a ce souci de « comment décharger les cartes
de la P2 », et puis il manque un couchage dans la maison. J’avais demandé à Peter de me
fournir une paire de matelas supplémentaires, évidemment je les attends toujours. Claire a
fait des courses, mais tout est déjà parti.
Voyant la météo peu favorable à mon entreprise, je décide de passer au plan de travail bis
concocté en prévision du mauvais temps. Au programme du lendemain, donc, la fameuse scène avec
Andrea et Shannya – et Jack au gode. Mais pour l’heure, et alors que le jour tombe,
il me reste une scène à tourner, la 18, avec Mia et Cruz. Dans la grande chambre à
l’étage. Nous installons un projecteur sur la terrasse, je ferme les rideaux et là
j’ai une jolie ambiance dans la pièce, chaude et ensoleillée. Aucun risque que ma lumière
ne bouge en cours de route, à moins d’une panne de secteur. On commence à tourner, et
catastrophe ! Mia me refait le coup des mimiques porno. Je ne réalise pas tout de suite,
concentré sur le cadre, la lumière, etc., et vu qu’ils sont lancés, et portés par la
scène, je ne les interromps pas. Je m’interroge, plutôt. Cruz me fait une belle scène,
Mia y prend du plaisir, mais bon sang, c’est quoi ces grimaces !
Quand je redescends, après cette scène que je juge à moitié réussie (je n’ai pas encore
commencé à la monter), je découvre dans le salon Shannya et Andrea en pleine approche mutuelle,
comme des animaux en rut. Shannya proposant à Andrea de le masser, rituel qui s’apparente
au reniflage de cul chez les chiens. Je passe dans la cuisine pour découvrir Claire en train de
préparer la collation du soir (des pâtes, si je me souviens bien, et des tomates mozzarella),
dans un nuage de fumée qui provient des actrices et de Nina en train de papoter autour de la
table en s’échangeant des joints. Soudain, on entend Shannya pousser des cris. Repassant
dans le salon sans aucun but voyeuriste mais juste pour aller vérifier le vidage de ma carte
dans ma chambre, je les découvre en train de baiser. Cela ne m’étonne pas de Shannya,
qu’elle s’envoie en l’air sur les tournages à côté des scènes. J’en ai
connu d’autres, des actrices de cette trempe, qui font ce métier pour se faire démonter
par des hardeurs – elles ne sont pas majoritaires, d’ailleurs, ce que l’on
pourrait déplorer. Et pour votre information, Shannya se plaindra en rigolant de ne pas avoir
eu son content de scènes hard sur ce tournage. La raison en est strictement économique, de mon
point de vue. Non, ce qui m’a étonné, c’est le fossé entre le comportement
d’Andrea au premier soir du tournage et son discours de la veille, quand nous étions
retournés tous les deux chercher les autres à l’aéroport, et qu’il s’était
confié à moi. Il m’avait dit s’être assagi, qu’il ne couchait jamais avec les
actrices en dehors des scènes, et que de toute façon c’était contre-productif, parce que,
selon lui, il fallait les laisser en état de désir pour que la scène soit encore plus réussie.
Et que les niquer préalablement faisait que la scène était moins forte. C’est aussi
l’avis de Pierre Woodman, qui, selon ce que j’ai pu entendre, interdit à ses
acteurs et actrices de coucher ensemble en dehors des scènes, allant jusqu’à les loger
dans des hôtels différents. Sur le moment, j’avais jugé Andrea lucide, et m’en
étais félicité. Ces bonnes résolutions n’auront duré qu’une nuit. Et deux heures à
peine après avoir baisé Angell pour le film, il s’envoyait Shannya devant toute
l’équipe (blasée, je vous le garantis) en guise d’apéritif. Que dire si ce
n’est que le mieux à faire c’est d’en rire. Dans le même registre, Andrea, à
mon grand dam, m’avait dit qu’il refusait à présent d’embrasser les filles
dans les scènes et de leur bouffer la chatte. Il s’était chopé une saloperie à la langue
en Hongrie, et avait dû se faire couper un bout de son appendice buccale – rassurez-vous,
il paraît que ça repousse. J’étais un peu déçu, insistant pour dire à quel point à mes
yeux le cunnilingus et les roulages de pelle exprimaient le désir masculin, mais rien n‘y
fît. Il me dit que c’était trop intîme, qu’il ne le faisait plus par respect pour
sa femme. Je m’inclinai devant tant de maturité chez cet homme que je ne pensais être mû
que par le désir de posséder toutes les femmes de la planète, et que je découvrais soudainement
sensible, mari affectueux, bon père, etc. Bref, le lendemain de ce déballage de sentimentalité,
il se jetterait comme un fou, et comme il était stipulé dans le scénario (mais à ce jour
j’ignore encore s’il y a seulement jeté un œil), sur le minou d’Angell
pour le butiner interminablement, à ma grande surprise - et ma grande satisfaction, il va sans
dire. Et pareil pour les roulages de pelle. Evidemment, je ne lui en ai pas fait la remarque.
J’en ai seulement déduit que mes actrices doivent lui sembler diablement excitantes pour
qu’il foule ainsi au pied aussi rapidement et sans aucun état d’âme de précieux
principes récemment adoptés. C’est ce que je me dis en vérifiant que mes fichiers ont
bien été recopiés dans mes disques durs et en entendant les cris de Shannya et les grognements
d’Andrea. Bientôt nous pourrons passer à table.
4
J’en étais resté à la bouffe du soir, comme si cela avait de l’importance, mais en
fait, quand je suis en tournage, je n’ai plus du tout d’appétit – ça doit
fonctionner de pair avec la libido. Du coup j’ai perdu trois kilos sur « Diary », que je
m’empresse de reprendre en ce moment. Je considère les repas comme des moments importants,
où la qualité de ce que l’on sert à manger est primordiale. C’est quelque chose de
simple, de pas forcément coûteux, et qui contribue à la bonne ambiance d’un tournage. Et
quel sujet de conversation plus universel que la bouffe ? Comme le sexe, chacun a son mot à
dire sur la façon dont on se nourrit. Nina, par exemple, qui s’est révélée une cuisinière
émérite, préparant, en alternance avec Claire, deux fois par jour des choses délicieuses et
inventives pour une équipe de dix à douze personnes, tout en ne négligeant aucunement son
travail de maquilleuse dont elle se sera acquittée à merveille ; et bien Nina se nourrit
exclusivement de vermicelles chinois. Mia, elle, est végétarienne ; elle nourrira des chats
errants durant toute la semaine avec nos restes de viande et de jambon. Pour ma part j’ai
eu le malheur de réclamer du poulet, et on me ramena du supermarché un poulet roti sous vide,
de la taille d’un pigeon, que je réchauffai au micro-ondes. Ce n’est pas ce que
j’appelle « bien manger ». Les premiers repas, comme celui de ce premier soir, je
n’ai guère goûté à la convivialité, dans la mesure où j’étais occupé à me battre
avec le plan de travail pour savoir ce que j’allais avoir à tourner le lendemain, et
anticiper les retards à rattraper. J’avais déjà pris une ou deux scènes de comédie dans
la vue, que j’avais bien l’intention de rajouter au programme du lendemain. Ce
combat avec le plan de travail, j’en suis sorti vainqueur la seconde nuit. Mais il
m’a tenu éveillé dans mon lit jusque tard. Tout allait dépendre du lendemain et du jour
d’après, de ce que j’allais réussir à faire, de la météo aussi.
Le lendemain c’était un samedi. Olivier, le musicien du « Sanctuaire » et de « Wendy »,
était censé nous rejoindre en fin de journée. A ses frais. Une initiative personnelle de sa
part. Je lui avais proposé de cadrer avec la P2, car il a une formation d’opérateur et
aussi d’ingénieur du son. Nous l’appellâmes en urgence afin qu’il récupère
chez B.Root un déchargeur de cartes pour la P2. Olivier s’acquittera brillamment de cette
mission, et le soir, à peine revenu de l’aéroport, déchargera les cartes de la P2 avec
Eric, et gérera la caméra sur les séquences de comédie devant la maison, avec toutes les filles
qui discutent de leur boulot (séquences 35, L13A, L13B, L16, L19 et L24). Avant ça,
j’avais enquillé le solo de Flo, son interview, et une scène de comédie où elle
s’épanche auprès de Jack de la difficulté de maintenir une relation amoureuse quand on
fait le métier de hardeuse. Les gens s’imaginent tellement de choses, que tout le monde
couche avec tout le monde. Et moi de rétorquer que c’est effectivement ce que je pensais
en commençant dans ce métier mais que j’avais été très vite déçu. Et Flo de se marrer à
cette petite plaisanterie. Flo n’est pas à l’aise en comédie, elle a une diction
bizarre, mais tant que je n’ai pas attaqué le montage, je ne peux avoir d’avis
définitif. Je pense qu’elle manque à la fois d’expérience et de confiance en elle.
Mais elle passe très bien à l’image. Elle est très photogénique, et elle adore être
filmée. Je ne sais pourquoi, Flo n’a pas trop le moral. Là-dessus elle m’annonce
qu’elle ne veut pas tourner avec Andrea. Ça arrive souvent, qu’Andrea provoque une
réaction de rejet chez les filles. Trop macho le garçon. Trop sûr de lui. Mais ça ne dure
jamais. A la fin du tournage, répondant à des questions de Tarmi, Flo dira que son hardeur
préféré c’est Andrea. Comprenne qui pourra. En tout cas, j’ai expliqué à Flo
qu’il ne fallait pas s’arrêter aux apparences, que les gens avaient toujours
plusieurs facettes, qu’Andrea pouvait être un homme sensible et attachant. Je l’ai
bien vendu, vu que Flo a fini par faire ses scènes, et ne l’a pas regretté. Andrea non
plus, qui a bien apprécié sa partenaire, je crois. Il semblerait que Flo d’Esterel soit
un « bon coup », comme on dit. Personnellement, j’ai trouvé cette jeune femme très
attachante, gentille et sérieuse. Et, bon sang, ultra-photogénique : elle, nue, simplement sur
un lit, dans une jolie lumière naturelle.
Ensuite nous nous sommes lancés dans la fameuse séquence 29A, avec Andrea et Shannya – et
le gode. J’ai d’abord suivi la jeune femme dans la maison, jusque sur la terrasse à
l’étage, où elle m’a fait un petit show sexy. J’ai dû la reprendre car
Shannya est très speed, elle fait tout à cent à l’heure, or la sensualité nécessite du
calme, de la lenteur. Ce ne sont pas les qualités principales de Shannya lorsqu’elle
tourne. Elle, ce serait l’équivalent féminin d’un gros bourrin. Mais elle a de quoi
affoler n’importe quel mâle bien portant. Un cul terrible, un air de salope intersidérale,
de belles jambes. Des attitudes provocantes. Et elle aime la bite, c’est sûr. Il y avait
un accent de vérité quand elle m’a lancé : « Branle-moi ! ». Elle était en train de sucer
Andrea, la scène se déroulait dans le salon, et juste avant ça elle s’était masturbée
assez longuement, et là elle me demande de la goder. Elle insiste même, m’invectivant :
« Putain, t’as des couilles, oui ou merde ! » Et Jack de s’exécuter. Bref, me voilà
en train de la goder tout en filmant, passant de sa chatte à son visage en d’incessants
panos. Je ne sais pas si ça lui a plu, à vrai dire je pense que dans ce domaine-là tout lui
plait. Le gode s’enfonçait très facilement dans sa chatte, jusqu’à la garde. Je lui
avais en quelque sorte écrit un rôle sur mesure. A un moment, alors que je suis en train de la
goder, je l’entends me dire : « Alors ça t’excite, Jack ? » Phrase qui n’était
pas écrite dans le scénario. Ce qui veut dire que cette fille est capable d’improviser
dans l’action. Je ne réponds rien, car en mon for intérieur, ce que je pense c’est :
« Malheureusement non. » On en a bien rigolé après avec Eric, qui lui aussi a perdu sa libido
sur les tournages. Ensuite Andrea la baise dans toutes les positions, et elle finit par se
retrouver sur lui, ses fesses tendues vers moi, et là, je m’empare à nouveau du gode et
je le lui mets dans le cul. C’est rentré sans problème, je ne suis pas si maladroit que
ça. Shannya se paie une double, du coup. J’entends Andrea qui me dit : « Tu la sens bien,
hein, Jack ? » Et là je réponds : « En fait c’est surtout tes couilles que je sens. »
J’entends Eric s’esclaffer dans mon dos. C’était vrai : avec le gode enfoncé
au plus profond, mes doigts touchaient les couilles d’Andrea. Ce n’était pas la
sensation la plus agréable qui soit. Je fais un drôle de métier, voyez-vous. Mais
l’exercice ne sembla pas déplaire à Shannya. En tout cas je ne lui ai pas fait mal, ce
qui était ma principale inquiétude, et la première chose que je lui demandé après avoir
terminé la scène. La réponse fût négative. J’ai dû perdre un litre de sueur en tournant
cette scène. Mais pas d’érection. Et je ne me suis pas senti nul après, ni sale, ni
vicieux. Je l’ai pris comme un défi de plus, une sorte d’exercice de style. Je ne
crois pas que l’on se dira que j’ai abusé de ma position. Il y aura même un côté
comique, presque burlesque, à la scène. Enfin, j’en saurai plus en la montant.
Peter est venu nous rendre visite, à la nuit tombée, avec les lumières que je lui avais demandé
(enfin, pas exactement, vu que je lui avais demandé deux 2kW et qu’il m’a apporté
trois 1kW, ce qui n’a rien à voir, mais on s’en est sorti quand même). Il était
accompagné de Salma, son épouse, hardeuse de profession et accessoirement femme d’affaires.
Peter était tout sourire, j’étais en plein boulot donc je n’avais pas la tête à
entrer dans une querelle concernant notre arrivée catastrophique, son absence et le manque
d’indications quant au décor. De plus, j’avais toujours besoin d’un matelas
supplémentaire. Je leur ai offert une bière, et quand ils sont repartis, je les ai suivi en
voiture pour aller récupérer un matelas quelque part dans un bled à une trentaine de kilomètres
de la villa. J’ai dû payer la location du matelas dix euros par nuit et laisser une
caution de cent cinquante euros à une espèce de clochard allemand. J’en avais gros sur
la patate mais j’ai laissé pisser. Et puis je flippais un peu à l’idée de retrouver
le chemin du retour. Et pourtant j’y suis parvenu comme un chef, en pleine nuit.
Ensuite on a tourné la séquence 35, de la comédie. Ça démarrait en plan séquence à travers la
maison, Cruz et Flo dans la cuisine refaisant le monde sur le thème de la salade de riz,
Shannya au téléphone dans le salon avec un journaliste quelconque, et ensuite le patio où je
découvre Mia, Angell et Sabrina en train de rigoler/comploter. Puis on enchaînait à deux caméras
et en champ/contrechamp sur une discussion entre filles à propos du « métier ». Et ma foi elles
s’en sont bien sorties, le montage me l’a confirmé. Je suis toujours étonné du
nombre de prises que je tourne pour ce qu’on appelle la comédie, et du temps que nous y
consacrons. J’espère que le résultat justifie cette débauche d’énergie. Parce
qu’au final, il ne s’agit que de deux petites minutes sur un film de plus
d’une heure trente. Et si tout le monde fait fontionner sa zappette lors de ces
séquences-là, à quoi bon ? A contrario, je passe de moins en moins de temps sur le cul.
J’ai tourné systématiquement à deux caméras, j’ai tous mes raccords en tête, et je
change moins souvent d’axe et de valeur. Sans doute ai-je acquis une certaine expérience
dans ce domaine. Et j’ai l’impression que les actrices et les acteurs comprennent
tout de suite ce que j’attends d’une scène. Pour en revenir à la 29A, avec Shannya
et Andrea, que je viens de finir de monter, c’est une pure séquence gonzo, toute en
énergie sexuelle. Une image un peu crade, mais deux partenaires explosifs. Par moment,
j’ai des cadres très porno français fin 70, avec des focales moyenne. Shannya a jugé la
façon de baiser d’Andrea fort à son goût, elle ne s’en cache pas durant la scène.
Et le gode dans le cul, ça n’a pas eu l’air de lui déplaire. Sur le coup, je ne
m’en étais pas rendu compte. Par contre, ma phrase « je sens surtout tes couilles », on
ne l’entend pas du tout.
5
Ça y est ! J’ai terminé le montage. En tout cas celui du gros film. De « Diary of Sex ».
Il a été validé par la chaîne. Mon producteur m’a dit que c’était réussi. Que je
jouais bien, que ma voix, ça marchait. Il veut dire quand je parle en direct, parce que
j’ai décidé de ne pas mettre de voix-off – dans le scénario, je commentais souvent
a posteriori ce qui se passait, ça apportait un décalage, le récit était raconté au passé, et
s’ouvrait sur le début de la scène finale. Mais comme il a fait un temps de cochon,
l’ouverture, qui était censée être glamour, au soleil, ne fonctionnait plus. Du coup,
sans cette voix-off ironique, le récit se passe en temps réel, de façon linéaire. J’ai
supprimé aussi un certain nombre de séquences au début du film qui expliquait la relation entre
Jack et Mia. Comme par exemple la nuit quand elle lui reproche de ne pas bander – cette
info survient maintenant de façon impromptue plus loin dans le récit. J’ai enlevé aussi
quand il la suit dans la rue, leur rencontre, quand elle apprend qu’il est réalisateur de
films porno. Et une petite séquence de repas.
Mon producteur a trouvé que Mia jouait plutôt bien la comédie, ce qui est vrai. Son personnage
fonctionne. Et comme Canal+ ne veut pas du titre « Diary of Sex » (sans doute parce que les
abonnés maîtrisent mal l’anglais), le film s’intitulera « petite peste » ou quelque
chose dans ce goût-là, en tout cas un titre en rapport avec le personnage de Mia qui porte le
film quasiment à elle toute seule – mais les autres filles sont très bien, je suis
globalement satisfait du jeu. Tout cela est donc plutôt positif. Aucun commentaire négatif de
la chaîne, ce qui veut dire que tout va bien. Mes scènes hard sont efficaces, je pense, ce qui
est crucial pour un film Canal+. Et là, je dois reconnaître que je ne me suis pas planté. Même
si le casting n’est pas très épais, le sexe est vraiment présent. Les scènes hard ne sont
pas trop longues, aucune ne dépassant les 16 minutes. Et encore, là-dedans il y en a deux avec
plusieurs baises en alternance. Le gros problème du film, à mon avis, c’est le mauvais
temps, qui nous a pourri deux jours, et fait que certaines images sont moches, notamment dans
la scène finale. Mon producteur a regretté un peu qu’on n’ait pas repoussé le
projet au printemps. Je lui ai dit que c’était comme ça, et que de toute façon
l’idéal eut été de tourner fin août. Là, on était sûr d’avoir du beau temps, et
une mer chaude. Et à Ibiza. Mais c’était pas le même budget. Il m’a dit que
j’aurais dû partir en repérages. Comme si je ne le savais pas ! Mais je n’avais
pas le budget. C’est lui-même qui m’a demandé de resserrer les coûts. Mais
maintenant qu’il voit le résultat, il doit regretter d’avoir trop serré les
cordons de la bourse. On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de
la crémière. C’est toujours la même histoire. Mais bon, l’essentiel est que tout
le monde soit content.
Le film n’est pas trop long (1H36), et pas chiant non plus. Les musiques sont super. La
version pour Kiosque, que je livrerai autour du 10 décembre, sera similaire à la version
Canal+ (excepté le titre). Il me restera donc à faire la conformation HD et le mixage, sans
doute en janvier. Mais d’ici là, je dois encore finir et livrer « Little Diary of Sex »
ainsi que le programme érotique. Pour juste avant Noël. Afin que la chaîne les visionne.
Ensuite je terminerai de les monter, de les étalonner et de mixer afin de livrer les master
courant janvier. D’ici là, il faudra absolument que je trouve du boulot, ce qui est loin
d’être gagné.
Le dimanche 12 octobre, nous avons tourné la séquence 17, dehors, avec Flo, Sabrina et Andrea.
Ça s’est bien passé, hormis le temps pourri. Il ne pleuvait pas, mais le ciel était gris,
la lumière terne. Sur le coup je ne m’en suis pas inquiété, dans la mesure où cette scène
serait montée en alternance avec une autre, la 18 avec Mia et Cruz dans la chambre. Je ne me
suis pas trompé : le montage marche bien entre ces deux scènes. Du coup, on ne remarque pas
trop la mauvaise qualité de l’image. Elle est contrebalancée par la jolie lumière de la
chambre. Je ne pense pas que les scènes à plusieurs soient ce qui mette le plus Flo en valeur.
Elle a tendance à s’effacer, comme par timidité. Mais je suis scotché par sa photogénie,
et sa sensualité naturelle de jeune femme, notamment lorsqu’elle a fait son solo, dans la
chambre, sur le lit à fleurs, avec une jolie lumière qui venait des porte-fenêtres
(à ce moment-là il a fait beau). Sabrina, en revanche, s’éclate bien dans la 17, même si
je la soupçonne de ne pas aimer tant que ça le cul. Elle le fait bien, mais sans vraiment se
lâcher – en tout cas c’est l’impression qu’elle me donne.
Après quelques scènes de comédie dans la maison, nous avons tourné les séquences L11 et L12 du
petit film, quand je suis pris en stop par les filles. Et le soir, la séquence L21, dans le
jardin, avec une lumière contrastée : Cruz, Shannya et Sabrina. Bien sûr, Shannya s’est
éclatée. La scène est belle, je pense, mais tant que e n’aurai pas mis le nez dans les
rushes, je n’en sais pas plus. Au moment où j’écris ces lignes, je suis en train de
rentrer le son de cette séquence dans la machine. J’aime bien les ambiances de nuit, en
extérieur. On a tourné devant un gros palmier (une sorte d’ananas géant). J’espère
que ça rendra bien.
6
J’aimerais bien terminer ce journal parce que j’en ai plein le cul. Et après tout,
ça intéresse qui ? J’ai fini le montage des deux autres programmes que j’étais
censé réaliser, et je les ai livré à mon producteur à la date prévue. J’ai donc respecté
ma part du contrat. Mais j’ai bien envie de renégocier notre accord. Je me retrouve
aujourd’hui sans boulot et sans argent, avec encore la bande-annonce à faire, le
making-of et la version érotique de « Diary of Sex ». Je compte conformer la version HD et
faire le PAD début février dans une boite de post-production à Marseille.
Epilogue
Bon, j’ai cessé d’écrire ce journal en cours de route. De toute façon, quelle en
aurait été la fin ? Rien ne se termine jamais. Les choses s’enchaînent sans qu’on
se rende compte ni de leur début ni de leur fin. En octobre sera diffusé Diary of Sex, sous le
titre Journal intîme de Mia. Le reste, c’est du bla-bla sans importance.
Jack Tyler
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